Ghieri, en Piémont
poursuivit ses négociations par le baron de Lus, son secrétaire, Hébert et Fargues, moine de Sisteaux. La Fin employé le vidame de Chartres1, son neveu, pour avoir la parole du roi, et, sur cette asseurance, lui aller descouvrir choses capables d'empescher la ruine de l'Estat. Ayant obtenu cette promesse avec serment, il dépesche à Dijon pour avertir le mareschal, comment il a un mandement redoublé d'aller trouver le roi, qu'il lui prescrive ses responses, s'il est enquis de quelque chose, et surtout qu'on lui renvoyé Renazé. Le mareschal lui escrit qu'il aille à petit train, qu'il prépare ses oreilles aux soupçons et aux menaces, et à parer d'excuses pour son voyage d'Italie sur un vœu fait à Nostre-Dame de Lorrette; qu'en passant à Milan et à Turin on l'a chargé de proposer au mareschal le mariage de la troisiesme fille de Savoye, à quoi il n'a voulu entendre, pource que Sa Majesté a parlé de le marier; qu'il ne mène à la cour aucun de ceux qui ont fait le voyage de Piémont ; qu'il laisse ses papiers en lieu seur, s'il ne les veut brusler; qu'il ne parle point de Renazé; au reste, qu'il se souvienne qu'il a entre ses mains la vie et l'honneur de son ami, qui a trente mille escus à son commandement2.
La Fin, estant en cour, void le roi en secret3, lui
1. Prégent de la Fin, fils de Jean de la Fin, seigneur de Beauvais-la-Nocle, et de Béraude de Ferrières, devint vidame de Chartres après la mort de son oncle, Jean de Ferrières.
2. Sully, dans les Économies royales (t. II de l'édition de 1664, p. 65 et suiv.), expose les péripéties du procès de Biron. Il semble que l'auteur de YHistoire universelle, pour son récit, ait puisé à la même source, notamment pour le récit de la mort du maréchal.
3. En dénonçant au roi la culpabilité de Biron, Jacques de la
déclare tout ce qu'il avoit négocié pour le duc de Biron avec le duc de Savoye et le comte de Fuentes : le mariage avec cinq cents mille escus, la souveraineté des deux Bourgongnes et de la Bresse jusqu'au Rhosne, sous l'hommage d'Espagne; demande l'abolition de tous les actes de sa vie, où l'on dit qu'il y avoit un horrible catalogue de tous crimes, jusques à la bestialité, et l'obtint comme il voulut. Le roi, ayant communiqué, non sans horreur, tels affaires au chancelier, à Suilli , Silleri et Villeroi , laissa entre les mains du premier vingt-sept pièces, qui faisoyent le procès au mareschal de Biron, mais retint ce qui touchoit les autres entre les sienes.
Et pource qu'il tenoit la Gascongne fort attachée au mareschal, notamment pour les grandes magnificences qu'il avoit faites à Biron1 à son retour d'Angleterre ; d'autre part, que la Guyenne, le Poictou et le Limousin estoyent en combustion, pour la pancarte2 d'un sol pour livre, refusée à la Rochelle, qui avoit couché de ses privilèges, et puis à Limoges et à Poictiers, le roi s'avança jusques-là; où il eust mis une belle compagnie en prison, si le mareschal de Biron, qu'il avoit convié de s'y trouver, n'y eust manqué. Là, le roi, ayant receu en paroles les soumissions de toutes parts et surtout les asseurances des réformez,
Fin, suivant de Thou, obéissait à un sentiment de jalousie provoqué par la faveur dont jouissait Edme de Malain, baron de Luz, auprès du maréchal de Biron.
1. Biron (Dordogne), près de Monpazier, superbe château qui existe encore.
2. Impôt d'un pour cent sur la valeur des marchandises qui entraient dans les villes royales. Il fut aboli par Henri IV en 1602.
s'en revint à Fontainebleau1, où il avoit mandé au mareschal de Biron de venir.
A deux voyages que fit Escures 2 pour le faire partir, sans en faire à deux fois, le roi, le conviant à venir prendre charge d'une armée qu'il vouloit jetter à la frontière pour opposer aux grandes levées qui se faisoyent de toutes parts, le mareschal respondit que c'estoit ce qui le retenoit, et, qu'ayant tant d'ennemis voisins, il n' avoit pas accoustumé de leur tourner le dos. Il s'excusa encores sur les Estats de Bourgongne, qui se devoyent tenir à Dijon. Le vidame de Chartres y fut envoyé pour l'asseurer que La Fin n'a voit rien dit. Le président Janin fut le dernier messager qui lui parla de sa faute, de la clémence du roi, lui fit voir les bandes préparées pour marcher à lui, avec lesquelles estoit joint dès lors Laverdin3, fait mareschal de France. Il lui fit voir encores, par la dextérité de Suilli, que son arsenal estoit changé en poudres inutiles, sous couleur de les avoir rafraîchies ; que ceux de qui il pouvoit le plus espérer pour sa défense, avoyent desjà fleschi le genou ; que le duc de Montpensier estoit asseuré de son pardon. Cet esprit, agité de toutes sortes d'extrémitez, de conseils différents, du soupçon des siens, de la connoissance du roi, tantost pensoit à défendre ses places (mais il n'y voyoit rien qui valust), tantost de se retirer aux estrangers (il y craignoit le desdain), vers le roi, la mort.
1. Le roi était le 22 mai 1602 à Poitiers et revint le 13 juin à Fontainebleau.
2. D'Escures, souvent cité dans les Lettres de Henri IV, maréchal des logis de la compagnie du maréchal de Biron.