‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 166 sur 317 · LIVRE QUATORZIÈME, CHÂP. XXYH. Sl · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME, CHÂP. XXYH. Sl

Âmurat. Il pratiqua, par le renvm de quelques esclaves délivrez, un commeDcement de propos avec Sinan, bâcha, et commençoit à avancer son afiaire quand on seut par quelques marchands, qui trafiquoyent aux Indes orientales, ce qui suit.

Quatre navires espagnols estoyent abordez au golfe de Savra^, y avoyent deschargé grand nombre de canons, d'armes et mesmes quelques hommes que le roi de Perse a voit envoyé des Géorgiens, lors unis à lui, qui avoyent receu cet équipage en Kusistan, l'avoyent monté le long du fleuve Tiritiri^. Gela rompit le parlement, avec la souvenance de ce que je vous vai conter. G'est que, quelques années auparavant, le mesme roi d'Espagne avoit tesmoigné ce désir par la voye de Jean Mariana^, Milanois, lequel, ayant esté pris par les Turcs à la Goulette, trouva moyen de se rendre agréable, premièrement par la musique et puis par autres gentillesses à Mahomet, lors grand vizir. Gettui-ci donc fut renvoyé par le roi d'Espagne avec lettres de remerciement pour sa liberté et charge de taster quel il y feroit pour dom Philippes à mettre sus un traité de paix. Mariana, ayant eu favorable response, retourne vers son maistre avec lettre de créance, pour traiter d'une bonne et entière paix, et, en attendant qu'elle peust se parachever, il avoit charge de proposer une tresve par mer et par terre et raporter passeports et saufconduits pour toutes sortes d'agents et ambassadeurs. Gela ftit négotié et accordé à Gonstantinople, avec response du grand vizir, que

1. Savra, golfe persique? — 2. Tiritiri, le Tigre? 3. Ce Jean Mariana ne doit pas être confondu avec le célèbre auteur de V Histoire d'Espagne, publiée à Tolède en 1592.

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telle affinre valoit bien que le roi d'Espagne dépeschast vers le grand Seigneur un ambassadeur exprès et un homme d'authorité; ce que Mariana promit, en monstrant qu'il avoit ce pouvoir par ses instructions.

Il ne fut pas plustost arrivé à Madrit qu'il fit le troisiesme voyage pour donner asseurance au grand vizir que l'ambassadeur d'Espagne estoit arrivé à Naples, où, estant détenu de quelque maladie, il l'estoit venu avertir pour traiter des commencemens de la tresve. Cependant, sur cette asseurance, on envoyé un chaoux de Gonstantinople à Raguse, avec charge expresse de faire marcher des janissaires pour la seureté de l'ambassadeur et lui faire rendre beaucoup d'honneur dans toutes les terres d'Âmurat. Le chaoux attendit un an entier à Raguse et enfin, s'y ennuyant, s'en retourna et Mariana avec lui, farci d'excuses, qui ne furent point bien receuês au commencement par le grand vizir, et Mariana menacé comme affix)nteur. On a soupçonné qu'il avoit noué toutes ces longueurs d'ambassades pour en faire tomber la charge en ses mains, et, de fait, il joua si bien du plat de la langue d'une part et d'autre qu'il reçeut lettres et commissions du roi d'Espagne, par lesquelles il estoit déclaré ambassadeur ordinaire à la Porte du grand seigneur pour traitter de tresve et de paix. Alors, il négocia ouvertement, prenant avec le nom la suite et les authoritez d'ambassadeur, fourni de la maison d'Âmurat des vivres et autres choses que reçoivent les ambassadeurs ordinairement.

Mariana, sachant que l'ambassadeur d'Angleterre à la Porte avoit fait recevoir par les hasçares^ et ports

i. Hasçares, havres.

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