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UVRE QUATORZIÈME, CHAP. XXI

quatre mille hommes, commandez par Prabaut, à la gauche de quoi estoyent les compagnies du Pouet, qui commandoit cette aile avec celle de Blaigneu, La Buisse et trois autres, faisans près de quatre cents dievaux.

En cet estât, on marche vers Gavours, petite ville qui se relève sur une racine de montagne d'un quart de lieuë sur la plaine, dans laquelle void de tous costez un petit rocher, oii ceux de Raconis, seigneurs du lieu, faisoyent la retraite de leurs meubles plus précieux; la ville fortifiée de brique, et quoi que près des montagnes, hors de grand commandement.

Villefranche, où estoit le duc, n'estant qu'à deux lieues de là, la besongne du siège n'estoit pas trop aisée, et pourtant cette affaire ne se devoit pas démesler à Testourdie; et c'est pourquoi l'armée demeura en l'ordre que nous avons dit, cependant qu'une troupe de chevaux-légers, ayans donné aux portes de Villefiranche, apprit que le duc s'estoit destourné à Yigon. Durant que l'artillerie venoit de Briqueras, on fit, à grande difficulté, le logis sur une petite croupe de roc, qui affrontoit de mesme hauteur une tour séparée du cbasteau, nommé BramesanS à quoi servirent de pionniers les gentilshommes et soldats qui, à force de sacs pleins de terre et de fiimier, esplanèrent l'aproche. De là, quelque légère batterie, qui ne profita pas beaucoup, suffisante pourtant pour convier par son bruit un prince courageux comme le duc. Sur ce poinct, la tour, égrignée

1. La tour do Bremesan est bâtie sur un rocher, distant de cent pas de Gavours.

à coups de canon, fut emportée par le second effort, et on se logea dedans^.

Le lendemain, les sentinelles ouyrent un grand salve d'harquebuserie devers Briqueras^ et seut-on bien tost que le duc, parti de Yigon à jour couchant, y avoit esté ordonner une escalade si serrée que, les palissades rompues, il avoit gagné le haut d'un bastion, d'où il avoit falu repousser les Espagnols à coups de main. Les soldats du dedans, ayans joué de la crosse après avoir tiré et l'ayant eschapé belle, firent demeurer sur la place les eschelles et les morts.

Sur Topinion qu'eut Lesdiguières, qu'il feroit bon sur la retraite de gens qui auroyent failli, il laisse au siège Âuriac, et, avec sa cavalerie et trois cens arquebusiers à cheval, se met aux trousses des entrepreneurs, desquels il trouva la retraite à un village nonmié Grésillane^, pays entrecoupé de tant de hayes, d'un ruisseau et d'une chaussée, qu'il n'y avoit nulle apparence de mal faire à des gens qui estoyent forts d'infanterie. Le mal des Savoyars fut, qu'en un tel pays, ils ne se peurent empescher de mesler quelque cavalerie à la queue de leurs gens de pied. Les carrabins royaux donnèrent de chaleur de foye à ce qu'ils trouvèrent le dernier. Le Pouet*, avec

1. La lourde BremeBan fut prise d'assaut le 21 novembre 1592.

2. Siôge de Briqueras par le duc de Savoie, 22 novembre 1592.

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