‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 116 sur 224 · Hameau de la corara. de Saint-Georges · texte numérisé non relu

Hameau de la corara. de Saint-Georges

3. Saint-Affrique, ch.-l. darr. de l'Aveyron, sur la Sorgues, importante place de sûreté des Protestants, prise et démantelée par Louis XÏII en 1629.

4. Cf. Mémoires de Rohan, t. I, p. 192. « Le duc de Rohan... sort le canon de Milhaud et prend Saint-Georges, petit lieu fermé, et Luzançon, maison particulière située entre Milhaud et Saint-Affrique, où il y avoit garnison qui incommodoit fort

par les chevaux légers de d'Elbène1 qui confirmèrent ce que nous avons dit du secours. A quoi pour premier remède toute la cavalerie de l'armée fut partagée pour ne laisser aucune heure de la nuit sans qu'il y eut troupes gaillardes en tous les endroits soubçonnables d'entre la ville et Saint-Antonin. De plus, tous les chemins furent retranchez de gabionades bien fossoyées, d'arbres coupez et de fascines liées par tous les endroits où besoin estoit. Tout cela, bien sceu et la plupart veu par ceux qui estoient à Saint-Antonin, avec le retour d'une lieue, comme nous avons dit, ne préparoit guères bien le courage des secourans à une besongne où il en falloit tant. Or, estant besoin de vous rendre conte d'une si difficile action dez son commencement, il la faut prendre depuis la délibération du duc de Rohan2.

Duquel il est juste de scavoir que, quand il laissa Montauban en Testât que nous avons dit et qu'estant arrivé à Castres, de là passé aux Sévènes et bas Languedoc, où il trouva les difficultez qui se lisent en leur place, contre tout cela il fit quatre mille hommes de pied du bas Languedoc, en paya de son argent mille des Sévènes, appelle à soi le marquis de Malauze, qui commandoit en Albigeois et Roùergue, Leran3 en Foix

son passage, et eût continué de faire le chemin libre sans la nouvelle de la défaite de Fauche... »

t. Guy d'Elbène, fils aîné de Pierre d'Elbène, seigneur de Villeceau, et d'Anne d'Elbène, lieutenant des chevau-légers de Monsieur.

2. D'Aubigné reprend ici la relation de Y Histoire particulière... 11 va la suivre de très près dans le récit de la venue du secours.

3. Gabriel de Lévis, fils de Gaston de Léran, commandait le pays de Foix au nom de l'Assemblée de la Rochelle.

et Saint-Rome en Lauragais, pour tous trois aprocher le plus de gens de guerre qu'ils pourroient. Enfin, après les susdittes difficultez, aiant receu Dadde et Nouaillan, députez de Montauban, conduits et gardez par Desplans, et prins, en secret, avis du premier sur l'ordre et passage du secours, il choisit Beaufbrt1, et ajouta à son régimen de sept compagnies cinq de celui de Boyer, le tout faisant, de conte fait, onze cents hommes2.

Or, pour cacher et déguiser le dessein, il fit faire une reveue générale, comme pour montrer ses forces à Desplans et traiter plus avantageusement sur son raport; et, sur le soir, le gros de ses troupes prenant le chemin de Lauragais, amusa le duc d'Angoulesme, préparé à se mettre en queue du secours; Beaufbrt seul avec sa troupe se dérobe dans le chemin de Lombers, où il se tapit sur le matin, reconnu et non conté par ceux du château, ennemis de la ville. Il tient ses soldats subjets tout le long du jour, part à la nuit, fait onze lieues de traitte, se rend à Saint-Antonin le lendemain, d'où, après un séjour de vingt-quatre heures seulement, il joignit Penavayre avec cinquante hommes, qui promit de les servir de guide et d'enfant perdu.

Beaufort et les siens n'aiant que des gens de pied, aiant tant fait de lieues et en aiant tant à faire, aiant en chemin deux rivières difficiles, en l'une desquelles les

1. Claude Gabriac, seigneur de Beaufort. « Un nommé monsieur de Beaufort, homme de cœur sans doute », dit le marquis de Castelnau, Mémoires, t. IV, p. 258. Il fut décapité à Toulouse en 1628.

2. 1,200, d'après le marquis de Castelnau, t. IV, p. 258; 1,100, d'après Y Histoire particulière..., p. 115, que suit d'Aubigné.

soldats passoient à la file et se donnoient la main pour monter le chantier, deux armées royales, l'une à front, l'autre à dos, réveillées d'avertissemens redoublés, ceste troupe, dévorant le labeur et péri 11, marcha en résolution d'entrer avant jour à Montauban; mais, estant en la f'orest de la Grézinie1 au coucher du soleil, la nuit ne suffisant pas à faire cinq lieues, il fallut prendre la forest pour retraite, afin d'en partir le lendemain sur les quatre heures après midi, Penavaire criant qu'ils partoient trop tard pour arriver avant jour; les guides se perdent, quelques soldats se dérobent; Beaufort, se voiant sous la guide d'un paysan, et ceux qui lui avoient promis de mener la danse servans à estonner les compagnons, fut contraint de retourner à Saint-Antonin, aiant demeuré quarante heures sans repaistre.

Là, il fallut réchauffer les courages, débauchez par les premiers mauvais accidens, qui sont autant d'augures et d'espouvantaux, malaisez à vaincre aux courages communs, comme le scavent ceux qui l'ont expérimenté. Les plus gentils capitaines, le ministre Rudavel et le chef sur tous, aiants travaillé heureusement à ceste besongne, Natalis2 de Montauban et le paysan que nous avons dit, receus, Beaufort part le %7 à trois heures après midi, et aiant peu avancé, fait faire une halte pour dire : Compagnons, dès que nous serons montez hors ce valon, nous marchons dans le danger, parmi des ennemis avertis; ne refusons point nos cou-

1. La forêt de la Grésigne, située entre Penne et Castelnaude-Montmirail, arr. de Gaillac (Tarn).

2. Corneille Natalis, avocat. C'était un des cinq consuls de Montauban pour 1621.

rages à Dieu, il se rendra de la partie à la délivrance des églises et du 'pays, à un effet que les siècles magnifieront. En sauvant Montauban, nous faisons la paix. Voyez quels peuples nous béniront d'avoir esté instrument de leur repos. U entreprise est périlleuse ; cest ce qui la fait belle. En tout cas, alons sacrifier nos vies au relèvement de la foi publique et de nos libertez. Les poltrons dans le plus espaix des dangers croient sauver leurs vies en tournant le dos à V ennemi, mais c'est là mesme où est le périll, car le chemin de vaincre et de vivre est tout un, et en devant. Les fuyars trouveroient Dieu en teste, pour les punir d'avoir faussé le serment que chacun de vous a juré. Je marche asseuré que je mène des gens de bien et que Dieu nous aider ai.

Ils partent résolus, prenant le chemin de la plaine pour tromper le jugement de leur ennemis, passent la Veiron2, aians fait trois lieues entre Bias3 et Nègrepelisse; la lune commenceant à esclairer, Beaufort dispose là ses troupes et trois escadrons, chacun d'environ quatre cens hommes. Il estoit premier avec Lantal, son lieutenant, Saint-Sebastien, Salze et Penevaire; au second Rouzier, Durfort, Delon et Pasquallet; et au troisième Le Mounac, La Chassagne, Villaret, Groye et La Sagesse; Bruneau, sergent-majour, se tenoit aux aisles et La Rousseliere, son ayde, à la queue4.

Quelques volontaires à la teste avoient charge de répondre au qui vive. Les officiers avoient pour mot

1. Le texte de cette harangue est transcrit de Y Histoire particulière..., p. 117.

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