II INTRODUCTION
conseiller d'État, lui furent envoyés à Saint-Jean-d'Angély. Mais s'étant heurtés, en Touraine, à un rassemblement de troupes (c'était le temps où Marie de Médicis, exilée à Blois, appelait ses amis aux armes contre le favori Luynes), ils rebroussèrent chemin, pris de frayeur, et envoyèrent leurs excuses à d'Aubigné. « Mes imprimeurs que j'avais fait venir de loin avec grand despense, le papier, les presses aprestées et, plus que tout cela, la conscience très asseurée de n'avoir point franchi les barrières du devoir, me firent achever mon ouvrage. » A peine avait-il paru, qu'à la sollicitation des Jésuites il était attaqué, « condamné par la briève sentence du lieutenant civil » et brûlé devant le Collège royal. D'Aubigné n'avait pas obtenu du Conseil privé le privilège nécessaire à l'impression * .
Il n'était pas homme à se décourager. A peine installé à Genève, il songeait à donner une seconde édition de son ouvrage. Son principal adversaire dans le Conseil privé du roi était le confesseur de Louis XIII, le jésuite Arnoux, qui avait dénoncé dans son livre « de secrètes affections de partisan en tout ce qui touchait à la religion et à la république'2 » . De ce jésuite soupçonneux et intransigeant, d'Aubigné en appela à un autre jésuite, le P. Fulgence, qui habitait Venise. Il lui envoya un exemplaire de son Histoire universelle, en sollicitant ses avis et sa censure : ure, seca, brûlez, taillez, lui disait-il. En même temps, il lui demandait des mémoires sur Venise et s'enquérait des moyens de donner dans cette ville une seconde édition de son ouvrage. Nous ignorons comment le P. Fulgence répondit à cette requête. Ce ne fut pas à Venise, mais à Genève que parut la seconde édition de Y Histoire universelle, en 1626.
1. Voir Préface du t. III, éd. de Ruble, t. VII, p. 1 et suiv.