En marge : [Faut ici les noms des soldats
sade au fonds du fossé qui empeschoit l'entrée du second, scient les pieux avec difficulté à cause de leur grosseur, non sans perte de quelques hommes, et, passant plus outre, rencontrent entre deux petites pièces destachées, qui estoient dans le fossez, une muraille naturelle de rocher, de laquelle n'avoit esté fait aucune mention ; l'aiant montée avec eschelles, ils arrivent au pied de la motte, où les eschelles de vingt eschelons ne se trouvant point trop longues, Saint-Seurin1, La Roque, Navailles et quelques autres montèrent d'une telle vitesse qu'ils furent incontinent attachez à la poterne murée, ayans déjà passé la palissade qu'ils trouvèrent pourrie. Au bout des eschelles, ils s'estoient pris à l'herbe et, la terre estant amolie par la pluye, avoient pris pied jusquesau haut. La poterne fut aisément démurée, mais ils la trouvèrent terrassée jusques aux deux tiers, contre le raport de l'entrepreneur. Freton, qui estoit demeuré au pied de l'eschelle pour faire monter sans confusion,, voiant ses gens arrestez, monte et trouve qu'au bout de ces deux tiers terrassez deux de dedans estoient après remplir le reste d'un tonneau. Il fit entrer quelques soldats dans le trou pour essayer d'oster ce tonneau et en perdit quelques-uns par ceux du dedans, qui vindrent tirer à costé du tonneau, et cest endroit estoit encore défendu par la tour de la porte et une autre de main droite. Les attaquans eurent recours à deux moiens : à un pétard et à mettre le feu à la porte avec du bois qui s' estoit trouvé dans le fossé ; la gorge du pétard ne pou voit sceller sa place, à cause de la rondeur du tonneau qui laissoit du vuide aux bouts; tout estoit gasté (car aussi bien le feu de
i. Henri de la Motte-Fouqué, baron de Saint-Seurin.
la porte ne faisoit rien), quand La Chesnaye demanda a parler : sur quoi Soubize qui estoit sur des eschelles s'estant présenté, il exposa qu'il faisoit plus pour le parti qu'en s'en déclarant. Ce premier discours ne concluant rien, il arriva que ceux de la ville ne voulurent pas estre muets, oyant le chasteau traiter. Voila pourquoi les attaquans, voiant poindre le jour, et que leurpaucité s'enaloit découverte, réchauffèrent la causerie par le moyen de La Guiche qui y a voit des connoissances, et conclurent à ces articles :
Que le jeune La Chesnaye, gouverneur de la place, en sortiroit; que l'aîné demeureroit gouverneur sous l'autorité de Soubize, qui lui donnant commission de l'Assemblée, il la reconnoitroit et lui presteroit serment; qu'il recevroit les officiers de l'Assemblée pour l'establissement du bureau; qu'il lavoriseroit les navires qui seroient mis devant Royan pour l'imposition sur la rivière, sur les plus clairs deniers de laquelle les apointemens de La Chesnaye seroient payez et l'entretien de 300 hommes de pied pour la garde de la place. Voilà comment il falut chevir1 d'un dessein mieux exécuté qu'entrepris.
Mais ce fut à refaire, car Soubize n'estoit guères qu'arrivé en Oléron qu'il sceut le voyage de La Chesnaye à Blaye2, d'où quelques centaines de soldats estaient venus par deux fois dans la garenne de Royan, et fussent entrés au château sans la vigilance des habitans du fauxbourg ; Soubize, accouru vers Alvert3, part