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Chapitre III

Trouble de Privas.

Avant que faire partir le Roi de Fontainebleau, nous vous dirons que Privas avoit vescu en trouble dez la fin de 1619, pour estre tombée entre les mains du vicomte de Lestrange4 par le mariage qu'il contractoit avec la dame du lieu5, qui dez le commencement de la rechute y avoit mené une trentaine de gentilshommes avec leur train. Les habitans, qui avoient engagé le chasteau à défunt Chambaut, offrirent de rembourser, et, Lestrange ne voulant rien moins que cela, la province s'en esmeut et s'assembla, au mois d'août 1620, où l'on prenoit resolution d'oster par force le château au viconte; quand Ghatillon demanda la commission

1. Pierre Arnauld, mestre de camp général des carabins de France.

2. Etienne de Bonne, seigneur d'Auriac, vicomte de Tallard, parent éloigné de Lesdiguières, maréchal de camp depuis

3. D'après la Déclaration des églises réformées..., Arnauld serait arrivé le 15 mai à Saint-Jean-d'Angély pour demander à Rohan et à Soubise d'aller trouver le roi en vue « d'un accommodement des affaires présentes ». Le lendemain, d'Auriac se jetait dans les faubourgs de Saint-Jean-d'Angély.

4. Claude de Hautefort, vicomte de Lestrange, de Privas et de Cheylane, gouverneur du Puy-en-Velay en 1621.

5. Marie, ou Paule, de Chambaud, vicomtesse de Privas, fille de Jacques de Chambaud, seigneur de Privas, mestre de camp.

d'exécuter cela, ce qu'il ne vouloit point faire par armes, mais se rendre recommandable par accommodement. Cette negotiation ne venant point à bien, commença, l'an 162!1, le trouble de Privas, qui de fait particulier se mesla dans le général et commença ainsy.

Privaz, place de seureté des reformez, se gouvernoit par consuls; fut avertie dès le commencement de ladite année de plusieurs avis, lettres, messagers que dans quatre jours ils dévoient estre ataquez par Lestrange. Le complot estoit fait entre lui et tous les capitaines du pays, non sans y avoir appelé Saint- Palais1, qui commandoit au chasteau.

Ce qui les fit penser à eux, fut qu'un amas de soldats fait à Boulongne2 par ceux de Cheylans3, père et fils, incommodants par [trop] de despenses leur hoste, avoient esté au pillage de divers bestails, au despens d'un nommé La Combe, lequel se plaignant premièrement aux preneurs, puis au lieutenant du Roi, n'eut response que menaces; et, en mesme temps, Saint- Palais fut découvert faisant entrer la nuit cinquante hommes dans le chasteau.

Le lendemain, $8 de l'an, il convoqua les consuls et principaux de la ville à la porte du chasteau, et lui sortit accompagné de vingt hommes aians la carabine, les convia d'entrer dedans, mais sa mine les effaroucha et leur apprit le refus. La demande qu'il leur fit

1. Saint-Palais, lieutenant des gardes du duc de Montmorency.

2. Saint -Michel -de -Boulogne, cant. d'Aubenas, arr. de Privas.

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