LIVRE QUINZIÈME, GHAP. IX
mandant en la place, dépesche à son maistre, demande secours de trois cents hommes, moyennant quoi il doit faire à Mommellian le cimetière des François. Le messager r'entre dans la ville, rapporte conmient le comte de Fuentes a augmenté l'armée de Savoye de quatre mille Espagnols, que, sur un tel secours, l'armée ne cerche plus que le combat, qu'elle doit bien tost chasser la royale en France, et à sa poursuite emporte les meilleures places de Provence et de Dauphiné. La garnison de Mommellian, encouragée de ces bonnes nouvelles, fait meilleure contenance qu'auparavant.
Le roi, ne mesprisant point son ennemi, fit deux voyages dans les montagnes. Le premier vers Genève, où il reconnut le fort de Saincte-Gatherine, sous la faveur d'une escarmouche qu'il y fit attaquer, et tout d'une main les passages des montagnes par lesquels le duc pouvoit descendre en Fossigni; laisant en ce pays-là tousjours des compagnies, non pour presser, mais pour rendre dangereux les chemins par lesquels le fort pouvoit recevoir ses commoditez. À quoi les Genevois s'employèrent gayement.
Au retour de ce voyage, le roi eut nouvelles de ce qui se faisoit à Florence et comment le pape envoyoit vers lui le cardinal Âldobrandin^, son neveu, pour ambassadeur de paix. Ce que nous réserverons avec l'amour, quand cette guerre sera finie.
où le duc de Savoie trouva moyen de le faire saisir et de remmener prisonnier à Turin {Lettres de Henri IV, t. V, p. 343). Ce personnage est nommé par de Thon Jacques de Ri voles (De Thou, liv. CXXV).
1. Le cardinal Aldobrandini, neveu du pape Clément VUI, légat du pape en France.
332 HISTOIRE UmVfiRSELLE. [1600
L'autre voyage du roi fut vers les montagnes qui séparent le Dauphiné pour reconnoistre les passages de Nostre-Dame-de-la-Gorge, du Ck)rnet, le col de TAgnel et autres passages très difficiles, qu'il ne vid point sans péril d'estre estouffé des neiges , n'ayant autres lieux pour ses repas que les crevasses des rochers. De là, il retourne à son siège, que, par ses logemens, il avoit mis hors d'espérance de secours. A son arrivée, le grand maistre fait Jouer ses quarante canons à la fois. En mesme temps, on somme le comte de Brandis pour la troisiesme fois. Lui, bien informé du peu de secours qu'il pouvoit espérer, ayant jusques-là menacé du poignard ceux qui parleroyent de se rendre, voyant la contagion de la peur parmi les siens, les appelle à son conseil pour les rendre coulpables de sa faute et se fait prier par eux de ce que sa crainte le prioit. Sur ce qu'on dit que ce qui est péché par tous ne se doit punir sur aucun, ceux donc, qui avoyent commandement dans le siège, se révoltent de faire de bonne heure ce à quoi ils seroyent contraints bien tost après. Ils signent de sortir vies et bagues sauves, enseignes desployées, tambour battant, mesche allumée, balle en bouche, avec tout ce qu'ils pourroyent emporter de munitions de guerre, si, dans le seiziesme de novembre^, le duc ne venoit au secours avec armée qui fîst déloger celle du roi. Rance, lieutenant de Brandis, et Gassin, son neveu, sortent pour ostages de la promesse, et le chevalier de Briqueras va por-
1. Aux termes de la capitulation, on accorda aux assiégés trente jours pour évacuer la place. Ge délai expirait le 16 novembre 1600 (De Thou, Uv. GXXV).
1600] UYRE QUIHZIÈIIB, GHÂP. IX. 333
ter au duc ces nouvelles, avec passeport et trompette du roi.
Après que le duc eut receu la fascheuse nouvelle et furieusement déclamé contre Brandis, menacé de le faire mourir, ou pour la lascheté ou pour la trahison, qui ne vont guères Tune sans Fautre, il renvoyé Briqueras et un autre quant et quand, voulant faire reprendre autant de courage qu'il en faut pour attendre son secours, duquel il donne toute Tasseurance que les paroles en pouvoyent porter.
Le légat du pape, auquel le roi avoit donné rendevous à Ghambén, voulut passer au siège, et, n'oubliant rien des termes généraux pour la charité entre les princes, des particuliers intérests de son maistre, de la nécessité où on mettroit le roi d'Espagne, de l'armement de toute l'Italie, de l'union qui s'alloit faire des potentats et des républiques, fit ce qu'il put pour faire démordre Mommélian. Mais le roi monstra son esprit ductile à la paix en termes généraux, résolu d'achever sa besongne, quoi que les principaux ministres de son Estât usassent des mesmes vocables que le légat ; et n'eut pour le conforter que Lesdiguières et le duc de Suilli. Adonc, s'excusant sur l'absence du connestable et du chancelier, qui estoyent allez attendre la roine à Marseille, il envoya le légat se reposer à Ghambéri.
A la mi-novembre S le duc vint camper à Esme^» auprès d'Aoste, et au pied du mont Sainct-Bernard, avec quatre mille Piémontois, autant d'Espagnols, de
i. Le 13 novembre 1600.