Villefranche-sur-Meuse (Meuse
d'avoir mis à fin son projet, il inventa une sorte de cadenats, faits en forme de poires; aussi les appeloit-il poires d'angoisses. Il faisoit ouvrir les dents à ses prisonniers, et, leur ayant fait retirer sous le palais cette machine avant retirer une clef qui estoit dedans, il en faisoit un tour qui grossissoit le morceau d'un travers de doigt, et par ainsi ne pouvoit plus sortir de la bouche que par l'aide de la mesme clef. Gela fait, il disoit au prisonier : « Allez vous rendre en tel lieu ou bien vous résolvez de mourir de faim. » Ces misérables n'estoyent point seulement contraints d'aller passer le guichet où il leur estoit commandé, mais de prier Dieu pour la santé et pour l'heureux retour de leur maître, qui, en se perdant et la clef avec soi, perdoit aussi sans remède ceux qui l'attendoyent au logis. Ce Gaucher donc, que vous connoissez maintenant, ayant pratiqué quelques soldats de la garnison de Villefranche, après que ces compagnons eurent demandé leur leçon à leur gouverneur4, ils promettent, prenent argent et donnent jour pour l'assignation au troisiesme d'aoust2, à la nuict du dimanche au lundi. Ce fut à Trémelet à cercher chez ses voisins des hommes, lesquels il eut du comte de Grandpré3, gouverneur de quelques frontières, entre autres de Mouzon4, d'Estivaut, qui commandoit à Sedan, et de Rumeni5, le plus esloigné, qui, partant de Mauber-Fontaine6,