Le jésuite Pierre Gotton était le confesseur du roi
contre les cris publics, les remonstrances et larmes de la cour, qui reprochoit ses rares fidélitez, et ausquels ce prince ne respondoit en particulier, sinon « Asseurez-moi de ma vie. » Et1, ce qui rendra une telle mutation plus estrange, c'est que le rappel de ces pestes fut entrepris et exécuté contre toute justice, bienséance, sentiment des grands du royaume, volonté et honneur du roi, et en fin contre sa vie; comme il apparut par un nommé La Varenne2, premièrement cuisinier de Madame Catherine, sœur du roi, long temps son porte-manteau, depuis devenu son conseiller d'Estat. Par le crédit de cest homme, les condamnez triomphèrent de leurs juges, firent chanter des palinodies au vénérable sénat, mirent Pauthorité du Parlement, l'honneur de la France et la piramide à bas, dont fut escrit :
L'édifice qui fut un trophée à ta vie Fut gloire au condamné, au juge ignominie, Haussa les criminels, abbaissant au rebours; Le sénat, espérant contre toute espérance, Qui, des mains des François tirant vive la France, Quand Paris fut Madril, porta Paris à Tours*.
Les moins retenus de la secte se sont vantez qu'entre ceux qui commencèrent la démolition, un bourreau osta la première pierre. Les triomphes qu'ils ont chantez de cette victoire et la multitude des bienfaits que Henri le Grand entassa l'un sur l'autre, comme pour rançon de sa vie, feroyent un juste
1. La suite du récit, jusqu'à ces mots : les condamnez..., manque à l'édit. de 1620.