‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 299 sur 316 · Jean Piron, colonel du régiment de Zélande · texte numérisé non relu

Jean Piron, colonel du régiment de Zélande

chose qui ne se void guères, r'asseura ses compagnons à mourir les armes à la main dans la place. Louis Velasque entreprit de faire observer pour les hommes, mais non pas pour le bagage et pour les drapeaux. Snaeskerke essaya la perfidie tout entière, car Busigni, qui y commandoit, les capitaines Georges et Eindoven et tous les soldats furent tuez de sang-froid, horsmis ceux qui, estans despouillez nuds, se sauvèrent à la suite. L'archiduc s'excusant que c'estoyent des mutinez sur lesquels il n'avoit plus d'authorité, ce fut le sein de l'archiduc, monstre par Piron, qui fit croire sa présence à l'armée et préparer celle des Estats à toutes extrémitez.

Nous avons laissé le comte Erneste marchant vers le pont. Deux pièces qu'il menoit l'ayant quelque peu retardé, il trouva une partie de l'armée desjà passée et lui bientost engagé au combat par la cavailerie. Il soustint les premières attaques assez heureusement, mais toute l'armée lui chatouillant les flancs et lui menaçant le derrière, au prix qu'elle arrivoit, le comte et le collonel Edmont furent contraints de payer de huict cents hommes et de leurs deux pièces et sauver ce qu'ils peurent au fort d'Albert, où ils furent congnez jusques dans les palissades. Parmi la perte des huict cents hommes, furent poignardez de sang-froid douze capitaines, la pluspart Escossois1. Cette curée eschauffa le sang des Espagnols à faire jurer par toute l'armée que, de toute celle des Estats, ils ne sauveroyent la vie qu'au prince Maurice et à son frère, Henri-

1. Artus Stenwart, Robert Dardai, Andiv Murrui, Jean Kilparic, Jean Michel, Jean Strachen, Hugues Niesbet, capitaines écossais (Van Meteron, llist. des Pays-Bas, 1618, f. 487).

Féderic*, pour les mener tous deux en triomphe ; tellement asseurez de la victoire qu'ils estoyent résolus d'enfoncer l'armée desEstats jusques dedans ses retrenchemens. Sur cette gayeté, l'archiduc marche sur les dunes de sable qui sont au bord de la mer avec neuf compagnies d'ordonnance, lesquelles, avec sa cornette blanche, faisoyent mille chevaux, cinq cornettes de reistres, faisans huict cents chevaux, cinq de carrabins, qui en faisoyent quatre cents, six cents chevaux espagnols ou italiens mutinez; de Dyest2 quelques quatre cents lances de noblesse du pais amassez au besoin. Son infanterie estoit de dix-sept régimens, trois d'Espagnols, deux d'Italiens, quatre d'Allemans, cinq de Walons, deux de Bourguignons, et puis celui du comte Féderic de Bergue, qui n'estoit pas entier; tout cela, compté à près de treize mille fantassins, marchoit avec plus d'ardeur que d'ordre jusques à la veuë de leurs ennemis, qu'ils ne pouvoyent croire avoir passé le havre pour venir à eux. A cette veuë, l'archiduc, se servant des motines de sable pour ses gens de pied et de la plage de la mer, lors retirée, pour y faire paroistre sa cavallerie, vint former son ordre à la veuë de Nieuport.

Alors, il fit reserrer les mutinez et les régimens de Gaspard Sapena, Hiéronimo de Montoi, Louis de Vilars et autres, forma trois bataillons, soustenus à gauche de deux gros de cavallerie, le premier mené par Baptista de Nova, le second par l'amirant d'Arragon.

1. Henri-Frédéric de Nassau, frère de Maurice de Nassau, mort à la Haye le 14 mars 1647.

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