‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 64 sur 224 · Voir chap. h, fin · texte numérisé non relu

Voir chap. h, fin

les Justices, et quoi qu'elle ne fust qu'aux courtines et en ruine aux maisons, on tira deux mille canonnades en quatre jours; au bout desquels vint un héraut sommer Soubize de se rendre; instruit des vocables antiques et du procédé majestueux, la response de Soubize fut qu'il ne pouvoit respondre qu'en soldat1 : puis, ne voulant pas que le dialogue [fût] plus long, alla travaillera ses affaires. De là, la batterie en ruine continua en sept jours, sous la faveur de laquelle les assaillans commencèrent les approches par tranchées du costé de la porte de Niort, quelques petites sorties qu'on faisoit la nuit retardans le travail.

La tranchée ayant tourné le nez à une petite demi lune, au devant du fossé de la tour ronde que Saint- Georges de Verac a voit gardée, un sergent de Saint- Surin l'aiant refraichi, les assiégeans donnèrent à teste baissée, le sergent avec les meilleurs des siens tuez, se logèrent dans la demi lune. Ce coup hazardeux profita jusque-là que les contrescarpes et la demi lune d'Aunix ne furent plus gardées.

De ce costé fut logé le régimen de Chastelier-Barlo2, aussitôt acompagné d'artillerie, de laquelle la première despense fut de mettre en poudre les embrasures des pièces de dedans, qui ne servirent de là en avant qu'à tirer quelque mauvais coup au point du jour. Il n'y

1. « Je ne puis respondre que comme soldat, dit Soubize au hérault », d'après le Mercure francois, t. VII, p. 526 Sa réponse écrite fut en ces termes : « Je suis très humble serviteur du Roy, mais l'exécution de ses commandements n'est en mon pouvoir. »

2. Léon Barlot du Chastellier, plus connu sous le nom de Chastellier-Barlot, était premier maréchal des camps et armées de France (1582-1644).

eut que la coulevrine de Chezé qui demeura entière au bastion de Matha.

11 se fit une sortie par la porte de Matha, de cinquante mousquets seulement, conduite par Coudrat-Ghazelles, qui mit en désordre et hors de place tout ce qui estoit en garde entre la porte de Matha et la tenaille. Si bien que la cavalerie qui estoit en garde vers Saint- Julien estant venue pour ralier les fuyards, Navailles, Saint-Surin et autres gentilshommes aians prins des piques au corps de garde arrestèrent ces gens de cheval. L'effroi fut tel aux tranchées que, si l'avis de Soubize et de Haute-Fontaine1 qui vouloient faire la sortie de 400 hommes eust été suivi, il y a apparence que l'eschec eust été plus grand . Saint-Luc, mareschal de camp de ce costé là, y fut porté par terre et son cheval emmené. A la retraite ceux de la ville perdirent La Ghenaye-Vaulonnet2, catholique, engagé au siège comme serviteur de la maison de Rohan.

La manœuvre des assiégeans ralantissant du costé de Niort s'eschauffa vers la tour Ganiot, et de mesme ceux du dedans quittèrent le travail du mesme costé pour aller terrasser le dedans de la porte de Jésus et y faire un logis de canon. De cest endroit Freton, avec petites sorties de jour et de nuit, endommageoit les gabions des assiégeans, comme ils se vouloient attacher à l'angle de la tenaille pour y faire une mine. Ces sorties rompoient quelques fascines, mais le pays

1. Daniel Durant de Hautefontaine, fils d'un protestant français émigré à Genève, avait été gouverneur de Rohan et de son frère Soubise.

2. « La Chenaye-Vaulouvet, gentilhomme breton et catholique, que le désespoir... avoit rangé à Saint-Jean, » dit le Mercure françois, t. VII, p. 539.

en estoit si riche et les assiégeans si bien fournis qu'il falut quitter ce jeu pour espargner les hommes. Ainsi la mine fut faite, qui enfin joua sur les onze heures du matin, enleva la pointe de la tenaille à huit brasses de largeur. Navailles, Saint-Surin, Haute-Fontaine et autre noblesse qui se trouva là voulurent se jetter sur le rempart. Mais La Valée-Berlin les en empêcha pour la juste crainte qu'il avoit d'une seconde. Mieux y furent les mousquetaires, qui, faisant beau feu, en tuèrent à la reconnaissance de la bresche.

Là, les assiégez perdirent quelques soldats et deux hommes de commandement et montrèrent plus de vigueur qu'ils n'a voient encore fait, remparans leur bresche à la merci de la mousqueterie et des canonnades qui avoient esté préparées pour succéder au profit de la mine. Au bruit de laquelle Soubize estant accouru et toute la fleur du siège, Haute-Fontaine se mit à la teste d'une troupe qui faisoit dessein de sortir et là fut tué d'une mousquetade qui le frappa au front et toute la garnison au cœur. Cest homme, en tout ce qui est louable, n'avoit rien de médiocre que la naissance1.

Nyeuil s'y perdit encore et trente hommes mis hors de combat, bien qu'ils n'eussent point d'assaut à soutenir; car on se contenta de se loger au plus prez, pour, de là en avant, gagner pied à pied, à la faveur d'un cavalier ou au moins d'une eslévation de gabions, fascine et sacs de terre, qui esgaloit la tenaille en hauteur. De là en avant, ceux du dedans abandonnèrent la teste et se partagèrent dans le fossé,

Page 1