La Marne
mis le capitaine An chez, sergent-major, qui seul savoit le dessein de son chef. Le bateau ainsi rempli, il fait couvrir de planches et de poinçons vuides, comme si c'eust esté vin, sans oublier huict bons soldats, bateliers de Dordongne et de Garonne, habillez à la mode du pays. Sur le midi, Vignoles se jette dans les autres bateaux, qu'il remplit de six vingts hommes armez et trois cents harquebusiers ou mousquetaires, fait prendre le devant au premier bateau, à une heure après midi, et lui le suit de mille pas.
Avant deux heures, ce premier bateau descouvert, fut respondu au qui va là que c'estoyent vivres qu'on menoit à Paris et qu'on fist venir le receveur en diligence pour prendre son droit. Le soldat quitta sa faction pour avertir le receveur. Les basteliers furent diligens à joindre le rempart, et les compagnons, ayans jette planches et poinçons dans l'eau au lieu de courir à leurs eschelles et à l'ordre qu'ils avoyent, se prenent aux ouzières1, que les pluyes avoyent desgarnies de gasons; et, par ce moyen, montèrent si dispostement qu'en un moment il y eut quarante ou cinquante hommes sur le rempart, sans alarme, laquelle ils portèrent avec la mort au premier corps de garde. Les autres prenent telle espouvante que les uns, baissans le pont et les autres se jettans à la nage, jouèrent à sauve qui peut. Sur quoi le gouverneur, venant d'un festin, s'essuya la bouche de son gouvernement.
Deux mois après, Sainct-Paul, qui ne pouvoit abandonner cette rivière, se saisit de Chastillon-sur-Marne