‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 108 sur 224 · Détail emprunté à V Histoire particulière..., p · texte numérisé non relu

Détail emprunté à V Histoire particulière..., p

mousquetaires, leur ordonne de tirer trois à trois, renforcer la contrescarpe de vingt bons hommes, la demilune de soixante sous la charge de Ferrières et Moncaud, la bresche de deux compagnies entières, à scavoir de Trabuc et la Barthe; et pour les rafraîchissements quatre compagnies en deux divers lieux, Savignac et Pierrebosc à leur teste. Bourgfranc n'eut pas loisir d'achever, que voilà naitre des tranchées quatre-vingts hommes armez à cru, l'espée en une main, le pistolet en l'autre, et à quelques-uns le mousqueton. Une autre troupe de cent ou six-vingts marche sur leurs pas et quelques enfants perdus menés par le sergent Conte et La Prade à la teste des hommes de main. Parmi cela s'estoit coulé le marquis de Themines et la moitié estoient gentilshommes de bonne maison. Comme cela aproche, sortent aussi des tranchées les regimens de Francon, Lauzun et Tolose. Dans la démarche se vint mesler le comte de Grammont. Les premiers dans la fumée des canonades arrivèrent sur les bras d'Aussac qui estoit à la contrescarpe et ne fit tirer que de quinze pas, mais cela n'arresta que les morts, entre lesquels fut le marquis de Themines. Quelques-uns des assaillans poursuivirent ceux qui avoient quitté le corridor; mais le grand nombre donne à la demi-lune, les uns dans ce qu'il y avoit de ruine, les autres par neuf eschelles qu'ils avoient portées et logées en deux lieux, si larges qu'ils y montoient deux à deux. Les mousquetades du coffre et du bastion de main gauche firent bien de la tuerie, mais n'empeschèrent point les premiers de gagner le haut du bastion de droite et faire quitter le jeu à la plus part des défendans. Les capitaines Marmonnier et Pierre prindrent et remplirent les places quittées.

Le comte de Bourgfranc, qui placeoit les piquiers de Barthe, averti que l'espaule du bastion estoit forcée, y court, jette une grenade sans l'alumer, et, après avoir donné un coup de pistolet, reçoit une mousquetade par la teste et fut couvert, mort, d'un manteau1. Durant ce combat du bastion, celui de la demi-lune fut tellement opiniastré, quoi que le chemin fust si facile qu'on y pou voit monter à cheval, que les assaillans en furent maîtres une demie-heure : mais Vignaux, aiant rallié une trentaine, la fit quitter et la regagna. Et làdessus l'arrivée de La Force et du comte d'Orval et des compagnies que nous avons marquées pour rafraichissement et encores Du Puy, premier consul2, qui vint crier que le secours du duc de Rohan entroit par Villenouvelle, tout cela remplissant le bastion, on ne demeura guères à jetter les corps des premiers montez ; à la veue de quoi, les trois regimens et sur tout les Toulousains perdirent le chemin de la brèche, où le meurtre estoit grand. La fin de cest affaire fust par soixante hommes de courage qui vindrent jusques sur le fossé pour favoriser la retraite de ceux qui la pouvoient faire.

A cest assaut, qui avoit duré une heure et demie3, les assaillans perdirent trois cens cinquante hommes, entre ceux-là le tiers de gens de qualité; et outre le

1. « De peur que les soldats, voyant leur chef mort, ne perdissent courage », ajoute Y Histoire particulière..., p. 73, que d'Aubigné continue de suivre de très près.

2. Jacques du Puy, lieutenant particulier du sénéchal. Il fut le sauveur de Montauban. Sur son activité, voir E. Doumergue, la Glorieuse défense de Montauban, p. 3-4 (Paris, 1922).

3. « Deux grosses heures », dit Y Histoire particulière..., p. 75.

marquis que nous avons dit, y demeurèrent La Frette1, gouverneur de Beausse, Carbon, d'Estiol, L'Espinelle, le chevalier de Daillon et l'aisné des enfans de Valeneay2. Du dedans se perdirent avec le comte de Bourgfranc, La Ferté-Saint-Loup, le capitaine Pierre et quatorze soldats. La Frette et Marmonnier se corsèrent et l'un tua l'autre3 estant roulé dans le fossé.

Les femmes se meslèrent dans le plus espais du combat et trouva-on de leurs corps parmi ceux des attaquans4. La Chapelière de Villebourbon gagna le titre de capitainesse, pour aiant combattu, emmené et pansé son mari et lui promettant de venger sa mort, elle retourna au combat et exécuta ce qu'elle avoit promis. Un coup de canon aiant emporté le bras à une autre femme, elle le mit en son giron et de l'autre retourna aux coups de pierre, jusques à ce que les chirurgiens l'ostassent pour la panser. Une autre tuant un sergent de sa propre hallebarde, un des assaillans lui donna un coup de pique et la lui laissa dans le ventre, elle fut veue s'en retourner supportant la pique avec les deux mains5.

1. François Gruel, seigneur de la Frette, gouverneur de Chartres.

2. Jacques d'Estampes (1579-1639), seigneur de Valençay, lieutenant de la compagnie de gendarmes de Monsieur le Prince.

3. Le vainqueur fut Marmonnier, qui exécuta peu après une tentative sur Nègrepelisse.

4. « Je vis là, pour la première fois de ma vie, des femmes dans le combat jettans des pierres contre nous avecques beaucoup plus de force et d'animosité que je n'eusse pensé et en donnans aux soldats pour nous les jetter » (Bassompierre, Mémoires, t. II, p. 322).

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