‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 212 sur 224 · Se rangèrent · texte numérisé non relu

Se rangèrent

SUPPLÉMENT INÉDIT. c>83

l'un fut celui d'Arnaud, auquel le galion de Malte donna un coup à l'eau.

Le duc de Guise, voyant deux de ses meilleurs vaisseaux cramponnez et son arrièregarde délaissée, retourne sur l'armée rocheloise, print le vent sur leur amiral, qui faisoit tout ce qu'il pouvoit pour le joindre, se mesle parmi eux, séparé de tous ses vaisseaux sous le vent de lui et de l'armée réformée, si bien qu'aucun n'avoit moyen de le secourir. Ceste action, qui a esté estimée très généreuse par les Rochelois, ramena l'armée au combat, couvrit la honte de la peur qui s'y estoit jettée, desgagea son arrièregarde et sauva les deux navires abordez. Mais aussi le duc s'engagea si avant dans la meslée que l'amiral rochelois, qui toujours le poursuivoit, ne pouvant aborder, fit attacher au bord du vaisseau de ce prince deux grands vaisseaux préparez avec feux d'artifices, lesquels lui brûlèrent une de ses voiles, partie de sa galerie et sa chaluppe; et, si le vent eût rafraîchi, il estoit impossible d'eschapper ce navire, qui estoit plein de seigneurs, gentishommes et gens de guerre, jusques au nombre de sept cens. Le duc fut sauvé par l'adresse du chevalier de Vinceguerre, son lieutenant, aidé de quelques Flamans; puis, en débordant les deux vaisseaux bruslans, le chevalier fut tué d'une mousquetade1.

Ceste meslée fut si rude qu'en moins de trois heures il fut tiré de quinze à vingt mille coups de canon. Cependant, la hourque du chevalier de Manti, armée à

1. « Estant sur le pont de corde, dit le Mercure francois, t. VII, p. 865, le duc de Guise vit tomber à ses pieds le capitaine Vinceguerre, tué d'une mousquetade à l'instant qu il commandoit de remédier au feu. »

deux rangs de trente-six pièces d'artillerie, la plus part de vingt-quatre livres de baie, munie de plus de &00 hommes, estoit tellement batue par le capitaine Arnaud, que, sans deux coups de canon qu'il receut dans l'estrave de son navire, lesquels avec l'aide des deux premiers le firent entr'ouvrir et remplir, le chevalier de Cugé et les meilleurs hommes estans tuez, le chevalier de Laigle, lieutenant, estoit à demander la vie. Au poinct que le navire d'Arnaud enfoncea, lui, aiant receu une mousquetade à la teste, se sauva dans les hauvents1 et hunes de ce navire, comme fit aussi Cercueil qui commandoit les gens de guerre,, pource qu'il n'y avoit que cinq brasses d'eau où le vaisseau coula, et ceux-là Curent faits prisonniers par le grand Galion de Malte, quand la nuit eut séparé le combat2.

L'autre abordage fut du capitaine Rragnau, lequel, assisté de Renaud, Thomas et Jeumier, avoit tapé à bord de la Marguerite, où commandoit La Vigne^ de Saint-Malo. Gestui-ci aussi, parlant de se rendre, fut secouru par le chevalier de Razilli et deux de Saint-Malo ; si bien que le navire de Bragnau fut environné de tous costez. Ses soldats, se voyans perdus, se résolurent de mettre le feu aux poudres ; sur quoi La Vigne démordit et le fit faire aux autres, estant déjà noire nuict. Dont avint que les navires de Renaud, de Vigniers et du

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