‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 155 sur 224 · Jean d'Arrerac, reçu en · texte numérisé non relu

Jean d'Arrerac, reçu en

4. Le premier président de Bordeaux, d'après le Mercure francois, t. VIII, p. 468, avait fait équiper six galiotes sous la conduite de trois chevaliers de Malte; « ce qui estoit assez pour s'opposer au dessein des Reformez; mais on a escrit que les chefs de ces galiotes s'estoient laissez surprendre et aucuns corrompre, laissant passer telle quantité de farines que les assiégez tindrent ce siège en une longueur de plus de deux mois. »

quand ils ne la pourroient plus garder. Pour ce fait, Bourg l'Espinasse1, l'un des maréchaux de camp, eut ordre d'y donner avec 1 ,000 hommes choisis, estant couverts du mareschal deThémines, qui, avec 200 chevaux et 400 hommes de pied, logez à propos, se mit en garde au chemin de Glairac, soustenu du duc d'Elbeuf, lequel avoit 200 salades et 600 hommes de pied en deux bataillons. Et, pour divertir les assiégez, le comte de Curzon, avec le reste de l'infanterie, devoit attaquer une demi-lune, la plus avancée du costé des approches déjà faites. Le Bourg, après beaucoup de combat et perte de quarante hommes, se rendit maître de la maison, où furent trouvez quelques meubles, une cornette dans un coffre et de la vaisselle d'argent.

La Force sort de Glairac avec ce qu'il avoit de cavalerie et peu d'infanterie ; mais le mareschal de Themines le chargea si rudement à la droite, et le duc d'Elbeuf, à son émulation, prit si gaillardement la charge à la gauche, que tout fut mené battant jusques aux contrescarpes, avec perte de quelques mal montez et de trente hommes de pied ; de l'autre costé furent tuez douze hommes de cheval, et entre eux Mirmont, filz de Castelnau-Chalosse2 ; et vers la ville, le comte de Gurson perdit à son attaque quatre-vingts bons hommes, et parmi ceux-là cinq de commandement.

Le mercredi 1 6 de mars, quelques canonades commencèrent de se jouer à la barricade qui avoit servi de rideau aux fortifications, la fîrent'quitter, mais elle

1. Antoine du Maine, baron du Bourg-l'Espinasse, maréchal de camp par brevet du 16 décembre 1621.

2. De Castille de Miremont de Castelnau de Chalosse, fils de Jean de Castille, baron de Castelnau de Chalosse.

fut reprise, et enfin abbatue et retirée par les assiégez, quand ils se virent, couverts jusques à la teste.

Le lundi %\ , commencea la batterie de six canons aux retranchemens et à quelques barricades qu'on avoit laissées comme plus esloignées. A quatre heures aprèsmidi, le régimen de Picardie, soutenu des autres, abattit les barricades pour venir à l'assaut. Les assiégez furent une heure aux mains et y perdirent vingt hommes; les autres, repoussez, y en laissèrent plus de $00, sans les blessez. 11 y eut des soldats de la ville qui sortirent au fossé, y firent des prisonniers, entre autres un enseigne. Lantillac sortit de son quartier, et poussa les assaillans jusques dans la rivière, où plusieurs se noyèrent. Nonobstant ceste prospérité, ceux de la ville eussent esté contrains à parlementer, pour n'avoir plus que vingt livres de poudre dans le fonds d'une caque et ce qui estoit dans les bandelières, sans un petit bateau de Glairac qui leur en apporta, à la grande honte des pataches et des chevaliers.

Ce premier essai des assiégez, auxquels jusques là on n'avoit parlé que de cordes, de bourreaux et de gibets, fit, avec quelques manquemens de l'armée, que les assiégeans se contentèrent de faire, depuis le quartier de Bourg, qui estoit la Maison, jusques à celui du général, des forts à la holandoise de 300 pas en 300 pas, conjoints de lignes pour la communication, (jui avoient chacun en l'entredeux une ridotte pour 500 hommes. Et le siège demeura près d'un mois sans autre action.

Au %% d'avril, les assiégez, manquans de tout, et accablez de maladies, voulurent traiter et on commencea à leur offrir la vie, et l'espée aux gens de commandement, ce qu'ils rejetterait au loin.

Cependant que La Force amasse ses amis et partisans pour donner quelques secours, nous rendrons quelque conte du mesnage des assiégez et sur tout de l'invention qu'ils avoient trouvée pour avoir des nouvelles de Glairac et quelque remède à leurs nécessitez. Aians donc pris pour marque qu'on leur envoioit quelque chose, quand on leur montroit un flambeau sur la montagne de Glairac, eux faisoient monter un petit bateau à ^,000 pas au-dessus de la ville en l'obscur de la nuit, et là recevoient ce qu'ils partageoient aux soldats. Mais ces secours estans petits et ne vivans que de febves, par faute de meules de moulin, et mesme ces febves et pois estans dérobées et gastées par quelques habitans qui vouloient haster la capitulation, il falut résoudre à leur envoier un grand batteau chargé de meules et de tout ce qui faisoit le plus de besoin; mais en petite quantité. Ce batteau marcha, conduit par Filolie1, et se fit faire place aux six pataches, et entra.

Le vicomte de Gastets, durant le racoisement des assiégeans, avoit augmenté sa fortification, aiant fait son fossé large de six à sept pieds, pratiqué dedans un coffre, et son eslévation de dix pieds. Ce coffre empêcha long temps le fossé d'estre gagné. Mais estant brûlé et ce premier fossé gagné, il falut faire partage à un retranchement, où le fossé n'estoit large que de trois pieds et eslevé de six. Cela fut bien tôt battu de quelques canons logez dans la première eslévation, de l'autre côté, devers la maison de Tripet, gardée par quelques barricades, tantôt perdues, tantôt regagnées.

1. De la Philolie ou Filolie était un homme de confiance du marquis de la Force. Voir les Mémoires de ce dernier, t. II, p. 265, et t. III, p. 243.

Le siège demeura sans avancement, mais lors la famine, et par elle la maladie, mirent la ville en mauvais estât, jusques à la mort des jeunes gens, qui ne se pou voient régler à peu, et les incommoditez des blessez, tant par la mauvaise nourriture que par les mauvais médicamens, de quoi mesme se sentit Mompouillan, blessé d'une mousquetade à la teste.

Toute la garnison affaiblie de corps, et le courage s'en ressentant, recevant par les assiégeans toutes mauvaises nouvelles, entre autres la déroutte de Ryé, ils demandèrent à parlementer; mais le duc ne leur offrant que ce que nous vous avons dit, ils s'opiniastrèrent au combat, sur tout au quartier du vicomte de Gastets, où on estoit aux coups d'espée et de pistolet, quand ils eurent nouvelles de La Force et de sa résolution au secours. Car il avoit receu quelques forces que Amet, son filz, lui amenoit devers Montauban. Sur quoi, ils furent exhortez à se tenir prests pour une sortie durant l'attaque qui se feroit au camp.

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