‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 63 sur 224 · Chapitre Vil · texte numérisé non relu

Chapitre Vil

Suitte du siège de Saint- Jean-d' Angeli et sa reddition.

Nous avons laissé ceux de Saint- Jean, troublés en leur conseil, pour aler voir leurs ennemis qui paroissoient entre les Justices4 et Saint-Julien, en deux gros de cavalerie, aiant chacun des escadrons un peloton de mousqueterie à l'estrié. Navailles, Saint-Surin et quelque autre s'estant avancez pour demander le coup de pistolet, le frère du baron fut un de ceux qui se présentèrent pour le recevoir, mais, aiant reconnu son frère à la voix, se mit sur les prières et remontrances et, au langage commun en ce temps là, sur l'inesgalité des partis et la ruine apparente. La response fut que, la

1. Voir le récit de cette affaire dans les Mémoires de La Force, t. II, p. 134-135.

2. Antoine de Lauzières, comte de Thémines, fils de Pons, marquis de Thémines.

3. Cette phrase obscure s'éclaire lorsqu'on la rapproche du texte des Mémoires de Rohan, t. I, p. 187 : « Après que Rohan eut laissé La Force bien reconnu dans la basse Guienne, il passa de Nérac à Montauban, faisant un circuit de plus de trente-cinq lieues, pource que le maréchal de Thémines étoit sur son passage et y arriva le 16 juillet 1621. »

4. Les Justices, lieu d'exécution, étaient en face de la porte de Niort.

visière baissée, on ne reconnoissoit plus de parentage, et le baron, foisant comme il disoit, poussa son frère dans le gros. Les mousquetades les séparèrent et, tout marchant serré, il falut que ceux qui estoient sortis regagnassent la contrescarpe.

Ce jour là, Auriac receut les deux premiers canons que, dez le lendemain, il emploia pour attaquer la teste du faux bourg de Taillebourg, où Soubize avoit mis un assez bon nombre, aiant fait jugement qu'on le vouloit attaquer, pour ce que trois escarmouches de ce costé n'avoient esté propres qu'à favoriser la reconnaissance. Quatre volées ne trouvans point de retranchement à preuve mirent l'espouvante dans le faux bourg, et ceux qui le tenoient, le feu sans commandement; et voilà un grand avantage et les moulins perdus pour les assiégez1; à cette attaque estoient le cardinal de Guise2, qui y receut une légère blessure, les mareschaux de Gréqui3, de Gadenet4, de Bassompierre5, Termes6,

1. C'est à Créquy que les Mémoires de Richelieu (t. III, p. 143) attribuent le mérite de la prise du faubourg de Taillebourg.

2. Louis de Lorraine, cardinal de Guise, archevêque de Reiras.

3. Charles, sire de Créquy, duc de Lesdiguières, maréchal de camp, puis maréchal de France.

4. Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, frère du duc de Luynes, était maréchal de France depuis février 1620; il fut créé duc de Chaulnes en 1621.

5. François de Bassompierre (1579-1646) était alors colonel général des Suisses. Il revenait d'une mission en Espagne. Le roi le nomma maréchal de camp, ainsi que Saint-Luc et Créquy. Il fut nommé maréchal de France en 1622.

6. César-Auguste de Saint-Lari, baron de Thermes, frère cadet du duc de Bellegarde.

Saint-Luc1 et tous les galans de la Cour*. Un an auparavant un cap...

Le Roi arrivant à Saint-Julien, Desplan3 est envoyé à Soubizeavec mesmes instructions qu'Arnaud4. Il n'en remporta autre chose sinon que, l'assemblée de la Rochelle estant satisfaite, tout ce qui estoit là estoient très obéissans serviteurs du Roi. Le lendemain le régimen des Gardes print son quartier derrière les Justices. Loudrières, à qui le paquet s'adressoit, aiant garni ses dehors, laisse débaucher quelques uns pour l'escarmouche, qui fut fort retenue. Sur le demeslement, un soldat de Saint-Maixent, plus que sexagénaire et estropié du bras gauche, n'aiant qu'un pistolet avec l'espée, se mit à part pour attendre un homme de cheval, duquel il lut chargé. Le piéton lui tira le pistolet, lequel aiant failli, il le rompt sur le chanfrain du cheval, saute à l'espée du cavalier, l'en blesse et fait fuir. Soubize lui donna de belles armes.

Aux premières approches, l'armée du Roi encor faible fut beaucoup fatiguée des gardes par une invention de Soubize qui leur faisoit ouïr fort souvent la nuit des sourdines, comme si la cavalerie eust esté preste à sortir. La première batterie fut dressée devers

1. Timoléon d'Espinay (1580-1644), seigneur de Saint-Luc, gouverneur de Brouage et des îles de Saintonge, maréchal de France en 1628.

2. Le Mercure francois cite quelques-uns de ces galants : le sieur de Bressieux, Chaudebone, Cbetin, Montenae, Marignan, Crozanes, Descris.

3. Esprit Alard, seigneur d'Esplan, marquis de Grimaud, capitaine d'une compagnie de carabins, fut nommé grand maréchal des logis de France, grâce à la protection de Luynes.

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