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INTRODUCTION. xxv
Comment de tels spectacles n'auraient-ils pas affligé l'intègre d'Aubigné ! Son devoir d'historien était de publier ces turpitudes. Mais avec quelle mortification dévoilait-il cette honte de son parti ! Et quelle abnégation lui fallait-il pour baiser la main blanche de la Vérité qui lui mettait le poignard à la gorge !
Pour le réconforter, il y avait la constance de quelques chefs, comme le duc de Rohan, son frère Soubise, ou encore ce brave Brison qui se jeta dans la place de Privas investie, pour la défendre l . Il y avait surtout l'admirable héroïsme des humbles, des bourgeois de Saint- Jean-d'Angély, des femmes de Montauban, des marins de la Rochelle. A leur gloire d'Aubigné élevait le monument de son histoire, pour « détruire le monstrueux amas de calomnies authorisées, qui avaient chassé la vérité au désert2 ».
Cette histoire, qui témoignait de leur héroïsme, parviendrait-elle du moins à son adresse, c'est-à-dire à la postérité? D'Aubigné se prenait parfois à en douter. Son livre ne courrait-il pas le risque d'être brûlé comme les précédents? Pourtant, il ne voulait pas désespérer de sa nation. Sur les iniquités des juges et les violences des tyrans, la vérité finirait bien par prévaloir. Il rêvait de quelque prince inconnu, qui, élevé dans l'obscurité, tel Moïse sauvé dans son arche de joncs, serait un jour le libérateur de ses frères et le champion des enseignes d'Israël3. Que si les princes restaient indifférents et inertes, les mains dans leurs poches, alors Dieu susciterait parmi les humbles quelque vengeur