‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 78 sur 316 · La bataille d'Ivry, 14 mars · texte numérisé non relu

La bataille d'Ivry, 14 mars

3. François de Ghabannes, marquis de Gurton, fils de Joachim de Ghabannes.

4. Messillac de Rastignac, gouverneur d'Auvergne pour le roi {flist. de Languedoc, t. V, p. 419).

et quatre cent cinquante chevaux. Chappes, qui avoit fait venir les Sévenots, leur servit de mareschal de camp, si bien qu'en espérance que Montigné leur envoyeroit des hommes de Berri, ils osèrent penser au recouvrement d'Yssoire. Cette ville fut cause que, les uns marchans pour eux, les autres contre, le quatorziesme de mars 1 590, tout se rencontra près de la ville. Les troupes royales passèrent sur le ventre aux autres, et y mourut sur la place près de deux mille hommes, sans ce que les paysans du pays assommèrent, accoustumez à ce gibbier par les accidens passez1.

Encore ne puis-je laisser Yssoire, sans vous conter une tragédie, pour leçon utile aux jeunes gouverneurs. C'est que Millaut, se laissant posséder à l'amour de la dame d'Estrée, l'emmena en son gouvernement, et, bien qu'il fust pourveu d'esprit et de courage outre le commun, il se laissa tellement maistriser à cette femme qu'elle, pour saouler son avarice, le poussa à plusieurs exactions qui mirent le peuple à la révolte; si bien que les habitans, désespérez par les ruines, perdirent tout respect, et, entrez un matin dans le logis de leur gouverneur et les trouvans l'un et l'autre en mesme lict, les poignardèrent tous deux2.

Le siège3 de la Fère, par sa lenteur, nous donne

1. D'Aubigné donne la date de ce combat, 14 mars 1590. Cette date est confirmée par Imberdis.

2. Yves d'Alègre de Millaud et Françoise Babou de la Bourdaisière, dame d'Estrées, furent assassinés à Issoire le 8 janvier 1592. Imberdis, dans son Histoire des guerres religieuses en Auvergne, t. II, p. 409, raconte avec détails cet événement.

3. La lin du chap. xiv se trouve placée, dans redit, de 1620, au chap. xii.

encor moyen de savoir comment Marseille revint à son premier devoir. Cette ville, de l'importance que chascun sçait, estoit lors tyrannisée par deux de ses habitans, hommes puissans en créance, habiles et courageux; l'un nommé Charles Casaut1 et l'autre Louys ,d'Aix. Avec eux traitoit le roi d'Espagne par l'entremise de Charles Doria2, Gennois, et le négoce estoit prest de rendre la ville espagnole, quand le duc de Guise fut dépesché en son gouvernement de Provence, auquel il estoit traversé par les prétentions du duc d'Espernon. Telles brouilleries sembloyent favoriser le dessein tant qu'elles dureroyent, et, d'ailleurs, l'approche de ce prince donnoit envie de haster l'affaire, quand un habitant de marque, nommé Pierre de Liberta3, prit intelligence avec le duc, lors estant à Aix, où donnant du soupçon, il s'esloigna vers Toulon, et rendit cet esloignement utile par la prise des villes de Hieres, Sainct-Tropets et Draguignan. Et puis, ne se donnant pas loisir d'emporter les chasteaux, il les laisse bloquez et va feindre d'assiéger le fort de la Garde, retourne à Toulon; là trie son infanterie, en fait couler la meilleure part par Cadière et Sainct-Julien4 pour les embusquer la nuict à la veuë de Marseille, du costé de la porte Réale.

Le dessein de Liberta estoit d'entreprendre sur la vie de ceux que nous avons nommez, sur une cous-

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