Pendant ce temps, les Espagnols détournèrent le cours de
devenu plus soigneux par son aage et par les défauts essayez, monstra qu'il n'estoit point seulement capitaine le cul sur la selle, mais aussi sur le tapis, establissant un ordre pour la durée de son armée, qu'il n'avoit jamais essayé, si bien qu'il mena (comme on disoit) un Paris devant Amiens. Les dames n'y furent pas oubliées1, et là fut replaidée la mesme cause que Tacite raconte des armes romaines, si les femmes y sont supportables ou non.
Il y avoit deux entreprises sur le bureau, l'une pour Dourlans, l'autre pour Arras. Les troupes, qu'on ne présupposoit s'avancer que pour le siège, allèrent essayer la première ; mais, tout si mal reconnu et préparé, qu'il ne s'y fit rien digne d'estre dit2. L'autre3 fut de marque, essayée le vendredi devant Pasques, d'un costé par escalades, d'autre par les pétards. Au premier dessein commandoit le duc d'Espernon, qui donna si brusquement que les siens gagnèrent le dessus d'une pièce destachée, avec tel effroi aux habitans, que le mareschal de Biron, qui donnoit par l'autre costé aux pétards, eut meilleur marché de la courtine au commencement. Le bruit que fit l'approche des troupes avoit mis tous les corps de garde en
la Somme, dont les eaux se déversèrent dans les fossés (De Thou, liv. GXVIII).
1. Gabrielle d'Estrées semble avoir assisté à ce siège. On conserve dans le vol. 3973, f. 15, du fonds français, une pièce satirique : « Les regrets et cris de la duchesse de Beaufort, divulquos en l'an 1597, lors de la prise d'Amiens, que le mauvais succès des affaires du roi sembloit menacer ladite duchesse d'une disgrâce. »