Chapitre XXIX
Menées sur Roy an.
Siège et reddition. Reddition de Vlsle d'Argenton.
Voyage de Soubize en Angleterre.
Royan convia le Roi à se haster pour l'oster aux Reformez; et cependant S. M. fit dépescher au duc d'Espernon pour l'investir. Mais déjà il y a voit entre le baron de Saint-Seurin1 et le duc quelque traité secret, qui le rendit plus paré à ce commandement.
Soubize avoit aussi dépesché un matelot, pour avertir le Gouverneur de Royan de se préparer à témoigner son courage et fidélité. Le messager, estant arrivé à portes closes, cria ces nouvelles et la déroutte de Rié sur les murailles, avec un ton effrayant, qui fit que les capitaines, assemblez avec le gouverneur, de-
1. La Motte-Fouqué, baron de Saint-Seurin, fils de Charles de la Motte-Fouqué, baron de Saint-Seurin et de Tonnay-Boutonne, était le frère de celui qui fut fait prisonnier à Riez. Il était gouverneur de Royan.
peschèrent à la Rochelle pour demander remède à leurs nécessitez, et en Médoc, à Favas, pour lui faire quitter une église et emmener la garnison à leur secours.
Lui s'y en vint. On establit un conseil, on visite les magasins, on commence à fortifier; mais, dans le troisiesme jour, le duc commencea à investir; et peu avant l'arrivée de ses troupes, Saint-Seurin fit trouver bon aux compagnons, horsmis à Moulines, qui estoit second capitaine, son abouchement avec Calonges, du parti contraire et frère du baron d'Auton 1 . Sur quelque soubçons, Rochebreuillet et quelques autres furent priez d'assister au discours; mais la fin en fut en particulier. Là-dessus, arriva de la Rochelle le lieutenant de Saint-Seurin qu'il avoit choisi pour y aler : cestui-ci n'en remporta que choses désespérées. Sur quoi, le Gouverneur prit le temps de descrier la place en toutes ses parties, et dire qu'au discours avec Calonges, il estoit menacé de la mort de son frère et de son beau-frère prisonniers; et demanda conseil à Favas, et congé à la compagnie de s'aler jetter aux pieds du Roi. Favas, aiant dit de la place ce qu'il faloit pour escuser Saint-Seurin et incliné quelques-uns à capituler, se retira à la flotte, croiant le marché de Roian fait.
Alors Saint-Seurin plus ouvertement, à la veue des forces du Roi, parla de traiter, et d'une neutralité dans laquelle il espéroit demeurer gouverneur deRoyan. La peur aiant donné aux plus eschauffez un désir de ceste neutralité, on traita à descouvert; mais Blanchereau, envoie pour cela, renvoia bien loin ceste condition, à