‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 73 sur 224 · Damazan. Cf. p. 46, n · texte numérisé non relu

Damazan. Cf. p. 46, n

2. Pierre d'Ornano portait le nom de Sainte-Croix, parce qu'il avait été abbé de Sainte-Croix de Bordeaux.

3. Antoine Jaubert de Barrault, comte de Blaigriac, sénéchal du Bazadais.

4. Le Mas-d'Agenais, ch.-l. de cant. de l'arr. de Marmande (Lot-et-Garonne).

voir en estonnement aux assiégeans, en espérance aux assiégez et, tout d'une main, avoir moien de reconnoitre les assiettes ou postes (comme on les appelle aujourd'hui) et faire son dessein pour ce que vous verrez.

La ville de Caumont est sur un haut, qui laisse une pente assez roide entre la rivière et elle; le chasteau est situé au niveau de la ville, mais plus avancé vers la rivière, si bien que la pente au droit du château est plus roide et moins spacieuse. Là les assiégeans avoient fait une bonne barricade, d'où ils estoient mal-aisez à desloger; et une autre dans la pente du costé de la ville bien prez du château; et puis, pour les conserver toutes deux, ils en firent encore deux plus bas1, conduites de manière que le chasteau leur faisoit peu de mal : ces deux dernières estoient trèsbonnes, bien alignées, bien épaisses et les rapports de l'une à l'autre tous enfilez par un chemin couvert qui aloit de la ville à leur travail. Ajoutez à cela l'asseurance qu'ils avoient que le duc n'avoit point de canon.

Si le duc eut esté creu, ils eussent esté attaquez dez le soir, mais ceux desquels il avoit à se servir opiniastrèrent à atendre au lendemain. La nuit, donc, il campa en mesme lieu cavalerie et infanterie; il reçoit avant jour deux grands bateaux armez, pleins de bons soldats et à la tête de chaque bateau une pièce de campagne presque de calibre battant. Geste mesme nuit la lassitude des assiégeans esclaircit tellement leurs gardes que Monviel2 entra dans le château avec cin-

1. Cette description est empruntée presque textuellement aux Mémoires de Vignoles.

2. Jean de Vassal de la Tourette, seigneur de Montviel et de Doudas.

quante soldats. Au matin, après qu'on eut réjoui les soldats de vivres, tout fut préparé pour donner à ces barricades. Le duc fait mettre pied à terre à 300 gentishommes, qu'il veut mener lui-même à l'attaque, laissant les deux mareschaux à cheval avec le reste de la Noblesse.

Barraut sur la main droite et Sainte-Croix d'Ornano sur la gauche, avec 1 ,500 hommes, donnèrent à l'envi aux deux barricades d'en bas. Quelques lieutenans et sergeans débandez alèrent faire brûler l'amorche, et une des fautes des défendans fut qu'ils gardèrent peu ou point de mousquetades pour l'effort, car les secondes abordèrent les barricades, et fut dez là le combat à coups de pique; lequel, rafraichi et opiniastré d'un et d'autre costé, dura assez long temps.

Ce fut là où servirent les bateaux armez, qui s'aprochèrent jusques sur le bord de la rivière, comme s'ils eussent voulu mettre pied à terre. Or, ces retranchemens ne s'estoient point parez devers l'eau et ainsi estoient enfilez en courtine de bas en haut, que ceux qui l'ont bien essayé trouvent estre le plus mortel commandement. Doncque, ceux des bateaux bâtant aux flancs et à l'échiné firent de leurs pièces et de leurs mousquets un salve perpétuel ; firent donner tel nombre des défendans du nez en terre, qu'au temps que les corps des regimens et la Noblesse pied à terre branlèrent pour donner, les barricades furent quittées à maudit soit le dernier; les basses par force, les deux hautes d'effroi et sans combat; et ainsi fut l'entrée du chasteau libre du costé de la rivière. Sur ce point on avoit fait avancer des munitions de bouche et de guerre, que Barraut conduisit dedans le chasteau et à

point nommé, car il n'y avoit rien du tout à mettre au ventre, ni au mousquet.

Le duc, sur le soir, entré dans le chasteau, résolut que le matin il feroit un effort à la ville, poussant comme il disoit sa bonne fortune. Il convia sa Noblesse à avoir part à cest honneur.

Mais le marquis de la Force, qui n'avoit plus à choisir que faire, se mit en estât de retraite dez la minuit; sur laquelle il arriva que, ayant mis leurs meilleurs chevaux dans l'église parroichiale de Gaumont, où estoient aussi leurs magasins de poudres, sur la confusion du partement précipité, un soldat estourdi, effrayé ou malicieux mit le feu aux poudres, qui firent sauter le temple, perdre plus de 200 qu'hommes que chevaux au moins, comme ont dit ceux de dehors1.

Au mesme temps de ce grand esclat parut La Force, le père, de l'autre costé de Garonne. Ceux qui sortaient se servirent du désordre que cest embrasement, qui avoit jette fort loin des pierres et de l'effroi, aporta. Car, aiant fait leur teste et leur queue d'hommes bien choisis, ils mirent en fuite tout ce qui estoit en garde de ce costé-là, prenent le chemin de Casteljaloux2, la teste n'ayant comme rien à disputer, et la queue, quoique n'alant qu'au petit pas, fut seulement abbayée, sans estre enfoncée, par la cavalerie qui estoit de garde, dans un pays le plus couvert qu'il se peut, tel que vous l'avez veu dépeint au combat de Vachon-

1. Tous ces détails sont empruntés aux Mémoires de Vignoles, avec cette seule variante que le chiffre des pertes dans le texte original est de 150 hommes et 200 chevaux.

2. Casteljaloux, ch.-l. de cant. de l'arr. de Nérac (Lot-et- Garonne), à vingt-huit kilomètres au nord de Nérac.

nière. Tom. [VIII], liv. [II], ch. [xiv] d. La Force, n'ayant pu passer la rivière faute de bateaux, reprint son chemin de Tonneins.

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