‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 59 sur 316 · Ce premier membre de phrase manque à l'édition de · texte numérisé non relu

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les religions ainsi que les affaires d'estat. L'ouverture premièrement faite par Rotan et Morlas4, desquels nous avons parlé, suivie ardemment par plusieurs esprits faciles à leurs espérances, et, aussi tost que nées, combatues par ceux des réformez qui retenoyent de l'ancienne austérité, lesquels, prévoyans du mal pour eux, n'y peurent pourvoir si bien que les ministres, transportez de joye de prescher en lieux non accoustumez, de revoir sur pieds leurs églises dissipées, n'eussent en horreur l'ancienne condition, les anciens termes et les personnes qui les vouloyent retenir. Ce fut lors que le roi de Navarre dépescha du Fay2, petit-fils du chancelier L'Hospital, lequel, monstrant pour toutes commissions la clef des seaux de Na verre, en une course qui fit par la Guienne et environs, cassa les chambres de justice et l'ordre des finances et mesmes quelques garnisons du parti réformé, leur fit prendre la tresve pour une paix et abolir parmi eux tous les vocables de différences, hormis ceux de religion.

Ceux que nous avons désignés, unis jusques au nombre de six, et personnes qui, pour leur grand savoir ou pour l'authorité qu'ils avoyent aux familles du roi ou à celles de la roine ou aux provinces de leur habitation, comme Serres3 en Languedoc et Rotan

1. Jean-Baptiste Rotan, ministre protestant, mort le 28 avril 1598. — Jean de Morlaas, ministre protestant, membre du conseil privé, mort le 25 août 1595.

2. Michel Hurault de l'Hospital, s. du Fay, secrétaire du roi de Navarre.

3. Jean de Serres, ministre protestant, historiographe de France en 1597.

à la Rochelle, se pouvoyent faire forts d'estre préférez en toutes les élections et députations. Ce qui troubla le commencement de leur entreprise fut que Morlas, aspirant à choses hautes, retira le pied du ministère, ne l'y ayant que mis. Et avint aussi que Gayet1, travaillant à la magie, quelque temps après fut déposé, estant aussi accusé d'avoir composé deux livres, l'un pour prouver que, par le sixième commandement, la fornication ni l'adultère n'estoyent point défendus, mais seulement le péché d'Onan; l'autre estoit pour prouver la nécessité de restablir par tout les bordeaux2. Là-dessus, estant déjetté, il passa en l'autre religion3, où il fut bienvenu de la Sorbonne, mais des Jésuites assez mal. Un des six nous a dit que son dessein estoit de se faire choisir pour une dispute générale, et là se laisser vaincre; mais depuis il y ajousta que c'estoit en certains poincts seulement, lesquels il faloit concéder pour parvenir à une réunion de religion. Geste ruse fut premièrement communiquée à Sansy4, qui estoit lors de retour en la posession des réformez, et puis au Fay. Tous ensemble communiquèrent avec Benoist, curé de Sainct-Eus-

1. Pierre- Victor Palma-Gayet, né en 1525, ministre protestant en Poitou, chronologue (historiographe) de France, revint au catholicisme le 9 novembre 1595 et mourut le 10 mars 1610. Ses deux principaux ouvrages, la Chronologie septénaire et la Chronologie novenaire, sont précieux pour l'histoire de Henri IV.

2. Ces accusations, que d'Aubigné a sans doute empruntées au Journal de VEstoile (voyez sous la date du 11 mars 1610), n'ont aucun fondement.

3. Pierre- Victor Gayet a exposé lui-même les motifs de sa conversion dans une lettre, plusieurs fois imprimée et datée du 15 novembre 1595 [Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 319).

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