‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 104 sur 224 · Un Guillaume Bardon était bourgeois de Montauban · texte numérisé non relu

Un Guillaume Bardon était bourgeois de Montauban

3. De Constans-Albouy, dit Y Histoire particulière..., p. 47.

4. Sur le rôle de ce personnage, cf. les Mémoires iu m • quis de Castelnau, t. IV, p. 208-2.^7. Au gibet, il avoua sa hison.

autres choses générales qui pouvoient donner de la peur, et puis vint à sonder les particuliers pour les amener à son dessein. Nous ne ferons point son procez plus long, sinon qu'il fut abrégé par la mutinerie du peuple, convaincu par lettres prises sur lui et par avis exprez qui vindrent de l'armée, et pendu avec son valet. Mais un paisan, pris avec lettres qui servoient à mesme usage, ne fut puni que de la prison, pour sa simplicité.

Une quinzaine de soldats, sortis de la corne de Mommirat, pour troubler le travail des tranchées, ne pensant qu'à attirer les compagnons aux canonades, eschauffèrent la besongne, si bien qu'aiant fait jouer aux barres moururent, de la ville, Tenans, et du dehors, Larroque, qui changeoit tout les ans de maître et de parti. Il y eust plus de contraste le 26 d'août, au devant de la mesme corne, que La Force fit entreprendre par le capitaine Rosier, Poictevin, suivi de trente mousquets et douze piques, pour aller verser les gabions les plus proches de la tranchée. Ces gabions estans quittez d'effroi, et quelques-uns roulez dans le Tarn, ceux qui les avoient quittez et ceux qui les avoient fait quitter estant renforcez, on vint aux mains. Lesgelé part de l'autre corne avec trois douzaines que piquiers que mousquetaires, au lieu d'aler renforcer ce combat, court au gros de l'armée, met le feu à deux tentes et alarme tout le camp1. La cavalerie et les Suisses s'avancent pour leur couper chemin. Il se demesle, sans perte que de deux soldats. Tout ce qui estoit sorti se retira, aiant tout le quartier sur les bras. Geste sortie en fit naître une autre à Villebourbon ; le duc du

1. D'Aubigné suit ici de très près le texte de Y Histoire par-

Maine aiant envoie Melon avec quarante mousquetaires pour tirer à ceux qu'il voioit rouler les gabions de l'autre costé de l'eau, La Pierre loge dix mousquetaires pour incommoder les quarante et les contraignit se retirer derrière les masures d'une métairie où le canon les incommodant et faisant quitter, eux et La Prade, qui les soutenoit, firent retraite avec confusion.

L'amorce prit au Moustier : cinquante mousquetaires partent du quartier du prince de Join ville, chargent les pionniers de la ville qui travailloient aux contrescarpes des bastions de Rohan et de l'Escluse; Durand avec trente remène les assiegeans à leurs tranchées et les pionniers à leur tâche; mais plus grande force le ramène; jusques à ce que, estant soutenu de Peirebosc, la besongne s'eschauffa, à la perte de quarante des assiegeans, et quinze que morts que blessez, qui fut pis pour les assiégez.

De là en avant, on fit défense de ne sortir plus à jeu découvert pour donner aux tranchées, mais chercher les ruses et les avantages propres aux enfermez. Les Toulousains, se promenans d'un quartier à autre, avoient planté des croix pour marquer où estoit le péril ; quelques bons compagnons du dedans, aians remarqué que par le bord de la Garrigue ils pouvoient à couvert aprocher de ce chemin de communication, plantèrent la nuit des croix comme fausses montjoyes pour amener les pèlerins au piège ; et en tomba entre leurs mains plus de quatre-vingts avant la fraude descouverte4.

1. Episode emprunté à Y Histoire particulière..., p. 87 : « Quelque bon compagnon ayant remarqué comme les Tolouzains avoyent environné de croix Ville-Bourbon, à autre fin

De tous costez on voyoit préparer les batteries; c'est pourquoi ceux de dedans tracèrent et commencèrent leurs retranchements et aux lieux propres creusèrent des coffres, ou casemates détachées, dans le fossé ; plantèrent notamment vers Villebourbon une double palissade, armée de crochets de fer à la mode de Holande ; apuyèrent sur des pied-droits de longues poultres pour empêcher les galeries et traverses de l'assiégeant, cela de l'invention de La Rivière-Marsolan 1 ; Gapdeville leur donna celle des hérissons et chevalets, et un Flaman, plusieurs artifices de feu et la fonte des grenades à peu de frais.

Un nommé Griniague2 arrive à nage dans la ville, y apporte dans une courge une lettre feinte du duc de Hohan en ces termes : « J'ai desmeslé enfin les endiablées dificultez qu'on m'a opposées arrivant en ce pays ; dans peu de temps je vous amènerai un notable secours; la résistance vous acquerra la seurté : retranchez les occasions des parlemens et rejettez les ouvertures des capitulations, car votre délivrance sera bien tôt par moyens plus certains. » La créance que le porteur ajoutoit à ces lettres estoit de grandes promesses de secours en termes généraux, et de mesme façon par-

qu'à chasser les malins esprits du camp, s'advise d'en planter quelques-unes près de ce ruisseau, aux lieux plus propres pour les embusches et les faire servir de leurre aux imprudens et nouveaux venus ignorans les limites de leur seureté. La ruse ne fut descouverte que plus de quatre-vingts n'eussent laissé la vie et leur argent en offrande involontaire au pied de ces croix. »

1. « Très-honnête homme et capable, que ceux de Montauban avoient fait venir pour les assister », dit le marquis de Castelnau, Mémoires, t. IV, p. 240.

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