Peut-être Albias, localité voisine de Nègrepelisse
4. Tout ce paragraphe est un résumé précis d'un développement de l' Histoire particulière .. ., p. 103.
à part Rohan, et la troupe Jean. ïls furent premièrement reconnus par vingt-cinq stradiots1, lesquels n'eurent pas plutôt tiré le coup de pistolet que le l'eu fut alumé par tous les clochers et lieux eslevez des villages, et, pour achever et tenir l'armée bien avertie, un sergent se déroba du regimen de Beaufort, payé pour cela et pour aler, comme il fit, certifier les avis déjà donnez, raporter le nombre du secours, l'ordre, le chemin etl'aproche. Ainsi abbayez, ils marchent une lieue et demie. Quelque cavalerie les vient muguetter et conduire de loin, jusques à un large chemin, retranché comme nous avons dit, défendu par 200 mousquetaires et 150 piquiers, commandez par Vannes2 et La Saludie3, qui avoient jette deux troupes, de cinquante mousquets chacune, dans les hayes à droite et à gauche. Beaufort et avec lui Saint-Sébastien tastent la gabionnade, y reçoivent quelques coups de pique; ce dernier y demeura engagé; Beaufort donne à droite, se fait faire place à la troupe que nous y avons marquée, passe sur le ventre à deux corps de garde et tombe dans le quartier des Suisses, d'où il se demesla, et eut aussi tost sur les bras la compagnie de gensdarmes de Monsieur, où il fut blessé et pris prisonnier. Ceux du Roi qui défendoient le chemin retranché nous ont dit que la foule des attaquans par deux fois prit haleine et conseil à soixante pas et par deux fois,
1. Estradiots, cavaliers étrangers, primitivement d'origine albanaise.
2. Jacques de Simiane, comte d'Evenos, second fils de Gaspard de Simiane, baron de Caseneuve, seigneur d'Evenos, capitaine au régiment de Normandie.
3. De Briançon, seigneur de la Saludie, capitaine au régiment de Normandie.
outre la première, revint aux mains, a la dernière desquelles ce qui passa, perça.
La plus grand'part du premier bataillon avoit pris à gauche. Les premiers qui se firent ouir à redresser la confusion furent Pascalet et Rousselière, qui ralient environ 500 hommes, plusieurs désarmez du premier choc. Il leur reste de scavoir où est la ville. Un petit reste de lune leur aiant fait voir la forme d'un clocher, un soldat du pays la reconut et s'escria : « Deçà, Beaufort, à gauche ! » A ceste voix accoururent Rozier, Duffort, Salze, Groye, Bruneau et la plus grand'foule des compagnons.
Au premier bruit de l'escoupèterie, tout Montauban estant sur pieds, les opinions furent confuses, les consuls vouloient mettre les phares1 de bonne heure, et mesmes favoriser d'une sortie leur secours; à quoi contraria le comte d'Orval et ne fut rien alumé que le soldat qui avoit reconu la ville n'eût parlé à la corne. Or donc, à la veue des flambeaux et au son des tocsains, se jettèrent à la contrescarpe six cens trente hommes de conte fait, avec neuf drapeaux et quelque vingtaine de blessez.
Pour rendre conte du reste, à mesure que le premier bataillon estoit aux mains, un gros de cavalerie charge et rompt le dernier ; partie suit la file du second, partie se retire dans un bois proche de là : ceux-ci ayans recueilli quelques esgarez, trois cens en tout reprennent, au point du jour, le chemin de Saint- Antonin. Le comte d'Ayan, gouverneur de Rouergue2,
1. « Des flambeaux allumés sur les clochers et les bastions », dit Y Histoire particulière..., p. 110.
2. François de Noailles, comte d'Ayen, fils aîné d'Henri, sei-
avec 1 00 salades et quelques carabins, les aiant rencontrez en teste, ils passèrent un petit torrent et gagnèrent un bois, où, de crainte qu'il arrivast plus de forces, ils capitulèrent à la vie. Ceux-là menez à Bourniquet1, il y en eut fort peu qui dedans dix jours ne regagnassent Montauban. Saint-Sébastien, que nous avons laissé dans la tranchée, s'en dérobbe, se cache chez un paysan, rallie quatre des siens, et fut dans la ville de là à deux jours.
Les plus misérables furent quatre-vingt-dix pris au 'combat. On les mena au logis du Roi, de là à Toulose, puis aux galères, Beaufort à la Bastille; le ministre mourut de maladie2; Lautal et Vilaret et prez de soixante soldats au combat. Le mot, qui d'un costé se rencontra Jean et de l'autre Saint-Jean, favorisa de son équivoque les plus heureux. On rapporta au Roi qu'il n'estoit entré que 150 hommes dans la ville, la plus part désarmez et estropiez, et les escripts qui volèrent par tout déguisèrent ceste affaire jusqu'à faire imprimer la prise de Montauban.
Ceux d'auprès du Roi qui sceurent comme tout s'estoit passé reschauffèrent les parlements de Desisles et Desplans, et puis, au commencement d'octobre, l'abouchement du maréchal de Themines avec un consul et deux autres députez. M'excuse mon lecteur si je n'affadis point
gneur de Noailles, fut gouverneur du Rouergue, puis lieutenant général au gouvernement d'Auvergne après son père.
1. Bruniquel, sur l'Aveyron, bourg du Tarn-et-Garonne, à trente-quatre kilomètres de Montauban.
2. La version du Mercure françois, t. VII, p. 869, est différente : « Cent vingt-quatre des prisonniers furent envoyez à ïhoulouse pour estre mis à la chaisne, et leur ministre (qui avoit esté autrefois capuchin), estant aussi pris, fut pendu. »
mon histoire de telles redittes ennuyeuses. J'aime mieux estre exprez aux coups d'effet qu'à tant de paroles et d'inutiles escrits. Seulement vous diray-je que Dadde, pensant rentrer dans la ville, fut mené au cabinet du Roi, où ne se trouva que Sa Majesté, le Gonestable, et le Grand Prévost. Là, après toutes les promesses repoussées, le Gonestable dit qu'il ne lui faloit point espérer rentrer dans Montauban. Sur la foi du Roi alléguée par lui, on répliqua que le saufconduit estoit pour ceux de Montauban, et qu'il estoit d'ailleurs et d'une autre qualité. Gomme il se vouloit escrier davantage, le Gonestable dit : « Vous avez abusé du passeport, car vous avez mesnagé et dirigé le secours, lui avez fait prendre le chemin que vous aviez reconu en alant; le duc de Rohan a tout fait par votre avis. Il y va de la teste. » Dadde a confessé qu'il n'avoit jamais esté catéchisé d'un Roi, d'un Gonestable et d'un Grand Prévost et qu'il s'estonna, pensant avoir fait assez de refuser le service du Roi qu'on lui offroit à bon conte et de prendre sa maison pour prison. C'est cela qui lui empescha le retour et non les mescontentemens1.
La fin de septembre n'a rien qu'une petite aproche sur le bord de la rivière et un terrier eslevé, qui, au commencement ayant esté repoussée, se parfit à la seconde fois.
Ceux de la ville, aiant veu les rafraichissemens de plusieurs regimens arrivez au camp2, se résolurent à
1. D'Aubigné cherche ici à justifier son gendre, qui, d'après le marquis de Castelnau (Mémoires, t. IV, p. 223), aurait « dégénéré de ce qu'on s'étoit promis de lui, ayant conseillé aux Montalbanais de ne pas s'opiniastrer à soutenir le siège ».
2. De 6 à 7,000 hommes de renfort, d'après le Mercure françois, t. Vil, p. 169.
un long siège, et par l'aide des nouvelles compagnies entrées dans la ville donnèrent plus de relasche à ceux qui n'avoient aucune nuit franche.
Deux soldats arrivez à Montauban, après avoir fait le conte d'un messager qui, condamné àestre pendu, fut averti par un jésuite de se recommander à Nostre Dame, et que, par ce moyen, le licou se romproit, ce qui se fit trois fois à l'admiration des uns et à la risée des autres, qui regardèrent la coche faite au cordeau, apprirent aussi que le maréchal de Themines minoit sous le demi bastion de son quartier1. Gomme, de fait, il avoit ouvert le fossé, fait un coffre à l'embouchure et avoit gagné le pied du bastion par une galerie bien couverte, Vignaux avoit desjà commencé une contremine par soubçon. Quand les siens ouyrent le travail des autres, ils firent jouer sur les mineurs premièrement les coups de pistolet et puis une fumée; à cela perte d'une part et d'autre. La galerie aiant esté bruslée, lesataquans s'opiniastrent de façon qu'ils la refont. Le duc de Chevreuse de son costé, aiant gagné par tranchées le pied d'un bastion, y dresse une mine; mais La Rivière-Marsolan éventa son travail .
Je suis encor débauché par l'entreveue du duc de Rohan et du Gonestable au château de Reniez2, à une lieue de Montauban. Après les complimens, le Gonestable mena le duc seul dans une allée et lui parla ainsi :
« Je vous ai de l'obligation de vous estre fié en moi
1. Ces détails sont empruntés à Y Histoire particulière..., p. 128.
2. Reyniès, village du cant. de Villebrumier, arr. de Montauban, sur la rive droite du Tarn, dans la direction de Villemur.
de votre voyage, vous n'y serez point trompé, votre seureté est aussi grande ici que dans Castres. Aiant pris votre alliance, je désire votre bien et que vous ne m'ostiez le moien, durant ma faveur, de procurer la grandeur de votre Maison. Vous avez secouru Montauban à la face de votre Roi; ce vous est une grande gloire; mais vous n'en devez abuzer; il est temps que vous fassiez pour vous et vos amis. Remontrez à ceux de Montauban que leur perte n'est différée que de quelques jours, que vous n'avez plus de moien de les secourir à cause des forts et lignes qu'on fait autour d'eux et qui s'en vont achevez; que s'ils ne prennent des conditions raisonnables, à scavoir ou une citadelle ou une garnison, ou la démolition de toutes leurs fortifications, que vous les abandonnerez. Pour Castres et autres lieux de votre département, demandez ce que vous voudrez, vous l'obtiendrez, et, pour votre particulier, la carte blanche vous est offerte. Vous ne devez rien espérer d'Allmaingnes, ils ont plus affaire de secours qu'ils ne sont en estât d'en donner; non plus d'Angleterre : vous conoissez l'humeur du Roi. Quant au dedans, la Reine Mère a ses appuis du costé d'Espaigne et Savoie, où elle a ses filles mariées, et du costé de Rome et des Jésuites, qui ne sont les amis des huguenots. Monsieur le Prince, je le retirerai toujours pour une pièce d'argent; Monsieur le Comte, j'ai de ses lettres et de Madame sa mère qui est preste de l'envoier auprès du Roi. Quant aux autres grands du royaume, je ne doute point qu'ils ne vous fassent parler, mais c'est qu'ils veulent faire leurs affaires à vos despens. J'ai eu de la peine à empescher la confiscation de votre bien et de vos gouvernemens, je ne puis
plus m'y opposer. II vous faut résoudre à une perte ignominieuse et asseurée, ou à relever votre maison plus qu'elle ne fust jamais. Car, si vous continuez en votre opiniastreté, le Roi accordera plustôt avec tous ceux de la Religion, pour faire à son aise un exemple de votre personne et de votre maison. Mais, si à ce coup vous me croyez, vous sortirez de ce fâcheux affaire avec gloire, et obtiendrez les bonnes grâces de votre Roi et ce que vous souhaiterez pour votre fortune, laquelle je désire tellement fortifier qu'elle soit l'appui de la mienne1. »
A cela le duc de Rohan respondit : « Je serois ennemi de moi-mesme si je ne souhaitois les bonnes grâces de mon Roi et votre amitié ; je ne refuserai jamais de mon maistre les biens ni les honneurs, ni de vous les offices d'un bon parent. Je considère bien le péril! auquel je me trouve. Mais je vous prie aussi de regarder le vostre : vous este haï universellement, parce que vous possédez seul ce qu'un chascun désire. La ruine de ceux de la Religion n'est point si prochaine qu'elle ne donne loisir aux mescontens de former des partis, et ceux qui ne se joindront ouvertement à nous ne lairront2 de s'accorder facilement avec nous, en ce qui concerne votre ruine. Presque toutes les guerres contre ceux de la Religion ont commencé avec grand désavantage pour eux. Mais l'inquiétude de l'esprit françois, le mes-
1. Ce discours du connétable et la réponse du duc de Rohan se trouvent rapportés par Rohan absolument dans les mêmes termes (Mémoires, t. I, p. 195-198). C'est la meilleure preuve que d'Aubigné a eu communication du manuscrit des Mémoires de Rohan.
2. « Laisseront », dit le texte des Mémoires de Rohan, t. I, p. 197.
contentement de ceux qui ne gouvernoient pas et les secours estrangers les ont toujours remis. Si vous procurez que le Roi nous donne la paix avant que tout cela soit esclos, elle se fera à son grand honneur et avantage; car, après avoir abaissé le parti, n'avoir receu aucun eschec et sans apparance de divisions du dedans, ni de secours du dehors, il obligera ceux qu'il aura abaissez, fera conoitre qu'il n'en veut à la Religion, mais seulement à la désobéissance prétendue, rompra le cou au tiers parti4 et, sans avoir senti aucun desplaisir, retournera craint et redouté des uns et des autres, ce qui redoublera votre créance auprès de lui et vous mettra en estât de ne pouvoir estre choqué de personne. Mais, si vous poussez les affaires jusques au bout et que ce torrent de prospérité ne continue (comme vous estes à la veille de le voir arresté devant Montauban), chacun reprendra ses esprits encor estourdis de l'affaire du Pont-de-Sé et de celles-ci et on vous donnera des affaires fâcheuses à demesler. Songez que vous avez moissonné tout ce que les promesses meslées de menaces vous pouvoient acquérir, et que ce qui reste combat pour la Religion qu'il croid. Pour mon particulier, je me suis imaginé la perte de mes biens et de mes charges et, si vous en avez retardé l'effet à cause de notre alliance, je vous en ai de l'obligation; mais je suis tout préparé à souffrir pis que cela et résolu2 (l'ayant promis solennellement et ma cons-
1. « Aux autres parties », disent les Mémoires de Rohan, t. I, p. 197.
2. Ce texte est meilleur que celui des Mémoires de Rohan, qui portent : « Mais je suis tout préparé à souffrir, puisque cela est résolu, l'ayant promis solennellement, et, ma cons-
eience me l'ordonnant ainsi) de n'entendre qu'à une paix générale. »
Je suis sorti de ma chicheté de tels écrits pour ce que ce propos nous instruit de diverses choses; toutefois, pour estre disert, il ne laissa pas d'estre inutile, le duc tenant ferme contre plusieurs officiers des villes qui, trouvans les offres bien durs, trouvoient encores plus dure leur condition.
Durant ces discours, on ne laissa pas d'attaquer la corne avec des mantelets sur lesquels on esleva une espèce de cavalier. Par l'avis de La Force, on y fit jouer une mine, de peu d'effet, aussi bien que la sortie qui la favorisa.
Un peu plus à propos fut celle du maréchal de Themines, qui renversa dans le fossé trois grandes toises de la face du bastion, au pied duquel on vous a fait voir une galerie avancée. Ce qui empescha l'efect de ceste bresche raisonnable fut que la dernière ruine de la bresche enterra quelques-uns des plus avancez; les autres qui montèrent après, bien receus et mal suivis, presque tous blessez ou tuez, changèrent l'assaut en une scopeterie d'une heure, à la fumée de laquelle hommes et femmes relevèrent la bresche en estât tel quel.
C'est une dispute ordinaire dans les sièges, si le mesnagement de la vie des soldats doit empescher les sorties, et tenir toujours vos gens à couvert, qui sont après bienestonnez quand il faut paroistre à pied descouvert. La meilleure resolution à cela est d'estre avare de sorties qui se font par gloire et sans avantages, mais libéral de tout, quand il y va d'enclouer ou prendre
eience me l'ordonnant ainsi, de n'entendre qu'à une paix générale » (t. I, p. 198).
un canon ou un chef, brusler les poudres, ruiner un long travail et sur tout quand il vous gratte les pieds. C'est sur quoi les assiégez se résolurent à telles sorties,, desquelles la première fut sur le camp de Themines. On prit de chaque compagnie quatre mousquetaires et deux piquiers, cela faisoit avec les volontaires plus de 300 hommes. Savignac en devoit mener soixante, sortir par la demi-lune, pousser comme il pourroit jusques au canon, puis, en faisant demi-tour à gauche, se joindre à Pasqualet, qui avec soixante autres devoit rompre la galerie, et puis se jeter à droite pour rencontrer Savignac. Duffort et Peirebosc, avec chacun quatre-vingts hommes, soutenoient chacun une de ces deux troupes. Deux heures avant jour, tout cela passa le pont, la mesche esteinte.
Les premiers qui sortent sur le régimen de Barraut tuent et percent sans peine jusques au corps de garde du comte de Garmain, qui, n'aiant ralié qu'une douzaine, fit tuer ou blesser presque toute sa troupe, et lui mesme y laissa de son sang. Savignac donne au canon; par défaut des encloueurs qui n'avoient pas suivi, on met le feu à la gabionnade, qui de là saute aux poudres et fit mal aux uns et aux autres. Le mareschal de Themines oit de son lit tout d'un coup crier : « Aux armes et sauve le mareschal ! »
Pascalet, ayant exécuté sur le coffre et la galerie, monte, perce trois corps de garde, au dernier desquels estoit une pièce de campagne qu'il fit trainer dans la ville. Savignac ne fit pas son demi-tour à gauche pour le joindre, comme telle sorte de balets n'observent pas toutes les cadences aisément.
En fin, et bien tard, le mareschal ralia les corps de
garde plus esloignez, et, aiant donné loisir à ceux de la sortie de dépouiller les tranchées, les mena au pas et à regret en leur logis, trouvant sur la place plus de trois cens morts, entre ceux-là Francoux, maistre de camp, le vicomte du Bosc et Garsonville; la multitude des blessez estoit bien aussi grande. Les assiégez avoient emporté quinze morts, entre ceux-là Peirebosc.
Gest heureux succez fit préparer une autre sortie, la nuit d'après, dans le fossé du Moustier, qui pour l'heure ne s'exécuta pas, pour s'estre découverte trop tost.
Gastelnau avoit préparé une mine à ce fâcheux petit cavalier auquel la première n'avoit rien fait. Ceux de dedans agacèrent en tant de façons les autres, qu'ils les amenèrent aux coups de pique sur le cavalier, et lors la mine fît sauter une douzaine de ceux qui estoient dessous, desquels un fut jette tout vif dans le rempar, qui promit de dire les secrets de l'escole pour estre sauvé. Vingt-cinq, sortis par deux casemattes, donnent à la barricade qui estoit au bord du précipice, tuent ceux qui la gardoient et la bruslent ; là, le combat plus ordinaire estoit à coups de cailloux, que les assiégeans rejettoient dans la place, et y furent trompez pour ce qu'on leur en jetta de tous ardens.
Le comte de Schomberg, faisant le grand maistre, tira tout le canon de Vilebourbon, hormis quatre, et grande quantité d'ailleurs, pour faire une furieuse batterie au delà du Tescou1 à un bastion, dont ceux de la ville furent très-aises pour la grand'despense qui y fut faicte inutilement. On disoit que c'estoit par le conseil d'Adde, et estoit vrai en quelque façon, car, estant sur
1. Le Tescou, cours d'eau qui se jette dans le Tarn, rive droite, à l'est de la place.
son adieu, comme on lui demandoit conseil d'une baterie, après qu'il eut respondu que ce n'estoit pas l'office d'un prisonier, repressé encores et comme avec menaces, il leur dit : « Je voudrois que vous eussiez tourné toutes vos bateries en tel lieu. » Et lui, se parant aux reproches qu'on lui en a fait depuis, respondit : « Je ne vous ai rien conseillé et les désirs d'un huguenot ne vous doivent pas servir de conseil. » L'auteur du siège de Montauban, qui n'estoit pas ami de d'Adde, consent à cela4.
Les cinq canons laissez au Moustier firent quelque bresche au ravelin, qui fut incontinent réparée de fascines et de terre, et puis on employa vingt-quatre canons contre la muraille de la ville et contre le nouveau boulevard du Paillas, et fut la baterie si bien entretenue qu'on y conta deux mille cinq cens coups de canon en deux jours. Le remède à cela fut un retranchement en ce bastion neuf, un petit fossé dans le vieux et autres flancs pratiquez, couverts de bois et déterre, tout fait plus lentement que de coutume pour l'estonnement des pionniers qui se cachoient partout. Pour se préparer contre l'ataque fut mis en la place de Marsolan Vignoles, venu de Saint- Antonin. En mesme temps se faisoit un préparatif au quartier du Gonestable, où on avoit mis sus un nouveau cavalier : il y
1. Ici encore, d'Aubigné est préoccupé de disculper son gendre. L'auteur de Y Histoire véritable... se borne à dire, p. 137 : « Schomberg, comme intendant extraordinaire de l'artillerie, print en fin garde (adverti, au dire des assiégez, par Dade, qui avoit quitté la ville depuis son retour de Castres) que les canonniers perdoient leurs coups contre Ville-Bourbon... et qu'une batterie assise au delà de Tescou nous nuiroit plus... » Si cette déclaration ne contredit pas à ce qu'allègue d'Aubigné, elle n'y « consent » pas non plus.
eut trois jours d'exercice, avec artifices de feu d'une part et d'autre; enfin le cavalier demeura renversé.
Un soldat de l'armée se jetta dans la ville, avertissant que le Roi venoit l'apresdinée se promener dans son camp ; sur quoi, par l'avis de tous les chefs de Montauban, fut défendu de tirer jusques à quatre heures du soir. Ce prince avoit pris avec lui un carme deschaussé, qui se faisoit appeller P. Dominique-Jesus- Marie, lequel, renommé par tout pour la victoire de Prague, fut receu*à Paris avec espèce d'adoration telle que mesme des princesses, et entre elles une des plus grandes de la France, lui coupèrent des morceaux de son vestement pour garder en relique : de quoi il fut censuré à Rome1.
Gestui-ci, arrivé au siège, promit au Roi de la part de Dieu la prise de Montauban à certain jour, qu'il désigna, au commencement, de la teste Saint-Loys, et depuis, au 16 d'octobre. De quoi ceux du dedans avertis tenoient l'assaut pour conclu à ce jour-là2.
En attendant l'assaut général qui se prépare, se fit encore un parlement de la Saludie, lequel, sous couleur d'entretenir Saint-Orse, son parent, attira quelques personnes notables de la ville. Ce qui s'y passa en substance fut une demande : « Pourquoi il faloit que le seul Montauban empeschast toute la France d'estre en paix ? » La response fut : « Pourquoi tant de gens ne pouvoient
1. Cf. Mercure francois, t. VII, p. 865 : « La renommée de sa vie religieuse luy donna incontinent le tiltre de bien-heureux Père entre le peuple : tiltre qu'aucuns théologiens n'approuvoient durant sa vie. ïoutesfois ceux qui pouvoient avoir un petit morceau de son scapulaire s'estimoient avoir une relique. »