‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 110 sur 224 · Pierre Nouaillan, syndic de Montauban, mourut en · texte numérisé non relu

Pierre Nouaillan, syndic de Montauban, mourut en

2. Henri de Schônberg, comte de Nanteuil (1575-1632), maréchal de camp général des troupes allemandes pour le service du roi, était alors surintendant des finances et avait la charge de grand maître de l'artillerie.

3. Sans doute d'Adde, gendre d'Agrippa d'Aubigné. Le marquis de Castelnau [Mémoires, t. IV, p. 268) s'attribue le mérite d'avoir abattu le duc du Maine d'un coup d'arquebuse. D'après le Journal d'un prébendier de la cathédrale Saint-Étienne d'Agen, « celui qui fist ce méchant coup de dessus les murailles en hors estoit un cordonnier huguenot ».

Lui aiant donc esté donné comme par dédain une chétifve escoupette, il ne tira pas du bastion, mais se coucha de ventre sur une petite lesche de terre qui estoit demeurée et de là fit le coup. Ainsi mourut le duc du Maine,, prince d'un grand et mal conduit courage et qui ne se fut jamais acharné sur le gibbier faible, sans la difficile nécessité d'expier quatre escapades contre le Roi1.

Le maréchal de Themines réchauffa les bateries, pour montrer que ceste place estoit bien remplie, et particulièrement tourna quatre pièces à la tour du pont, desquelles l'une estant démontée par le canon de la ville, ceste baterie fut tournée ailleurs.

Le duc de Ghevreuse, au 20 du mois, tit forcer une mine qui emporta ce qui restoit de flanc à sa besongne : et aiant de quoi succéder font quitter le premier front. Mais Reyniez, chef du quartier, avoit mis en bataille dans le fossé les compagnies de Moncaud l'aisné, de Beauvilars et de Durand. Tout cela et ce qui accourut de la ville ne sceut empêcher, par un combat de trois heures et force pertes d'une part et d'autre (comme de quatre vingts, que morts que blessez, des assiégez et deux fois autant de l'autre parti), que il ne falust tout quitter et partager par une traverse descendant du couridor au fossé, laquelle La Rivière-Marsolan eut charge de garder.

Comme la ville estoit en murmure d'un advis venu de Saint-Antonin, qu'elle estoit trahie par un homme

1. « On pouvoit dire de lui à bon droit ce qui a été dit d'un des rois les plus renommés de l'antiquité, qu'il étoit le plus grand capitaine que la France eût de longtemps porté, pourvu qu'il vieillît » (Mémoires de Richelieu, t. III, p. 158).

de robe longue fort autorisé, retournèrent d'Adde et Nouaillan1, qui rapportent avoir esté receus par le Conestable avec fort rudes propos et, nonobstant, conduits par Desplans vers le duc de Rohan : lequel en leur présence avoit fait partir onze cents hommes pour le secours, s'opiniastrant ledit duc à faire ce coup avantageux avant parler de la paix, pour laquelle se dévoient rendre à Villemur le Conestable, les ducs de Sully, d'Esdiguières et lui. Ce fut pourquoi on ne voulut plus escouter Veyrières, sollicitant d'envoier des députez vers Desplans.

Si les Reformez d'un costé essaioient de rehausser les affaires de la guerre sur le traité de paix, les autres faisoient de mesme par une mine commencée le 1 5 du mois et preste à jouer le 22, sous une des pointes de la corne, à vingt cinq pas de son angle. Geste mine aiant joué, et failli d'emporter Orval et plusieurs des principaux, mais enlevé avec trente deux quintaux de poudre la grande eslevation de terre qui estoit de plus d'apparence que d'effet et vingt-cinq pas de rempar, le mareschal de Pralin2 fait branler quatre compagnies des Gardes et le régimen de Ghappes entier, avec force noblesse volontaire, contre la bresche, où la cavalerie pouvoit aler3. Peu de défendans se trouvèrent en es-

1. Sur cette ambassade de Nouaillan et d'Adde, cf. Mémoires du marquis de Castelnau, t. IV, p. 222. Nouaillan était un avocat.

2. Charles de Choiseul, comte du Plessis-Praslin, né vers 1563, mort maréchal de France le 1er février 1646. Il avait été nommé par Henri IV capitaine de la première compagnie des gardes.

3. « L'on mit le feu à la mine comme la tête du régiment des gardes arrivoit à la queue de la tranchée. On avoit mis une si

tat de combattre, les uns désarmez, les autres estourdis, les autres aveuglez et grand quantité des uns et des autres enterrez. Rouffie, qui avoit là sa compagnie, fut le premier qui s'aida de quelques artifices de feu et de hérissons pour se présenter à la bresche. Cestui-ci, assisté des accourans, défend la bresche assez mal attaquée, sur tout par une quantité de boulets qu'on avoit ramassez.

La troupe des assiégez se trouva si grande à ceste occasion que, voiant la froideur des assaillans, une voix confuse qui crie : « Sortons et allons à eux ! » fit que toute la bresche estant pleine de gens pour sortir, les canonades de dehors préparées aiant tué le baron de la Guépie et sept autres, tout se réchauffa de colère, en sorte que La Force, qui se trouva là, noua ce qu'il ne put empescher. Premièrement les mousquetades et les feux d'artifices aians fait quitter le plus proche du fossé, Trabuc et Bardon, avec chacun dix-huit ou vingt, prennent le largue. Bardon se trouva à l'ouverture d'une embrasure qu'on ouvroit pour donner une canonade qui eût fait du mal aux siens et la fit refermer d'un coup de pistolet. Tout donne dans les tranchées, les femmes portent le feu aux gabions. Meus ralia du

grande quantité de poudre dans la mine qu'elle causa un tel tremblement de terre que les mèches des soldats furent presque toutes éteintes, et les ennemis, qui étoient en bataille derrière l'endroit où la mine devoit jouer, sortirent jusques à mille ou douze cents hommes qui, ayant le vent de leur côté, se trouvèrent dans un nuage de poussière et de fumée qu'avoit fait la mine et rencontrèrent les nôtres qui avançoient pour se loger, les renversèrent et en tuèrent un bon nombre, brûlèrent les affûts et les munitions qui étoient aux batteries et comblèrent une partie des tranchées » (Puységur, p. 17).

regimen des Gardes une bonne troupe, qui ramena à la ville ceux qui estoient sortis, avec perte, outre La Guépie, de Cap-de-Ville , de l'aisné Ferrières, d'un aide de sergent-majour, du fils de Rufifie1 et de trente bons soldats; des Catholiques se trouvèrent morts le baron de Lanta, La Maison, sergent-majour au regimen de Ghappes et 1 50 hommes dignes de regret. La bresche se trouva remparée, couverte d'une barricade, qui fut gagnée et perdue et en fin demeura neutre jusques à trois semaines de là.

La Rivière-Marsolan, estant mis en la place de Reiniez blessé, vit naître une tranchée au delà du Tescou, qui devint une baterie, puis après il y donne de nuit avec quarante hommes, force les deux corps de garde (ju'on y avoit posez, et, ne pouvant tirer davantage de sa troupe, fut ramené la pique à l'eschine. A son retour il déroba d'un carrabin esgaré le mot de l'armée, qu'il eût fait servir sans la venue du jour.

A Villebourbon fut commencée une tranchée à travers le fossé pour conduire une mine sous le demi bastion et on tourna la baterie à couper une arche du pont. Mais après y avoir perdu sept ou huit cens volées, ceux de la ville y aians tendu un voile, la besongne fut quittée sans effet.

On recevoit tous les jours dans la ville diverses inventions pour les traitez : et parmi force bourdes, desquelles les plus mauvais garsons estoient fort ennuyez, ils aprirent que le secours poussé par le duc de Ro-

1. D'Aubigné emprunte ces noms à Y Histoire particulière..., p. 110. Le texte de ^ette relation porte pour Ruffie l'orthographe Rouffio. Les autres noms sont cités dans le même ordre et orthographiés de même.

han jusques à Saint-Antonin s'estoit avancé à une lieue de Montauban et retourné faute de bons guides. A quoy ils mirent remède par l'envoy d'un homme bien essayé. Des-Isles, entre les mains de Desplans, fut contraint, en un des parlemens, de dire aux assiégez, comme de la part du duc de Rohan, choses très-desavantageuses pour eux; mais, quelque bien gardé qu'il fût, il leur lit paroître qu'il parloit à faux et forcé.

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