LIVRE QUATORZIÈME, GHAP. XXYH. S
d'effiroi, passe à travers le fossé de la ville pour s'y retirer par un endroit que depuis peu Ton faisoit racoutrer. Tels guides mal payez et bien suivis, les HoUandois, ayans trouvé la muraille sans corridor, se laissèrent couler le long de leurs picques et ne se virent plustost soixante ensemble qu'ils donnent à la porte, s'y font faire place et l'ouvrent à leur général, qui, ayant sa troupe avancée en cet endroit, la fit donner par la grand'rue, et congna tout ce qui se deffendoit, jusques aux chasteaux, l'un nommé Cas* tillo Sainct-Philipes et Tautre Gastilio Yechio. Cependant, les habitants, qui n'avoyent seu prendre cette route, ne faisoyent autre défense que de jetter force pierres dans les rues, du dessus de leurs maisons; mais ils demandèrent composition quand ils virent la maison de ville et la place du marché saisies; ceux des diasteaux firent de mesme. Après un grand pillage ils tombèrent d'accord à minuict avec le comte d'Ëssex que tous ensemble payeroyent cent vingt mille ducats de rançon et bailleroyent, pour ostage de leur promesse, quarante des plus riches de leur ville entre les mains des Anglois.
Le comte d'Essex, le mareschal Yeer et les meilleurs capitaines de l'armée commencèrent à crier qu'il falloit garder la ville et l'isle, qu'ils les de£fendroyent contre toutes les forces d'Espagne avec trois mille hommes de pied et la moitié de la noblesse qui estoit là; que par là ils feroyent un service signalé, non seulement à leur souveraine, mais à tous les ennemis des Castillans, destournans en cet endroit toutes les guerres de l'Europe et piquans au cœur un royaume qui en fait tant battre d'autres pour soi.
L'amiral Havart oposa à cela la difficulté de muoitioiH Der les forces qu'on y lairroit; à quoi Yeer prit sur sa foi la difficulté qu'il y auroit et qu'il tireroit des Pays- Bas toutes leurs nécessitez. Mais enfin, tous les gens de marine espousans l'opinion de leur amiral, il falut quitter et s'embarquer le 15 juillet^ amenans les principaux galions du roi, cent quarante canons armez pour six mille hommes, tirez de l'arcenal de Galis, sans oublier les quarante ostages pour la rançon des bourgeois. Avant de partir, le comte créa de sa propre authorité environ cinquante chevaliers, choisis d'entre ceux qui avoyent le mieux fait, tant à l'attaque des vaisseaux qu'à la prise de la ville; entre ceux-là le comte Louis de Nassau et l'amiral de Warmont. Ce qui, n'estant pas aprouvé par Havart, fut nuisible au comte; car l'amiral en abreuva le conseil d'Angleterre, estant arrivé le premier, pource que le comte, faisant la retraite, avoit laissé la flote de nuict, principalement pour la crainte de perdre les deux galions. Tout cela fut achevé dans la moitié de l'an 1598.
L'Espagnol, trouvant plus de résistance qu'il ne s'estoit proposé, eut tel desplaisir de ses mauvais succès qu'il voulut mettre toute pierre en oeuvre. Il avoit tousjours blasmé et fait déclamer par les siens, principalement à Rome, contre tous ceux qui faisoyent paix ou alliance avec les Turcs, lui n'ayant point employé de gens à sa solde à l'armée, dont vous avez veu les parcelles. 11 se promit que cela pourroit estre une occasion pour entrer en traité avec
i. Suivant de Thou, le retour des Anglais s'effectua dans les premiers jours de septembre 1596 et non 1598 (liv. GXVI).