Léran, coram. du cant. de Mirepoix, arr. de Pamiers
les trois canons logez à Boutonnet qui tirèrent en ruine, et quelques autres coups contre la tour des Carmes. Sur le soir, commencea à partir de la cavalerie, et la mesme nuit de l'infanterie françoise et suisse marcha au signal d'un coup de canon ; c'estoit pour aler audevant du duc de Rohan qui s'avançoit pour donner jalouzie à l'armée et l'incommoder. Cependant, le travail des assiégeans aiant poussé du costé des Carmes les approches et la batterie, sans grande nouveauté, jusques au mardi 13 du mois, que quatre canons furent posez en une vigne et bâtirent la ridotte du bastion de Calonges, dez les premières canonades, les Catholiques voulurent taster ce qui estoit dedans, mais ils trouvèrent des gents si prests qu'ils se rejettèrent aux tranchées; en soutenant ceste attaque fut tué Rigaudière, qui portoit le nom de la Rochefoucauld, filz de Parc-d'Archiac, grandement regretté par les Réformez. Sur la minuit du mesme jour, les assiégeans, après quatre coups de canon dans la ridotte, vindrent à l'assaut avec quatre mille hommes de pied triez, deux cens gentishommes ou capitaines armez, à la teste, et deux cens salades pour la crainte d'une sortie. Le premier effort fut soutenu; mais avant le second, une volée de canon et quantité de grenades jettées dans la ridotte, les tenans la quittèrent, et, estans poursuivis jusques à la contrescarpe, vint bien à propos Mestre avec quelques volontaires, qui remena à la ridotte les conquérans, non sans perte. A ce combat, ceux de dedans perdirent huit ou neuf hommes, parmi ceux-là un enseigne, et plus de vingt blessez; les assaillans, quatre-vingts bons soldats, plusieurs gentishommes volontaires, entre autres Taraux, Merindol et le chevalier de Laqua.
Le lendemain, on envoia un tambour aux assiégez pour demander les morts, et la trefve qui fut faite pour cela se rompit une fois par les uns, une fois par les autres.
Tous les jours suivans, il n'y eut rien que continuation de travail de part et d'autre, et baterie perpétuelle pour empescher un grand retranchement qui se faisoit dans le bastion de Calonges. Ceux du dehors firent deux approches aux deux costez de la ridotte qu'ils avoient gagnée. Mais, le mardi 20, la baterie se trouva de vingt-deux canons; six pour celle qui fut donnée au duc de Mommorenci, de laquelle il battit l'espaule du bastion des Tuileries1, et seize pour la grand'baterie du Roi, qui donnèrent tout le jour à la demi-lune au bastion de Galonges, quelques coups aux contrescarpes et au corps de garde de la Blancherie. La journée fut de onze à douze cens canonades, el le lendemain de sept cens. Le jeudi, il y en eut encor quelque quatre cens : et ceux de la ville, aians attendu en vain l'assaut tout le jour, sur le soir firent sortie, amenèrent à leur fossé quelques gabions et trente tonneaux qui estoient placez sur la contrescarpe. Mais les assiégeans réparèrent cela, car, le lendemain, ils regagnèrent tout et se faisoient maistres de la contrescarpe sans l'arrivée de Mestre, bien accompagné. On y vint aux mains à bon escient, et les morts demeurèrent aux assiégeans.
Les assiégez, attendant un assaut à la demi-lune, retardèrent le dessein qu'ils avoient d'aller regagner ce qui estoit perdu ; mais, aians veu la journée escou-
1. Le bastion des Thuilleries, ou Bastion blanc, était au nord de la place, sur le Verdanson, à gauche, en faisant face aux troupes royales.
lée, ils emportèrent encor le travail des Catholiques par un combat opiniastré, où estoit le gouverneur de la ville. Ils ne laissèrent pas d'estre attaquez une heure avant jour par un gros qui portoit chemises, marque qui leur fut désavantageuse parce que les mousquetades firent de l'ouvrage sur le blanc; les attaquans, donc, se retirèrent avec grosse perte. En mesme temps, fut gagné le bord du fossé du bastion des Tuileries : et toutes ces nuits-là le canon ne cessa point.
Il y eut encore une attaque de ceux de dedans, qui se jettèrent de la demi-lune dans la barricade plus proche sur le soir; la brûlèrent; et commencea le jeu de ce costé-là à coups de pierres et grenades. Il se fit aussi une attaque à ceste demi-lune, où furent estropiez cens ou six-vingts attaquants. Il y eut de remarquable qu'une fille de seize ans tua d'un coup de pique un homme de commandement, qui estoit monté sur le haut en pourpoint.
Le jeudi 29, le bastion des Tuileries estant batu par les deux espaules et par la pointe avec quelques volées qui eschapoient toujours en ruine, fut dressée une nouvelle baterie de cinq canons entre celles du Roi et du duc de Mommorenci. L'aprèsdisnée, Àrgencour, aiant découvert une mine que les Catholiques faisoient un peu au-dessous de la sienne, fit jouer un pétard, qui la creva et ruina le travail et les travailleurs. Dez lors, les sentinelles, d'une part et d'autre, couverts de rondache et de pot, avoient pour arme des pistolets.
Ce fut en ce temps-là qu'un grand orage de pluie fit déborder le ruisseau de Merdanson1. Cela emploia
1. Le Merdanson, aujourd'hui Verdanson, tributaire du Lez, coulait sous le quartier nord de Montpellier.
les uns et les autres, le lendemain, à réparer les dommages que l'eau avoit faits à leur besongne, et les canonades des deux costez n'empeschèrent point le travail : si bien, que dans le dimanche 2! d'octobre, la demi-lune se trouva ceincte de tonnelades; c'estoit pour favoriser l'assaut des mines préparées à la demilune1 d'entre le bastion de Calonges et celui des Tuileries. Les deux mines jouèrent sur les quatre heures de ce dimanche, et encores qu'elles eussent versé sur ceux de dehors, après une volée des vingt et sept canons qui estoient lors en service, sans faire brusler l'esmorche par des arquebuziers, tout prit la diligence de laquelle on use aux mines pour venir aux mains. L'assaut fut rafraîchi trois fois, mais il n'y eut pas moien de mettre en désordre les piquiers des défendans. Les pièces détachées de la ville, les contrescarpes et les eslévations du dedans, les grenades des canoniers Aymon firent si beau feu par le soin d'Argencour et Mestre, du gouverneur mesmes et de Des Isles, qui y furent blessez, que ceux de l'assaut démordirent la pointe. Sur ce poinct Savignac saute de la demi-lune au fossé, et suivi de La Roque-de-Gasques, Clauzel, Le Conte et quelques autres, les assaillans furent chassez de leurs premiers retranchemens et menez battant jusques dans les embrasures du canon. Lauzelergue, sorti de la contrescarpe de main droite, poursuivit la victoire autant que l'haleine leur permit. Sous cest avantage, le travail des aproches fut pour la plus part ruiné, les tonneaux bruslez ou amenez dans la demi-lune. A ce feu les Réformez n'eurent que dix morts et vingt blessez; la perte des autres aprocha ou