‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 148 sur 224 · La Barre-de-Monts · texte numérisé non relu

La Barre-de-Monts

2. Petit cours d'eau qui se jette dans l'Océan à Croix-de-Vie.

3. Charlotte-Brabantine de Nassau, fille de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpensier, mariée à Claude de laTrémoille, duc deThouars, veuve en 1604, morte en 1631.

4. « M. le Prince dit à Sa Majesté qu'ils s'estoient rendus indignes de sa grâce et qu'il la supplioit de considérer leurs fautes et au serment qu'ils avoient faict à la sortie de Sainct- Jean-d'Angely... Sa Majesté remit ceste affaire à son Conseil : et depuis, les prisonniers qui estoient de qualité furent traitez en prisonniers de guerre, mais pour les soldats, on en mena 580 et plus à Nantes, où quelques-uns furent pendus, et les autres condamnez aux galères. » Mercure francois, t. VIII, p. 561.

Il y en eut 250, la plus part Loudunois, qui, aians percé, s'avancèrent au ehasteau de la Chaume pour s'y retirer, mais ils y trouvèrent visage de bois, pour ce que le capitaine que Brachetière y avoit mis avoit traité. Ils furent donc contrains de se jetter dans le pays couvert, garder les bois de jour et cheminer de nuit, et enfin s'espandre qui de çà, qui de là. Tout cela fait au 16 et 17 d'avril.

Là-dessus on a illustré la besongne par des plans et formes de bataille qui n'ont point esté observées en ceste action. L'ardeur du Roi, la diligence de ses chefs en présence de Sa Majesté et les bons guides du pays firent ceste exécution1. Et quant à 3,000 ou 4,000 hommes qu'on a publié morts en ceste affaire, la vérité est qu'il n'entra de Réformez dans l'isle de Rié que 2,000 hommes de pied et 300 chevaux. Ces derniers ne trouvèrent rien en leur chemin (contre ce qui est escrit de Bayers2) qui ne se contentast de les aboyer, sans les mordre; et pour la soldatesque, il s'en trouva plus de 1 ,600 à la Rochelle dans trois

1. Cf. Lettre du Roi au Prévost et Eschevins de Paris sur la desfaicte du sieur de Soubize : « Nous fusmes droit au logement des ennemis que nous trouvasmes embarquez en partie, lesquels en nombre de 4,500ànostre veue jettèrent les armes, crièrent miséricorde : mais les paysans, pour se venger des maux qu'ils en avoient receus, se sont mis après et n'ont peu se retenir qu'ils n'en ayent tué bon nombre. » Mercure françois, t. VIII, p. 557.

2. « Le sieur de Bayers, lieutenant dudit comte de laRochefoucault, rencontra aussi le sieur de Soubise avec ce qui s'estoit sauvé avec luy, lequel il chargea avec trente maistres seulement, le desfit et prit trente de ses gens prisonniers : tellement qu'on a tenu qu'il ne se sauva qu'avec une trentaine des siens... » Mercure françois, t. VIII, p. 558.

semaines après. Mais dans le nombre des morts et prisonniers on a conté quantité de grans goujats, dont ces troupes estoient emplies, d'autant que, ne pouvant donner aux soldats ni paye ni pain de munition, ceux-ci couroient de çà de là chercher des vivres à leurs maistres.

Le Roi y gagna deux demi-canons et une coule vri ne avec quelques verteuils1. Le 18 du mois, 400 hommes qu'on avoit laissé dans le château de la Chaume, nonobstant l'infidélité de leur chef, ne laissèrent pas de capituler à la vie sauve et le baston blanc. Les Rochellois receurent ceste perte premièrement avec consternation, et puis cela dégénéra en fureur, le peuple ne jugeant rien que par les événements. Entre autres s'attaquèrent à Freton, l'un des maréchaux de camp, le mirent prisonnier, lui firent un procez exact, par lequel ils trouvèrent qu'il avoit fait selon son pouvoir et que ce n'estoit pas lui qui avoit pleuré.

Nous fermerons ce chapitre par un exemple d'amitié aux siens et de fidélité qui esgale ceux de l'antiquité. C'est qu'estant venu aux Sables quatre navires de la Rochelle et de Ré, tant pour amener des munitions de guerre que pour emmener les bleds, desquels nous avons parlé, Job Foran, capitaine de Saint-Martin-en- Ré2, estant descendu en un esquif pour prendre langue, fut saisi par les soldats du comte de la Rochefoucaut ; on connut que les premiers bateaux dilayoient d'abor-

1. « Tout leur canon pris, trois pièces de fonte et quatre de fer, tout leur bagage, parmy lequel se trouva des charrettes chargées de cloches rompues. » Mercure françois, t. VIII, p. 558.

2. Grand-père de Job Forant, le célèbre chef d'escadre de Louis XIV.

der sur ce qu'ils regardoient les enseignes des Reformez arborées en trop d'endroits et trop curieusement : on promet la vie et la liberté à Foran s'il veut faire signe et appeller les siens; autrement, la mort. Lui, aiant demandé pour cest effet permission de s'avancer sur la rive, on le lui accorde sous la garde de vingt mousquets cachez derrière un reste de barques et aflfustez sur lui ; à sa veue, les siens alloient frapper à terre, mais il leur cria : « Sauvez-vous, mes amis, je suis perdu et entre les mains des ennemis. » A ces mots, il se jetta dans l'eau, où il fut canardé par les mousquetaires.

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