Chapitre XXIII
Siège et prise de Monheurt.
Mirambeau, de retour à Monheurt après la mort de Boisse, son père, s'estant déclaré pour le parti re-
1. Le Mercure francois ne consacre que quelques lignes à la prise de Royan par Soubise : « Les perfides habitans de Royan, ayant appelle Monsieur de Soubize, firent par feinte poser des
formé et aiant chassé le capitaine Peurigal, son cousin germain (qui avoit une compagnie au régimen des Gardes, et charge de s'y rendre le plus fort), eut quant et quant un courrier de la part du Roi pour ordonner de maintenir la ville sous son obéissance, aux mesmes conditions que son père avoit promises et jurées. Mirambeau aiant fait sa response au stile de l'Assemblée de la Rochelle, le courrier s'en retourna après avoir prononcé rudes menaces, et sur tout à La Broùe1, sergent-majour, qu'il estimoit tenir le menton à son jeune gouverneur.
Le 15 novembre, le régimen de Grignaux2, parti de Castelmoron3, passa Garonne à Guillou, et surprit tellement la garnison de Monheurt que, portant l'alarme avec soi, il se logea d'abord dans quelques dehors demi tracez, demi faits. Ceux de la ville, qui n'estoient alors que deux cens cinquante hommes de défense, ne pouvant jetter dehors que quelque douzaine de soldats à rien faire, furent un peu encouragez par le vicomte de Fa vas qui leur amena environ quatrevingts hommes.
Deux ou trois jours se passèrent que les assiégez
eschelles aux murailles, luy facilitant l'entrée; puis, allant au chasteau, luv ouvrirent aussi tost les portes, avec ceste honteuse composition que le frère du capitaine, qui estoit lieutenant en ceste place, y demeureroit gouverneur » (t. VII,
1. « Un très brave homme », dit le marquis de Castelnau (Mémoires, t. IV, p. 316), qui « eût conservé la place s'il ne se fût pas exposé jusqu'à se faire tuer ».
2. Charles de Talleyrand, comte de Grignols, prince de Chalais, marquis d'Excideuil.
3. Castelmoron-le-Temple, ch.-l. de cant. de l'arr. de Marmande, à trente-quatre kilomètres au sud-est de cette ville.
eurent une partie de leur ville libre; mais, à la fin du troisième, Bassompierre, mareschal de camp, avec les régimens de Champagne et du comte de Ribeirac1, pressa de tous costez2, et en faisant les aproches on commencea à intimider' les assiégez par le moien d'un valet de chambre, rendu pour un autre prisonnier, qui, aiant donné au gouverneur des lettres de sa mère, il les montra en public, n'y aiant rien qu'exhortations au courage et au devoir.
Mais le valet eh avoit d'autres d'elle- mesme pour exhorter iMirambeau à venger la mort de son père, à prendre garde à sa vie, et composer de bonne heure; il avoit aussi des mémoires pour affaiblir les cœurs de chacun aux termes acoutumez. Le gouverneur montra encor tout cela en public, et poignardoit le messager, si on ne l'eust osté d'entre ses mains.
Ceux de la ville firent sortir par un bateau le premier consul et un soldat, pour aler sommer Théobon de secours3; mais estans arrivez sur les disputes de préséance d'entre le marquis de la Force et Théobon, les assiégez ne purent jamais avoir autre secours que de quatre soldats de Clairac, qui s'y jettèrent par eau.
Au 2!5 du mois commencea la batterie aux deux bastions du bord de la rivière, où furent employez douze canons, et six qui restoient du costé de terre, tant pour battre en ruine que pour favoriser l'assaut. Ceste baterie, aiant redoublé lors que le Roi print son logis à Longetille, mit en poudre les faces des deux bastions