Guérande (Loire-Inférieure
2. Charles de^Gondi, marquis de Belle-Isle, fils d'Albert de Gondi, duc de Retz.
1597] LIVRE QUÀTORZIÈMB, GHAP. XXU. 179
rail de bagage. La Tremblaye, apesanti de tout cela, sans repaistre ayant fait cinq lieues, en entreprit encor autant pour arriver à Guerrande un heure avant jour, et cela contre Tavis de ses capitaines, qui se voulurent contenter, jugeans bien que quelques eschapez auroyent porté Talarme au dessein, ce qui estoit vrai ; si bien que le pétardier, ayant respondu au qui va là que c'estoit La Tremblaye, appliqua son pétard, mais une meurtrière remporta dans le fossé avec sa flescbe, ce qui, avec la courtine bien garnie, apprit aux entrepreneurs leur chemin pour le retour.
La grande lassitude de La Tremblaye et des siens les contraignit de venir repaistre à Herbignac quatre ou cinq heures ; et de là vindrent mettre pied à terre à Guémené^ et passèrent la nuict d'après à Bins. Le duc de Mercœur, ayant sceu que cette troupe estoit entrée dans ce sac de rivière, découpla sur leurs erres Sainctr- Laurens, qui, fortifié de la garnison de Redon, arriva au poinct du jour à Bins, plus fort que les autres de cent harquebusiers seulement. Les royaux, soit pour leur harassement, soit pour estre prests de monter à cheval, estans sans garde, Sainct-Laurens fit son gros dans la haie et garnit les avenues avant Talarme. Sur cet avantage, ayans fait donner les harquebusiers aux maisons, ils emportent tout sans résistance, horsmis Ravardière, qui, ayant rallié dans la basse cour de son logis et mis à cheval dix ou douze des plus diligens, se fit chemin à coups d'espée à travers la foule et à ceux qui l'osèrent suivre ; ce qui se sauva autrement Ait par les portes de derrière. En tout furent perdu trente, que morts que prisonniers.
i. Herbignac, Guémené (Loire-Inférieure).
Ce nom de Tremblaye engage Thistoire à deux comptes particuliers de dioses passées auparavant. Le premier est de lui^ qui, prisonnier en une tour à Nantes, avoit en sa chambre le pertuis d'une basse fosse où estoit un cordelier, qui estoit accusé d'avoir voulu quitter le froc. Tremblaye estoit lors un des plus vicieux aux reniemens du nom de Dieu qui se pust trouver, si bien qu'il en estoit exécrable à ses compagnons. Ce cordelier, oyant un tel gergon^ de la basse fosse en haut, crioit des remonstrances et puis des menaces à ces jureurs, qui, avec blasfSèmes, lui reprochoyent qu'estant condamné à une rude mort il vouloit corriger leur vie. Par curiosité, Tremblaye eut envie de voir cet honune, et, quand les geôliers avoyent tout fermé pour le soir, il faisoil monter avec des linceux ce prescheur en la diambre. Getui-là, mesprisant sa mort, fit tant par prières ardentes et par annoncer le jugement de Dieu qu'avant mourir il apprit à ce jeune homme à vivre en la religion réformée, où il a depuis persisté avec grand changement de langage et de moeurs.
L'autre est du capitaine La Fine, de mon régiment, qui faisoit la guerre sous La Tremblaye, avec autant d'heur en ses entreprises qu'il en avoit acquis la haine de la dame de Mercoeur^. Gettui-ci, ayant eu sur les bras une partie de l'armée liguée, serré avec sa compagnie dans un cimetière, défait à plate couture et mené prisonnier à Nantes, fut présenté à la duchesse, par elle sollicité de changer de parti et de religion et