Armand d'Aydie, comte de Ribérac
2. Voirie récit du siège dans les Mémoires de Bassompierre, t. II, p. 369 et suiv.
3. Théobon, beau-frère du marquis de Mirambeau, commandait la place de Sainte-Foy-la-Grande.
susdits, pièces estimées fort jolies, et qui firent preuve qu'il ne faut rien de joli à attendre une batterie royale. Le mareschal de Roquelaure, commandant au siège, aiant receu quatre régimens qui suivoient le roi, les pressa aux intervalles des quatre premiers, et lors fut ajouté à la batterie des bateaux couverts, pour tenir leur partie au jour de l'assaut; ce qui estoit fort à propos, le terrain qui estoit du costé de Garonne n'estant pas encore eslevé.
La petitesse de la place ne fut pas seulement fâcheuse à sa garnison pour se voir, dès le premier jour de batterie, réduits aux caves ou à chercher leur seureté dans les fortifications, mais en ce que, la ceinture estant si petite et aisée à serrer, ils ne purent jamais avoir nouvelles de leurs amis, horsmis par un soldat, qui, estant chargé de lettres de secours, parla autrement, leur aprenant que Mompouillan, qui commandoit lors des troupes, sur l'avance d'une petite armée que le Roi avoit donnée au duc de Luxembourg, s'estoit retiré au delà de la Dordongne vers la rivière d'Isle.
Les assiégez ne firent que deux sorties ; à la première, ils tuèrent quelques hommes à un commencement de tranchées, mais à l'autre ils furent recongnez aussi tôt qu'ils eurent paru.
La place estoit si mal pourveue que leurs moulins ne pouvoient faire que trois boisseaux de farine par jour. Il falut aussi que, pour le petit nombre de gens de guerre, tout entrât en garde, sans rafraîchissement. Ce qui fit, avec toutes autres sortes d'incommoditez, que les assiégez, cherchans de parlementer par l'entremise de Peurigal, le messager fut mené au Roi, qui les
fit sommer; et à la première ouverture du parlement, comme ou parloit de la vie sauve, un jésuite s'avança de dire qu'il ne faloit point de vie aux rebelles, et que telle faute de voit estre lavée de sang ou purgée par feu ; le Roi, aiant fait trois tours de sale, dit assez haut : « Père tel, c'est à moi d'estre roi de mon peuple, non pas bouchier ».
Nonobstant le parlement, les assiégeans voulurent faire jouer deux mines : pourtant, le vendredi, aiant fait tirer dez l'esclaircie tous les canons en telle diligence que la plus-part se chargeoient à cartouche, à trois heures après midi la principale joua au demi bastion de la porte de la ville, qui fit un grand effet, tuant neuf des assiégez et laissant avec ce qu'avoient fait les batteries six- vingts pas de bresche, et un fossé qu'un homme de cheval pouvoit passer; toutefois ceux de ce costé n'alèrent point à l'assaut. L'autre mine fit presque pareil effet sur le bord de la Garonne au bastion nommé La Broiïe, et là son auteur défendit courageusement un assaut assez opiniastré : les assaillans furent défavorisez d'une pluye sans laquelle il eussent espéré d'emporter la place. Sur la fin, La Broiie qui avoit combattu, blessé, fut emporté d'un coup de canon.
Le lendemain, comme on préparoit un assaut par les bresches des deux mines, fut tué le marquis de Themines, second fils du mareschal, et ceux qui traitoient de la capitulation se contentèrent de la faire escrire à discrétion, se fians sur la parole du Roi, qui les asseuroit de la vie. Le Grand Prévost entra dans la ville pour faire sortir les femmes par des bateaux. Les hommes qui en sortirent furent contez à 360, les deux tiers ne faisans point profession des armes; le reste si
mal-mené que, de 2!50 soldats que nous avons conté au commencement, il n'y en avoit que septante en estât de faction1. La ville aiant esté pillée fut bruslée et rasée de tout poinct.
Cependant le 14 de décembre mourut à Longetille2, ou de pourpre ou d'autre artifice, le Connestable, auteur, comme on estimoit, de la guerre, qui laissa ses frères et partisans sur le branle d'une grande mutation. Si quelcun dit que Luynes se passeroit bien d'un éloge (que nous donnons ordinairement aux testes les plus eslevées), le Connestable pourtant en veut un : nous disons donc qu'aiant pris pied aux grâces du Roi par une vile humilité, puis fait son progrez par des plaisirs serviles, il s'affermit dans l'eslévation, se fit hommes d'affaires dans les affaires, et forgeron en forgeant.
Chapttre XXIV.
Suite d'exploits des Reformez en Guienne. Surprise de Clair ae. Sièges de Monrevel et de la Forée d'une part et de Thonneins et Granges de Vautre, avec la défaite de Catus.
Sur le retour du Roi, La Force et ses enfants mettent l'enseigne au vent, et après que Théobon eut fait déclarer Sainte-Foy, Castelnau de la Force fortifia Montflanquin, esmeu de l'assiete du lieu, avantageuse partout.
1. C'est le chiffre donné par le Mercure françois, t. VII, p. 930, qui ajoute : « On trouva grande quantité de lards, de bleds et de vins et autre butin qu'eurent les soldats. »
2. Au château de Longetille, près de Damazan, où était le roi.
D'autre costé, le Roi aiant laissé de cinq à six mille hommes au mareschal de Themines, pour placer aux villes et bourgades fortifiées d'autour de Montauban, et pour la bienséance faire appeller cela siège de blocus, il donna aussi la charge de la basse Guyenne au duc d'Elbœuf avec quelques régimens et pour mareschaux de camp le marquis de Bourdeilles1 et les comtes de Gurzon2 et de Lauzun3. Le duc fit son essai sur Montravel4, où il n'y avoit rien qui valust qu'une tour. Ceux du lieu, contre l'avis des gens de guerre et de leurs voisins, s'y firent battre, et n'aians nul lieu de retranchement, furent facilement emportez d'assaut.
Lorsque La Force et ses compagnons se ralioient pour soutenir la fortification de Montflanquin, le duc d'Elbœuf, afin de presser La Force par son interest, alla assiéger sa maison, qui n'avoit jamais esté estimée que place de plaisir5. Il y conduisit six pièces de canon et toutes les forces qu'on lui avoit laissées6. La Force marcha au secours en sçachant bien le besoin, plus foible que le duc de 1,500 hommes de pied et plus fort de 100 chevaux. Avec cela il se loge à Bran,
i. Henry de Bourdeilles, fils d'André de Bourdeilles, neveu du chroniqueur Brantôme (1571-1641).
2. Frédéric de Foix, vicomte de Meille, comte de Gurson, grand sénéchal de Guyenne.
3. François Nompar de Caumont, beau-père du comte de Gurson et grand-père du fameux duc de Lauzun.
4. La Mothe-Montravel, petit bourg situé près de la Dordogne, arr. de Bergerac, entre Sainte-Foy et Castillon.
5. Ce château de la Force était dans les environs de Bergerac. Il fut détruit en 1793.
6. « Trois mille hommes de pied, cinq cents chevaux et quatre canons », dit le Mercure françois, t. VIII, p. 449.
à deux canonnades du chasteau. Les Catholiques, sur le soir, prindrent place de bataille en la plaine d'auprès, Bourdeilles avec son régimen estant demeuré aux tranchées.
Là s'attaqua une escarmouche par les capitaines Lentillac et Bienaz; les six canons des Catholiques leur faisant dommage, ils firent demi-tour à droite pour prendre le couvert d'un valon. Bourdeilles s'avance pour les charger en queue, mais il fut reculé par Savignac et La Motte-Gachon avec perte de plusieurs des siens, desquels il envoia demander les corps par un trompette. De cest envoi s'en fit un autre de Ragnac vers La Force, pour faire lever l'armée du duc avec quelque honneur, et empêcher de dégast le château ; il fut donc dit que le maistre de la maison choisiroit entre tous les Catholiques un ami pour le conserver : ce qui fut fait, hormis le dégast des beaux jardins, qu'on ne put empescher1.
Plus heureuse ne fut pour les Reformez l'entreprise sur Mucidan et l'essai du château de Théobon2, d'où le capitaine s'estoit révolté contre son maistre.
Au retour de là, Savignac fut envoyé à Genseac. Il s'en saisit et y laissa La Crauze avec cinquante hommes, outre les habitans.
Le 20 de février, Lezignan, voiant les armes des Reformez levées en Perigord, se ressouvint d'avoir esté
1. Le château, dit Vignoles, p. 10, fut remis es mains des sieurs de Bourdeilles et de Lauzun. Sur les violences commises parles assiégeants et le ravage du jardin, voiries Mémoires de Castelnau, t. IV, p. 352 : « Les arbres furent coupés et le feu mis à une allée de cyprès aussi belle qu'il s'en pouvoit voir. »