‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 168 sur 224 · Le comte de Tallard lui-même · texte numérisé non relu

Le comte de Tallard lui-même

2. Lesdiguières était en effet entré en relations avec lui pour négocier la capitulation du Pouzin.

3. Il fut nommé gouverneur de Baix, qui commandait la navigation du Rhône.

Pouzin, changez par ledit duc d'Esdiguières, seroient néanmoins de la Religion pr. réformée; 3° comme aussi que les garnisons qui seroient establies es dits lieux ne seroient d'autre religion que de la religion pr. réformée ; 4° que pour Bay-sur-Bay pareilles conditions seroient observées pour la reddition d'icelle et finalement qu'il ne seroit fait aucun tort ni dommage aux habitans desdites places, tant en leurs personnes qu'en leurs biens et familles.

Ceux qui assistèrent à cest affaire pour le duc de Rohan maintiennent qu'il y eut article exprès, qu'au cas que la paix générale, qui estoit lors sur le bureau, ne se conclud, que le duc d'Esdiguières remettroit lesdites places du Pouzin et Bay-sur-Bay au mesme estât qu'elles estoient lors.

Ce traité de paix, aiant été mis sur le tapis dez le commencement de l'année par divers députez, fut interrompu premièrement par le partement du Roi, qui avoit quitté Paris, contre l'attente de son vieux Conseil, par les violentes solicitations du prince de Gondé et du clergé, et puis les députez renvoiez au Chancelier y furent mesprisez, quand on ouit la desroute de Rié. Ceste négociation fut encor altérée par la mort du président du Gros, assassiné à Mompelier1, sur la haine qu'il avoit amassée, tant parce que, dez le premier jour qu'il fut fait député général, il avoit ouver-

1. Voir, sur ce meurtre, dans le Recueil des pièces rarissimes relatives au siège de Montpellier, publiées par de la Pijardière (1875), Y Exécrable et du tout abominable assassinat commis en la personne de messire Pierre du Cros, premier président en la Chambre de l'edict du parlement de Grenoble par les habitans de la ville de Montpellier.

tement tourné l'eschine aux affaires des Réformez, avec protestation de les haïr, que par ce qui parut de nouveau en une lettre surprise, par laquelle il blasmoit Bulion1 et autres conseillers d'Estat de s'estre laissé aler à trop de considérations pour le fait des rebelles, lesquels sans cela il tenoit tous prêts de se rendre la corde au cou. 11 fut fait une exacte et sévère justice de ce meurtre par plusieurs exécutez à mort, dont y en eut de rouez, le duc de Rohan aiant pris ceste punition à cœur2.

L'autre difficulté à conclure la paix fut que les commencemens du traicté considéroient le duc d'Esdiguières comme membre de l'Église réformée, mais que maintenant les Reformez ne se vouioient fier à sa sincérité, comme estant défectueux à la Religion et au parti par conséquent3.

Ceste mutation fut longtemps de dure digestion à ce vieux capitaine; mais enfin les remontrances de ses vieux serviteurs, les tressauts de la conscience, l'esgard du parti où il avoit pris son avancement, la charité de ses amis, la considération d'une constante

1. Claude de Bullion, seigneur de Bonnelles, conseiller d'État, maître des requêtes, plus tard (1632) surintendant des finances. Il avait été chargé avec le maréchal de Créqui de négocier la paix avec les protestants.

2. Voir dans Dufayard, op. cit., p. 490-491, le récit de l'assassinat de Ducros et du châtiment des coupables d'après les documents du temps.

3. Les illusions d'Aubigné sur Lesdiguières avaient été tenaces. Il écrivait en 1621, dans le Traité sur les guerres civiles, t. II, p. 31 : « Si vous cerchez des chefs, vous trouverez encore des Langorans, des Mombruns et Desdiguieres... de qui les mains seront assez fortes pour relever l'enseigne d'Israël, quand celle de Dieu les relèvera. »

vieillesse et la difficulté de porter honneur à ce qu'il avoit eu en horreur, tout cela fut vaincu par les habiles solicitations de trois ou quatre émissaires, parcelles de sa femme1 prises aux heures favorables, par l'esclat de Gonnestable et l'utilité du taillon, et, plus que tout cela, par la terreur qu'il avoit prise de la ruine apparente de son parti.

Halincourt2, qui lui apporta l'ordre du Saint-Esprit, le sollicitant d'aler à la messe un jour auparavant qu'il receut la Gonnestablie, pour paraître meilleur catholique et afin que ses honneurs nouveaux parussent plutôt marques d'honneur que présents de corruption, il rejetta absolument ceste discrétion, disant : On se moquer oit bien du vieillard, si, lui aiant présenté la pomme, on ne lui laissait que le doigt. Il observa encores, comme le roi Henri IV, de ne faire faire aucunes disputes, comme on les vouloit préparer pour sa conversion : espargnant ceste playe et remettant à son parti ce dernier accident.

Ce à quoi on le ploya fut que, au %h juillet, il consentit à faire paroître la solennité de son changement, à la célébration duquel les Catholiques n'oublièrent rien qui pust faire esclater chose qu'ils estimoient tant avantageuse pour eux. Geste pompe fut distinguée en quatre journées. A la première3, le maréchal de Gré-

1. Marie Vignon. Elle joua, en effet, un rôle important dans la conversion de Lesdiguières. Voir Ch. Dufayard, le Connétable de Lesdiguières, p. 501.

2. Charles de Neufville, marquis d'Alincourt et depuis de Villeroy, fils du ministre et secrétaire d'État Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, était gouverneur de Lyon.

3. Le dimanche 24 juillet. D'après le Mercure françois, t. VIII, p. 083, plus de 600 gentilshommes du Dauphiné et des

qui, en présence du Parlement qui s'estoit rendu en son logis, lui dit1 : « Monsieur, il y a longtemps que je vous ai fait entendre la volonté du Roi, qui estoit de vous donner la charge de Gonnestable de France, pourveu que vous fussiez catholique, les loix du roiaume voulant qu'il ne vous la puisse donner autrement. Vous m'avez toujours promis de me rendre response et c'est ce que j'attens aujourd'hui en présence de la Cour qui a esté suppliée d'estre présente à la response que vous nous ferez. » A cela le duc respondit qu'il avoit toujours esté très obéissant au commandement de Sa Majesté : et pour témoignage de cela, se tournant vers ceux du Parlement, leur dit : « Messieurs, alons à la messe. »

Au retour de ceste messe, le maréchal de Créqui lui présenta les lettres de Gonnestable, avec ces termes : « Monsieur, puisque vous estes catholique, le Roi vous donne la charge de Gonnestable. »

Les autres trois journées furent partagées en cérémonies : à l'une, on lui fit rendre quelques vœux, à l'autre lui fut conféré l'ordre du Saint-Esprit, et à la dernière il fut receu à recevoir2.

Les payemens manquants à la garnison de Bays-sur- Bays, elle arresta sur le Rosne3. Le Gonnestable prit

provinces voisines s'étaient rendus à Grenoble pour assister à cette cérémonie.

1. La harangue de Créqui est rapportée exactement dans les mêmes termes par le Mercure françois, loc. cit. Charles de Créqui, prince de Poix, avait épousé en 1595 une fille du duc de Lesdiguières.

2. A recevoir la communion. Le Mercure françois, t. VIII, p. 697, décrit longuement cette cérémonie.

3. Elle arrêta les marchandises, « avec ceux qui estoient dans les batteaux », dit le Mercure françois, t. VIII, p. 707.

ceste occasion pour leur présenter les forces du Roi, et, mettant à néant ce qui leur avoit esté promis, s'en rendit maistre, non sans présent de vingt mille escus à Blacons, lequel avoit, lors de la reddition du Pouzin, fait son serment solennel dans l'Assemblée de la province de ne mettre la place en mains de qui que ce fust sans le consentement et commandement du duc de Rohan et de la province, et mesmes que si les forces du Roi se présentoient telles qu'il les deust justement appréhender, plutôt que de se rendre il remettroit sa charge à quiconque l'Assemblée ou le duc voudroit nommer.

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