‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 276 sur 316 · François-Marie de Médicis, grand-duc de Toscane · texte numérisé non relu

François-Marie de Médicis, grand-duc de Toscane

visité par les Portuguais, ce qui lui fut refusé. Le roi d'Espagne averti, dépescha au grand-duc pour mettre le prisonnier en ses mains ; de quoi il fut refusé fort long temps, alléguant ce prince qu'entre les marques de la souveraineté, celle-là estoit la plus éminente de protéger les affligez. Nonobstant, les forces qu'avoit le duc de Savoye pour les occasions que nous avons marquées en leur place, faisant quelque mine de s'approcher du Montferrat, le grand-duc envoya le prisonnier à Orbitelle ; là mis dans quelques vaisseaux armez, venus de Naples, où il fut conduit seurement. Quelques-uns ont dit qu'il fut noyé de nuict, d'autres qu'il a fini ses jours en une tour; et ceux de cette dernière opinion l'appuyent de quelque respect, qu'on porta à sa royauté reconnue.

Pour corolaire à cette histoire, on dit que le prisonnier varia aux responses qu'il fit quand il fut interrogé à Florence. Mais, qu'estant de retour parmi les prisonniers, il leur contoit ses douteuses responses, les attribuant à sa colère et au desdain, y adjoustant celles qu'il pouvoit faire, s'il eust voulu, et par lesquelles il respondoit catégoriquement. Les Portuguais adjoustent que, quelques seigneurs de leur pais l'estans venu voir, il avoit spécifié des commandemens secrets et à plusieurs des paroles de privauté avec toutes les circonstances. Les mesmes adjoustent deux choses, plus importantes que tout, c'est que les Jésuites, partis en cet affaire1 pour l'amour du grand

1. Les Dominicains surtout s'étaient déclarés en faveur du faui Sébastien. Joseph Texera, l'un d'eux, composa même plusieurs écrits pour justifier cette imposture et accréditer le nouveau roi (De Thou, liv. GXXVI).

dessein, produisirent les tesmoins, qui maintenoyent le connoistre pour Galabrois. On dit que, si la chose estoit véritable, il la faloit mettre au net, en désignant ses parens et sa maison. Le dernier poinct est plus serré : que s'il estoit affronteur bien vérifié, il le faloit faire mourir en public, et1 ainsi en eust-on usé pour bonnes et grandes raisons, tant pour l'exemple que pour la justification.

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