Diest, ville du Brabant
A la bataille estoyent trois bataillons, l'un de Walons, mené par La Burlote, l'autre Alonzo d'Avila, l'autre par Barthoc, Anglois ; à gauche et au bas des sables marchoyent, deux gros de cavalerie, où estoyent Joan di Prade et Vespasanio Masio ; à l'arrière-garde y a voit un seul grand bataillon, la pluspart de Flamens, auquel commandoit le comte de Bucquoi1 . Ce qui fît ranger la cavallerie au bas des sables fut que la mer, lors croisant, leur osta le large et donna moyen aux navires des Estats d'incommoder les bataillons, qui estoyent le plus près de la rive, par leurs canonnades.
L'avant-garde des Estats, menée par le comte Louis, avoit à sa teste les Anglois, commandez par les deux frères Veers2, qui faisoyent comme divers bataillons; et, un peu plus en arrière, le régiment de Frise et celui des François. Quelques-uns y mettent les Suisses, et n'y a nul consentement entre les tableaux et les histoires; peut-estre qu'à la seconde façon, quelques chefs de ce païs-là satisferont à mes demandes et à leur honneur. Il conste3 que cette infanterie estoit soustenue d'un escadron de la compagnie des comtes Louis et Ernest; celle du prince, commandée par Gand; celle du comte Henri, menée par le capitaine Bernard, et celle de Batembourg. Tout cela à l'aile droite de l'avant-garde. A l'autre main estoyent les deux Bax avec leurs cornettes, et celles de La Sale, de Pamier, du comte de Hohenloo, commandée par Stridthorst, le comte estant demeuré en Gueldre avec
1. Charles do Longue val, comte de Rucquoy. Ll. Horace et François Veor.
:\. Il conste, il est constant.
quelques forces. Il y avoit encores Le Aa, qui commandoit les gardes de Son Excellence4.
La bataille estoit composée des régimens du comte Henri, commandé par Marquette, des François, comme escrivent les Flamens, menez par Domerville et Du Saut, qui avoyent ensemble vingt-cinq compagnies. La cavallerie, de ce costé, obéissant au comte de Solmes, qui avoit sa compagnie, celle de son cousin Féderic, de Glout et de Jean Bax, cela à la droite; et, à la gauche, Balet, avec sa cornette et celles du chevalier Veer et de Cecil2.
L'arrière-garde avoit aussi trois bataillons ; le premier faict du régiment du comte Ernest à droite, de Ghistelles au milieu et de Huictembrouch à l'autre main. Timpel commandoit, pour soustenir ces régimens, les compagnies du Bois, d'Hamelton et de Gonteler3. Il n'y avoit à l'arrière-garde que ce gros.
Les deux armées en présence, il y eut de vieux capitaines espagnols qui, ne voyans point sauter les réformez dans leurs vaisseaux et jouer à sauve qui peut, comme on leur avoit promis, opinèrent les uns à faire ferme, les autres à regagner quelque couvert pour, en temporisant, combatre par leurs avantages du pais et destruire l'armée par ses défauts.
Ce discours fut rompu par le prince Maurice, qui, ayant tenu conseil le cul sur la selle, et en soi résolu
4. Godart de Bertenborch, Pierre Panier, Strithorst ou Spitdorft, Vander Aa, le prince Maurice de Nassau.
2. Du Sault, Frédéric de Solms, Verick Glout, Van Balen, François Veer, Louis de Villar, maîtres de camp espagnols.
3. Olivier de Tempel, seigneur de Gorbecke, Dubois, Hamilton et Gonteler, capitaines.
d'aller cercher le combat, fit avancer six canons à la teste de son avant-garde. Et les maistres de l'artillerie, Mortier et Frenel, ayans dit qu'ils estoyent à juste volée, le prince, avant renvoyer les chefs chacun en leur place, par une courte harangue les fit souvenir de leurs vertus esprouvées, de l'injustice de leurs ennemis et de la nécessité où ils estoyent, ou de sauver la vie et l'honneur à force de combattre, ou d'avaller toute l'eau de la mer en s'enfuyant. Gela dit, il commanda par tout la prière, et puis il descendit pour faire la sienne à genoux. Incontinent, les canonniers des Estats font haut les bras, et, en mesme temps, huict de l'ennemi respondent, faisans moins de dommage pour estre plus reculez.
Il estoit deux heures et demie après midi quand les bataillons anglois marchèrent dans les sables et dans la fumée d'un salve très espais, croisèrent les piques avec les Espagnols, desquels la cavallerie, endommagée par les six pièces et pressée par la mer, fut contrainte de se mettre dans les dunes et bien tost de venir au combat, enfoncez par le comte Ludovic. Au premier combat, les Espagnols firent quitter place aux Anglois, quelques Frisons se mirent à la fuite. Ce fut aux François à soustenir les bataillons qui vindrent rafraîchir les mutinez, et à supporter, par le consentement de tous les judicieux, le grand fardeau du combat. Mais, ayans tenu ferme et rompu les premiers Italiens, firent un grand meurtre à leur arrivée. Et tout estoit perdu sans le r'alliement des Anglois, d'un costé et de l'autre, la venue des Walons, nouvellement donnez au parti des Estats avec le fort Sainct-André. Ceux-là reprennent le com-
bat, au grand besoin des François, avec une enragée résolution, et firent tourner la victoire de leur costé. Le prince Maurice, ne s'estant attaché à aucune partie de l'armée, mais faisant bien le général à toutes les occasions, accompagné du comte Henri son frère, aagé seulement de dix-sept ans, fit faire si à propos les charges de la cavallerie, principalement des deux escadrons que nous avons contez les premiers, que la victoire, n'ayant esté débatue qu'à ces deux charges, le reste ne fit plus que jouir du succès. Le désordre des Espagnols commença par son arrière-garde et par ceux qui estoyent hors du combat. Entre ceux-là, l'archiduc se fit désarmer et prit la route de Bruges, où il se sauva. La tuerie fut grande, principalement par les Escossois, qui, vengeans le meurtre de sangfroid de leurs compagnons, tuoyent les prisonniers entre les bras de leurs maistres. Et moururent en tout de six à sept mille hommes, aux despens de deux mille, que perdirent les Estats, tant en la bataille qu'en la deffaite du matin; entre ceux-là Bernard Gonteler et Amelton, capitaine de cavallerie. Les drapeaux et canons, perdus au matin, furent recouvrés avec les huict que menoit l'archiduc et cent seize enseignes d'infanterie, cinq cornettes de cavallerie. Entre les morts du parti d'Espagne furent de marque le comte de Saume1, le baron de Primereul2, Chessoy, Otigni3, Gaspard de Sapena4, collonel, Diego de