LIVRE QUINZIÈME, GHÀP. VI
roi ; de l'autre costé le chancelier de Savoye, les marquis de Lulin^ et de Jacob^, les comtes de Horlette se réassemblèrent pour aduner^ deux thèses différentes, lesquelles, parmi toutes les courtoisies, estoyent tous^ jours en la bouche des deux contraires. Le roi disant tout le bien qui se pouvoit du duc, pourveu qu'il rendist le marquisat; et l'autre exaltant les cour^ toisies du roi, pourveu qu'il lui laissast sa prise. A ce traité estoyent joints Bonne-Âvanture Galatagûrone, qui portoit le tiltre de général des Gordeliers et de patriarche de Gonstantinople. Le premier des deux ayant refusé de porter au roi une parole hardie, le nonce ne fut pas tant scrupuleux; c'estoit : c Puisque le roi veut r'avoir son marquisat de Salusses, et qu'il faut que chacun ait le sien, le duc demandoit qu'il ne lui fîist point contraire, mais plustost lui aidast au recouvrement de Genève, qui lui apartenoit. » La response du roi fut : c Qu'il n'estoit point autheur de la protection de Genève, qu'il y avoit trouvé le roi, son prédécesseur, engagé. » Â quoi le nonce répliqua subtilement que le duc de Savoye, par mesme raison, ne devoit rendre le marquisat, qu'il n'avoit pas conquis sur le roi, mais sur son prédécesseur. Ge propos revint là que l'usurpation du marquisat de Salusses estoit claire, celle de Genève pleine de bonnes raisons
1. Gaspard de Genève, marquis de Lullîn, ûls dâné de Guy de Genèye et de Catherine de Ray, représenta le duc de Savoie dans toutes les grandes négociations près des diverses cours de l'Europe et mourut le 23 juin 1619 [Lettres de Henri IV, t. IV, p. 1016).
2. Chabot de Jacob, souvent cité dans les Lettres de Henri 1 V comme ambassadeur du duc de Savoie en France.