Chapitre XXXI
Combat du secours et reddition de Tonneins.
Le 2i9 d'avril1, La Force part de Clairac, fait bruit d'aler à Sainte-Foi (où le peuple commençoit à parler d'obéir au Roi , qui aiant pris Royan s'approchoit d'eux) ; il prend logis à Gratteloup2, le lendemain bat aux champs et prend la route de Sainte-Foi (sur quoi les
1. La première partie de ce chapitre est transcrite presque textuellement des Mémoires de Vignoles, p. 13-14.
2. Grateloup, cant. de Castelmoron, arr. de Marmande (Lotet-Garonne).
espions de l'armée firent leur rapport) ; au bout de demi-lieue vient reprendre son logement, avant jour, qui estoit le dernier du mois, part à la sourdine, pour surprendre l'armée par la seule avenue qui lui estoit accessible. De ce costé y avoit dix compagnies de gendarmes, aians pour logis chacune une ferme, qui se rencontroient environ à mille pas l'une de l'autre, la plus eslognée à demi-lieue de la place de bataille.
La Force prit la sienne avant jour à six cens pas de celle du duc, un chemin creux entre deux. Son infanterie estoit à sa teste en trois bataillons, dont le plus léger estoit devant, faisant triangle avec les deux autres, qui le soutenoient d'une distance assez esgale. Derrière ces deux estoit la cavalerie, en cinq escadrons, dont les deux paroissoient à la main droite de leurs bataillons; les autres deux, à la gauche, mais assez loin derrière, et non pas aux ailes; l'escadron plus fort et cinquiesme estoit derrière tout, et sembloit pousser les autres. La disposition de ses trouppes donna loisir à l'armée de monter à cheval .
On avoit donné vingt hommes de cheval moitié armez, moitié carrabins, à un soldat de Casteljaloux nommé le Grand Gastain 1 , qui, aiant rencontré quelques débandez de l'armée, en tua : ceux-ci furent prontement secourus par Arpagon2, Saint-Chamalan3, des Arras, Til4 et quelques douzaines d'autres. Castain, tué d'abor-
1. De Grand-Castaing de Longua, disent les Mémoires du marquis de Castelnau.