‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 3 sur 224 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

Cette publication attestait que d'Aubigné n'avait pas rompu tous rapports avec l'histoire; il avait été amené, pour améliorer la première version de son travail, à rechercher des documents et à demander des conseils. Même, à la requête de ses amis, il s'était attelé de nouveau au chariot de l'histoire. Il avait entrepris de donner une suite aux récits des trois premiers tomes, qui s'arrêtaient à la mort de Henri IV.

C'est que la cause des protestants français, dont il s'était fait l'historien, traversait une crise grave. Au moment même où d'Aubigné se retirait à Genève, Louis XIII, pour accomplir une promesse que son père Henri IV avait faite, et n'avait pas tenue, aux catholiques, Louis XIII supprimait les privilèges des protestants en Béarn, rendait au clergé catholique de cette province les biens confisqués par Jeanne d'Albret au profit des Réformés et, étant entré en personne à Pau, y proclamait la réunion du Béarn et de la Navarre à la Couronne.

L'Assemblée générale des églises protestantes, réunie à la Rochelle, voulut résister à ce coup de force. Elle divisa le royaume en cercles militaires, y nomma des chefs, leva des troupes, organisa un État dans l'État. Le roi et Luynes, nommé connétable, à la tête d'une armée, prirent Saumur, Saint-Jean-d'Angély, Clairac et assiégèrent Montauban. La ville, défendue par le duc de la Force, résista trois mois et le siège dut être levé. Luynes mourut de maladie devant la place de Monheurt. Il se produisit alors quelques défections dans le parti protestant. Le roi en profita pour reprendre la campagne au printemps de 1622. Son armée, commandée par Condé, investit Montpellier le 1er août. Le siège traîna en longueur et finalement une paix fut conclue : l'édit de Nantes était confirmé, mais les protestants perdaient

iV INTRODUCTION.

leurs privilèges en Béarn et quelques-unes de leurs places de sûreté, parmi lesquelles Montauban (18 octobre 1622).

De Genève, Agrippa d'Aubigné avait suivi anxieusement cette guerre dirigée par le roi contre ses sujets protestants. Il avait songé d'abord à prendre du service dans l'armée de l'Assemblée de la Rochelle. Il demanda qu'on remît entre ses mains, pour la durée de la guerre, le château de Maillezais. Les négociations n'aboutirent pas. Il reçut, peu après, une commission de l'Assemblée pour lever des mercenaires suisses ou allemands1. Sur ces entrefaites, un capitaine protestant d'Allemagne, le comte de Mansfeldt, qui guerroyait en Bohême, lui offrit de se mettre à sa disposition avec 3,000 chevaux et 12,000 hommes de pied. L'accord allait être conclu, lorsque l'Assemblée de la Rochelle aboucha Mansfeldt avec le duc de Bouillon, gouverneur de Sedan. D'Aubigné en fut pour ses frais de négociations2.

Il n'avait pu servir son parti ni par l'épée, ni par ses négociations. Sa plume, du moins, pouvait retracer pour la postérité ce nouvel épisode de la geste huguenote. Il était resté en relations pendant toute la campagne avec quelquesuns des gentilshommes protestants qui avaient joué un rôle dans cette guerre : avec le duc de Rohan, commandant général des troupes; avec Parc d'Archiac, un des défenseurs de Saint-Jean-d'Angély ; avec d'Adde, ou Dadou, son propre gendre, qui eut sa part dans l'organisation de la résistance

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