‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 150 sur 224 · Le baron d'Auton était neveu du duc d'Epernon · texte numérisé non relu

Le baron d'Auton était neveu du duc d'Epernon

laquelle on avoit pensé avant la deroutte de Rié. Le Conseil de Royan passe outre, capitule et conclud à quelques articles, envoiez au duc d'Espernon.

Moulines, seul d'entre les chefs qui s'estoit opposé à tout, pratique l'assistance de Payane et autres capitaines des navires, ne s'osant fier en aucun homme de commandement de la garnison, pour ce que tous couroient à la reddition. Dez lors, il s'aperceut qu'il n'entroit plus au chasteau qu'il ne fust regardé de tous costez : comme aussi n'y entroit en garde que la compagnie du Gouverneur.

Il prit le temps que Saint-Seurin, comme il faisoit tous les jours, sortoit vers le fauxbourg déjà plein d'assiégeans. Faisant filer ceux de la marine et son enseigne avec peu d'autres, cria à Arnauderie, lieutenant (celui mesme qui avoit esté à la Rochelle), qu'il fist ouvrir la barrière parce que Soubize arrivoit. Arnauderie voulant gagner le chasteau, Moulines lui donna un coup de pistolet, duquel il tomba, puis se releva l'espée à la main. La sentinelle de la barrière l'aiant ouverte l'espée à la gorge, quelques soldats du château tenans la porte entrouverte, pour retirer le lieutenant ou la sentinelle, Moulines se jette dans l'ouverture, et, bien secondé de Payane et du capitaine Sauvage, son enseigne, gagna le château et rompit toute capitulation.

De ceux qui avoient esté partisans de Saint-Seurin, il en receut les uns à prendre les armes sur leur foi, il mit les autres en prison, et entre ceux-ci le Pouzan, cousin du baron. Favas, aiant nouvelle de ce changement, vint voir que c'estoit, lui quatriesme. On lui demanda pourquoi il ne s'estoit opposé à aucun des mau-

vais advis de la reddition; sa réponse fut qu'il n'avoit point voulu contredire à ceux qui l'avoient obligé. De là, entendant les soldats qui crioient au traitre, et averti que La Noue venoit pour commander dans la place, il se retira aux vaisseaux. Moulines, aiant establi La Noue, s'embarque pour la Rochelle, tant pressé de sa maladie empirée que pour ce qu'il y estoit appelle.

La Noue n'eut pas grand loisir de se reconoître, que le duc d'Espernon fit faire deux logemens au pied de deux pièces, l'une appellée Focillon, et l'autre Sanisson. La batterie aiant fait ouverture à toutes deux, les régimens sont partagez pour les assauts, avec trois rafraîchissemens, sans conter les enfans perdus. Ceux de dedans, sans s'attendre d'estre relayez, mettent tout à la bresche. On y vint aux coups de pique et coups d'espée par deux fois, et enfin renvoient l'attaquant.

Mais à la longue, ne voians plus le moien de durer sur le rempar, après une mine faite au-dessous, ils abandonnèrent si à propos qu'ils firent sauter la plus part de ceux qui y donnèrent, et entre ceux-là Humières1, que l'on contoit entre les délices de nature, parangon de Givry2.

Il ne resta à ceux de dedans qu'un très mauvais retranchement et une muraille qui se ruinoit d'elle mesme ; si bien que La Noue, et tout le Conseil de ses capitaines, vint au traité : de quoi les assiégeans ne l'eussent

1. Charles-Hercule de Crevant, marquis d'Humières, fils aîné de Louis de Crevant, vicomte de Brigueil, et de Jacqueline, dame d'Humières.

2. « Givri, de qui on disoit qu'en esprit, en courage et en bienséance, nature avoit mis ses délices en lui. » Ed. de Ruble, t. IX, p. 30.

pas senti digne, sans la commodité des rafraîchissemens. Il obtint de sortir avec armes, toute sorte de bagage et tout ce qu'ils purent emporter dans les navires. La capitulation fut aisée à observer, estant deslogées les gardes qui estoient entre le chasteau et la mer.

Soubize, qui, après la déroute, estoit entré à la Rochelle le 18 d'avril, accompagné de Parc d'Archiac, Loudrières, Freton et Mommartin1, aiant veu mettre les trois derniers prisonniers, Freton, duquel nous n'avons pas parlé, à l'Eschevinage, puis à la Tour Saint-Nicolas et les autres dans leur logis, ne laissa pas de repartir avec ses amis pour le secours de Royan. Mais le vent l'aiant retardé jusques à la reddition^ il donna jusques à l'Isle d'Argenton, pour y mettre l'ordre qui se pouvoit : ce qui n'empescha point que, cinq ou six semaines après, les galères aiant empesché les vivres d'y entrer, la famine ne fît changer l'Isle de parti.

Dez le mois de février, Favas estoit descendu en Médoc, avoit emporté le bourg de Souillac2 etprinspar capitulation l'église qui estoit fortifiée, l'avoit rendue quelque peu meilleure et pensoit faire quelques progrez en Médoc, à la vengeance de ce que le Parlement lui avoit fait trancher la teste en effigie3; mais les Bour-

1. De Montmartin était député de l'Assemblée de la Rochelle. Cf. Mémoires de La Force, t. III, p. 277.

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