‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 75 sur 316 · Ouzières, plantations d'osiers · texte numérisé non relu

Ouzières, plantations d'osiers

pour en faire un autre Mareuil, la fortifia avec la despense et la diligence qu'il put, et mit dedans la Goste, un de ses meilleurs capitaines de chevaux-légers. A un mois de là, Vignoles, revenant avec sa compagnie d'assister le duc de Bouillon aux occasions qui se marquent en leur place, trouva à son retour incommode le voisinage de Ghastillon. Il ramassa ce qu'il put dans le pays, arrive au poinct du jour sur la contre-escarpe, fait porter et planter le plus d'eschelles qu'il put, sans autre ordre que là où l'œil jugeroit, pose des pétards à chacune des portes. Quelques eschelles réussirent. Ceux du dedans viennent aux mains, tuent près de quarante hommes des attaquans, la résolution desquels vainquit tout. La place emportée, il y eut quelque cent vingt hommes tuez, huict cents prisonniers, entre ceux-là le gouverneur. La place fut rasée à la requeste du pays.

L'année d'après, qui estoit 1595, le baron de Gonac1, lieutenant sous Poncenac au gouvernement de Soissons, surprit le fort de Mareuil2 entre les mains du capitaine Anchez, quelque bonne garde qu'il y fist. Getui-ci, prisonnier de Gonac, ayant remarqué un

1. Le baron de Gonan, souvent cité par M. Herelle dans la Réforme et la Ligue en Champagne, capitaine ligueur, est appelé le baron de Gonac dans une pièce du temps {Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 281) dont d'Aubigné s'est inspiré dans ce récit. Il avait été fait prisonnier à la suite d'un combat livré le 15 février 1595 près de Villers-Cotterets.

2. La ville et le château de Mareuil, surpris en octobre 1594 par les ligueurs, furent repris en novembre par l'armée royale et les fortifications furent rasées par ordre du roi au mois de mai 1595 (Herelle, la Réforme et la Ligue en Champagne, t. II, p. 571 et suiv.).

mesnage de soldats sans ordre, le dégast des magasins, surtout des moulins et farines et autres vivres qui se vendoyent, en donna avis à Vignoles, qui, sur cette confiance, avertit tous les serviteurs du roi du pays, et, sans les attendre, n'ayant que sa compagnie de gens d'armes et celles de sa garnison, investit Mareuil et s'y loge, n'estant guères plus fort que la garnison. Trois jours après, ayant desjà receu quelquesuns de ses amis, Pontenac envoya soixante salades pour, sous leur faveur, faire entrer cinq cents hommes de pied dans la place. Vignoles, ayant laissé à ses barricades ce qu'il faloit pour les garder à la veuë de la place, marcha au combat que la cavallerie refusa; l'infanterie l'accepta par force. Ceux-là, meslez dans l'obscur de leur salve, eurent bientost le ventre au soleil, horsmis quelques soldats et capitaines prisonniers. Dans le cinquiesme jour, le siège se trouvant renforcé jusques à quatre mille hommes et cinq cents bons chevaux, on lui amena quelque pièce d'Espernai, qui ne battit que les défenses. Le désordre que nous avons dît y mit la faim et la fin au siège, d'où sortit la garnison dans le quinziesme jour avec honnorable capitulation. Les paix générales qui se firent, comme vous verrez, arrestèrent le cours de telles gentiles actions, tant de l'un que de l'autre parti.

Vous aurez pu remarquer comment, voulant entrer aux affaires d'Auvergne, une feuille de copie perdue en a trenché le discours. Je le reprens en ce lieu assez à propos pour la continuation des entreprises qui sont hors du commun, à la charge d'y observer l'ordre quand nous y remettrons la main.

Donc Randan1, possédant la pluspart de l'Auvergne2, s'estant donné à lui tant de places qu'il n'y en avoit plus que deux qui ne fussent en son obéyssance par toute la Limagne ; encor les tenoit-il bloquées3. Il n'eut pas plustost nouvelles comment ceux d'Yssoire avoyent appelé Millaut4, pour, sous lui, se donner au service du roi, qu'il délibéra d'y faire un effort avant qu'elle fust fortifiée. Millaut, ayant à faire la guerre ailleurs, avoit laissé les compagnies d'Aviérac, et en tout quelque deux cents hommes d'estrangers. Randan, n'ayant pas encores en estât le canon qu'il avoit fait fondre à Rion5, se résolut d'essayer la surprise et le pétard. Donc, ayant donné à Aunac rende- vous à Sainct-Heran et à Chasteau-Crou, il part à six heures du soir; mais les mauvais chemins ne lui permirent d'estre à la veue de la ville qu'au poinct du jour. Contre l'avis des siens, il mena descharger ses pétards à l'abri d'une muraille, fit conduire le capitaine La Croix, son pétardier, par Chalus et Sainct-Marc, qui avoyent chascun quinze hommes choisis. Lui, avec cent cinquante gentilshommes armez à preuve, suit les premiers, laisse ce qui demeuroit à cheval au commandement du Mayet et charge

1. Jehan de la Rochefoucault, comte de Randan, gouverneur d'Auvergne.

2. Cédant aux sollicitations de son frère, François de la Rochefoucault, évêque de Glermont, Jean de la Rochefoucault, gouverneur d'Auvergne, avait pris parti pour la Ligue (De Thou, liv. XGV).

3. Le comte de Randan avait mis le siège devant les châteaux du Mas et de Saint-Just.

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