L'entreprise échoua faute d'échelles
3. Var. de l'édit. de 1620 : « ... l'autre, dont nous avons dit un mol à la haste ci-dessus, fut de marque... »
armes; nonobstant lesquels, les pétardiers enfoncèrent tout ce qui fermoit le ravelin, firent trébucher pont-levis et portes; de là jettèrent leur planche, sur laquelle le troisiesme pétard passant, fut laissé tomber dans le fossé par un coup de quartier et suivi par son pétardier, celui de devant ayant emporté le bas de la herse et n'ayant pas esté appliqué assez haut, si bien que les pièces tombées avoyent fermé le passage. On chercha par tout un troisiesme pétard et ne s'en put trouver; le régiment de Navarre demeurant cependant sur la contr'escarpe et les autres régimens emplissans la grand rue du fauxbourg à la merci des mousquetades et canonnades, avec une patience mortelle à beaucoup de gens. Enfin, manque d'un troisiesme coup de pétard, les habitans eurent loisir de retrancher la rue et mesmes d'y amener deux canons de batterie, et le mareschal de Biron, qui se chauffa long temps en une maison, prit occasion de commander la retraite, après avoir dit, non sans jurer, qu'Arras estoit failli, faute d'un pétard, et par la chicheté qu'on observoit partout, hormis aux amours. Retournons au siège d'Amiens.
On fut tout le mois d'avril à faire marcher les compagnies4, celui de mai à investir, et en juin commencèrent les approches, qui furent de dure digestion, pour y avoir dans la ville trente canons de batterie basse et autant pour les defïenses. Les tranchées du costé d'Artois estans diligemment commencées et avancées par l'ingénieux Hérard, les Espagnols, qui n'estoyent
l.On conserve dans le fonds français, vol. 3447, f. 49, un état des compagnies de gens de pied de l'armée royale sous les murs d'Amiens à la date du 20 juin 1597.
assiégez que de loin de deçà la Somme, venoyent recueillir des bleds et des fourrages. Et, pource que quelques compagnies de chevaux -légers royaux les défendoyent, il s'y fit plusieurs charges1, à l'une desquelles le mareschal de Biron, estant à la tranchée de Fiessan, vid malmener les chevaux-légers du mareschal d'Ornane, commandez par le capitaine Jean. Et mesmes le roi, un jour se promenant de ce costé-là, peu accompagné, avoit couru fortune et esté contraint de se relaissér2 derrière des mazures. Ce capitaine, donc ayant délibéré de s'en venger le lendemain, et bien reconnu comment et jusques où les assiégez s'avançoyent, il veint passer la nuict sur le pont de bateaux fait à Longpré, suivi de trois cents chevaux, la pluspart de la cornette blanche; parmi ceux-là, plusieurs seigneurs, comme le duc de Rohan3, le comte de Chomberg4 et le baron de Termes5. Avec cela, il s'embusque dans un hameau abandonné, à la couver-
1. La garnison d'Amiens fit, en effet, plusieurs sorties. Celle du 24 mai 1597 fut dirigée par Porto-Garrero et le marquis de Monténégro. Les autres se produisirent vers la fin du mois de juin.