‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 107 sur 224 · Semé sa marchandise · texte numérisé non relu

Semé sa marchandise

2. Un de ses côtés, dit Y Histoire particulière..., p. 85. C'est le mot latin : latus.

taux de poudre, fait mourir quelques femmes et enfans et fait un esclat qui estonna les assiégez et donna à rire aux autres, disans que le feu en vouloit aux huguenots. Mais les grandes bateries que nous venons de décrire furent arrestées par un accident qui tourna la chance : c'est que, sur les cinq heures du soir, le feu prit aux poudres de la batterie du Gonnestable, qui fît un grand dégât de canonniers, pointeurs, pionniers, et des plus proches gardes, desquels plusieurs, brulans, trouvèrent le Tarn à propos pour se jetter dedans. Et de mesmes que les batteries de Villebourbon avoient suivi celles de l'autre costé, le feu comme par contagion se mit aussi aux poudres de ceste part avec un plus horrible dégast et de telle violence que le vent en ouvrit les fenestres et portes de plusieurs maisons de la ville : entre les morts de cest esclat se trouvèrent le marquis de Vilars1, frère du duc du Maine, qui a voit autrefois commandé une armée en ces quartiers-là, le fils aine du comte deRibeirac, plusieurs gentilshommes, deux capuchins, plusieurs autres moines. Je laisse disputer si ce fust feu du ciel, imprudence du dehors, ou ruse du dedans.

Les batteries aians esté continuelles le lendemain, le duc du Maine fit aprocher toutes choses pour donner sur les onze heures du soir à la demi-lune qui estoit devant la porte de Villebourbon. La première attaque fut au corridor de la contrescarpe à main droite, que les gardes aians quitté, Vignaux les remène et s'y

1. Emmanuel-Philibert de Prez, marquis de Villars, était le frère utérin du duc du Maine, sa mère, Henriette de Savoie, ayant épousé en secondes noces, en 1576, Charles de Lorraine, duc de Mayenne ou du Maine.

range ; et puis les attaquans, aians escarté à gauche et à droite, donnent à ce qu'il y avoit de bresche; bien attaqué, bien soutenu : la demi-lune et les contrescarpes demeurent à leurs maîtres et dans le fossé dix-neuf morts, presque tous gens de marque et entre ceux-là Palacet1, de Saignes2 et Montesquiou de S. Projet; plus grand nombre encor donnèrent du nez à terre dans le chemin de l'assaut ; du dedans y en eut huit que tuez qu'estropiez.

Le lendemain le duc du Maine demande une trefve de ce coté et permission d'enterrer ses morts ; ce que les assiégez ottroyèrent, faisans servir à cest office La Rivière-Marsolan, habillé plus pauvrement que de sa coutume pour, sur la monnoie de la courtoisie, gagner la reconnoissance du travail. Le comte de Grammont voulut employer la petite trefve à un discours privé avec le comte de Bourfranc ; mais estant refusé de par* 1er bas, il se teut.

Le samedi 4 du mois, le duc du Maine convia ses amis de tous costez à un grand assaut. Pour cela la batterie redouble. Le comte de Bourgfranc jugea cela aux armes qu'on portoit çà et là et à des rangs de piques droites qui se voioient dans les tranchées de soixante en soixante pas : ce qu'il jugea estre celles des capitaines qui venoient prendre leur place3. Aiant dit trois mots aux compagnons, il mit ordre à toutes les parties, comme de loger dans le coffre du fossé douze

1. Ce personnage est appelé Paleret dans les Mémoires de Castelnau, t. IV, p. 239.

2. De Saignes, homme de confiance du duc de la Force. Voir les Mémoires de celui-ci, t. II, p. 4 et 271.

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