‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 165 sur 224 · Carrière de pierres · texte numérisé non relu

Carrière de pierres

qui n'obéissoient aucunement à leur chef; mais le prebstre, commandant absolument aux siens, leur fit courtoisie en ce qu'il put1. Ils furent conduits à Grenoble : le Comte, La Place-Machaut, deux gentilshommes, un secrétaire, un page et un valet de chambre. Les plus violents de la cour de parlement de Dauphiné montrèrent une grande affectation pour estre juges de ces prisonniers, et pour ce fait envoièrent au Roi le procureur général. Mais le président d'Expilly2, n'y trouvant que ce que nous avons dit et tout le reste menteiies, mesmement n'y aiant nul dessein contre le Dauphiné duquel le comte put avoir conoissance, fut le premier qui arresta le cours du procez à Grenoble. Il n'y eut pas faute au Conseil d'Estat de gens qui eurent envie de perdre ce seigneur. Bassompierre fut le premier qui en entreprit la sauveté, et le duc d'Esdiguières plus que tous en paracheva la délivrance3. Il y eut en mesme temps à Grenoble l'advocat Bouffier, son clerc, et quelques autres qui, par la prise du clerc qui sortoit dans un tonneau4, furent trouvez inblligens avec Monbrun, mais non coupables d'aucune entreprise sur la ville. La cour y procéda doucement.

1. D'Aubigné a connu le comte de la Suze en Suisse après 1622 ; c'est de lui vraisemblablement qu'il tient tous les détails de cette équipée.

2. Le président d'Expilly était en relations épistolaires avec d'Aubigné. Voir Œuvres, t. I, passim.

3. Le comte de la Suze passa en 1622 au service de la république de Berne comme généralissime, puis rentra en France en 1628, où il reprit du service. Il mourut en 1637 lieutenant général des armées du roi.

4. Il s'était fait enfermer dans un tonneau pour sortir de Grenoble. Voir sur cet épisode Dufayard, le Connétable de Lesdiguières, p. 483.

Il est véritable que Monbrun avoit armé pour les causes que nous avons dites et que les siens avoient pris quelques petites places. Mais, parce que tout cela ne cousta que des paroles et des lettres au duc de l'Édiguières1, j'espargnerai la peine de ma plume et les yeux de mon lecteur.

Le duc aiant calmé tout son gouvernement, et s'estant moqué du conseil de direction, qu'il avoit accomparé à un soleil de mars, aians esmeu les humeurs des * Dauphinois et ne les aians sceu dissoudre, quoiqu'ils eussent donné des commissions pour vingt mille hommes, se prépara au siège de Pouzin2.

Au commencement de mars, il vint à Valence, pour achever les préparatifs de ce siège, commenceant par la structure d'un pont de bateaux sur le Rhône, qui ne fut pas sans difficulté, tant pour la roideur du fleuve que pour les fréquentes sorties de ceux de la ville, qui à une fois enlevèrent un corps de garde du régimen de la Grange. Cependant, Blaccons3, qui commandoit à Bay4 et au Pouzin, fut recherché dez le mois de février, mais aiant respondu que ces places, qu'on disoit despendre du Valentinois5, ne reconnois-

1. « Il n'eut qu'à paraître à Grenoble pour imposer à tous le respect d'un talent redoutable et le prestige d'une inébranlable autorité » (Dufayard, op. cit., p. 485).

2. Le Pouzin, cant. de Chomérac, arr. de Privas. Sa possession permettait aux protestants d'intercepter les communications sur le Rhône entre Lyon et Marseille.

3. Alexandre de Forest-Mirabel, seigneur de Blacons, nommé gouverneur du Vivarais par l'assemblée qui se tint en 1621 au Pouzin.

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