Chapitre XXII
Prise de Royan par Soubize.
En Oléron, où Soubise séjourna long temps, se fit l'entreprise sur Royan1, qui avoit esté osté au parti par le moien de l'achapt qu'en avoit fait le Gonnestable quelque temps auparavent la guerre, l'aianl mis entre les mains du jeune La Chesnaye2, un des ordinaires du Roi, Reformé de profession ouverte, du nombre de ceux desquels on retardoit le changement de religion pour s'en servir à choses pareilles et à suplanter les places de seurté. L'aisné de la Ghesnaye y prit sa lieutenance, comme plus asseuré à la Religion ; tous les deux en fin furent contrains de se montrer réfraetaires aux ordonnances de l'Assemblée.
Un soldat, qui avoit esté de la garnison, proposa l'entreprise, en disant qu'il y avoit, non guères loing de la porte du chasteau et de la hauteur du rempar, une petite porte murée, fort aisée à ouvrir pour estre mal bastie et sans terrassse; qu'il faloit aler à ceste porte par une motte de terre ronde avancée dans le fossé, revestue de pierre jusques à dix pieds près de sa sommité; qu'une eschelle de quinze ou dix-huit rolons suffi roit pour monter sur ceste motte, d'autant que ce qui n'en estoit point revestu estoit tellement talussé que sans peine on pou voit monter ; au plus haut de la motte,
1. Royan, ch.-l. de cant. de l'arr. de Marennes (Charente- Inférieure).
2. La Chesnaie était un homme de confiance de Luynes. li avait été chargé, en 1620, d'une mission auprès des protestants du Béarn. Voir Mémoires de Bassompierrc, t. II, p. 210.
pour empescher l'aproche de la poterne, disoit y avoir une palissade en rond, mais si mauvaise qu'avec les mains on la pouvoit rompre; qu'avant se rendre au pied de la motte on rencontroit une autre palissade, qu'il faloit scier pour aler du premier au second fossé, l'entrée desquels il faisoit si aise qu'il n'estoit besoin, disoit-il, d'aucune eschelle. Il asseuroit en outre, comme aussi quelques autres qui disoient avoir connaissance de Testât de la place, que dez qu'on se présenteroit à la ville, la garnison, qui estoit toute de la Religion, se declareroit pour les Reformez et qu'elle n'attendoit que l'occasion.
Soubise s'embarqua à la pointe d'Ors1 et mit pied à terre sur l'entrée de la nuit, à un quart de lieue de Mornac2 et à trois lieues de Royan, dans un petit canal entre les marests salans qui sont, en ces quartiers-là, tout au long de la Seudre3. Il faisoit porter quantité d'eschelles de toute taille et de beaucoup plus longues que l'entrepreneur ne demandoit, dont bien lui en prit. A 700 ou 800 pas de la ville, une heure avant jour, Freton4 les distribua pour porter à ceux qui s'en dévoient servir5, et, se mettant à leur teste, laissant le fauxbourg à gauche, ils arrivent sur le bord du fossé, où aiant esté crié : Qui va là? et respondu : Soubize, ils y descendent, mais non sans eschelles, abordent la palis-