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Chapitre XIII

Exemple ^ remarquable de la fidélité des réformez.

Un des chefs réformez, et des plus grands, appella, de divers endroits du royaume et presqu'au milieu de lui, ou personnes authorisées en son parti, ou autres envoyez des plus grands, en nombre assez grand afin que par eux il se pust communiquer à tous, et toutesfois assez restraint pour y pouvoir observer le secret, comme il le fit. Ayant donc neuf testes de cette sorte en un cabinet, il s'ouvrit ainsi à eux, après les excuses et honnestetez sur la peine qu'ils avoyent prise à son commandement.

€ Messieurs, j'ai à vous faire voir, dit-il, quelles nues Dieu oppose à l'embrazement de sa maison, pratiqué par tant d'incendiaires, et comment il se sert du Cousteau des meschans pour les combatre. Il y a desjà six mois que je suis recerché d'une alliance, à laquelle j'ai fait la sourde oreille pour un temps. Et

i. Il descendait de Jean Dunois, bâtard de Louis d'Orléans. 2. L'en-tôte du chapitre manque à i'édit. de 4620.

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enfio, voyant qu'il ne me touche point seul, je n*ai pas estimé en devoir seul disposer. Il se fait en France un grand amas de mescontentemens et d'intérest, qui met à un les plus puissantes testes du royaume pour y apporter du changement. Ces gens-là, sous couleur de traiter un mariage, ont envoyé par devers moi à diverses fois, et ces jours ici plus expressément, un gentilhomme nommé Gomblac, duquel je vous déclarerai la négociation en ces articles.

€ Premièrement, qu'il ne parle point de la part d'une association foible, mais de princes souverains, de ceux du sang de France et autres qui y tiennent cette qualité d' officiers de la couronne, gouverneurs de provinces, lieutenans de roi, et encores de la part de plusieurs cours de parlement, com^munautez et villes principales du royaume, si bien qu'on ne doit point avoir honte de périr en cette conjonction.

€ Que ces princes qui ont suivi le parti de la Ligue, animez les uns de causes externes, les autres des ingratitudes du roi, ont du tout en horreur celle dont il use envers les réformez de son royaume, ausquels tous d'un accord ils donnent la louange d'avoir sauvé l'Estat, quelque rude et indigne traittement qu'ils ayent receu, lors mesmes qu'ils vendoyent leurs biens et prodiguoyent leurs vies au support de ceux qui leur refusoyent la paix.

€ Que lesdits réformez doivent sçavoir que, lors de la paix de Savoye, avant le despart du légat, du patriarche et d'Arconas, en un conseil où ont esté admis les ambassadeurs de l'empereur et du roi d'Espagne, il s'est fait une conjuration, signée du roi et de tous les susdits, avec quelques princes et officiers de la

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couroDoe de France, par laquelle ils ont fait association en forme de croisade, pour, à terme nonuné, exterminer partout les réformez, chacun s'estant cottizé aux hommes et aux sommes qu'il doit fournir et continuer jusques à Tentière extirpation de ce qu'ils appellent l'hérésie. Les juremens de ce que dessus receus par le légat en ses mains, desquelles aussi ils ont receu l'hostie, et, de sa bouche, l'exécration du manarata^y au premier défaillant.

€ Que, s'ils veulent prester leurs mains tant à la vengeance d'une si grande perfidie qu'à la précaution d'un péril tant éminent, ils ont à savoir que de la conjuration contr'eux ont esté faits deux originaux, où sont apposez les seings manuels du pape, de l'empereur, du roi d'Espagne et du duc de Savoye, à la charge que l'un desdits originaux demeureroit entre les mains du roi , l'autre à Son Altesse. Et pour ce que les réformez commencent toutes leurs délibérations par le juste, afin qu'ils n'ayent point crainte de manquer de justice. Son Altesse offre de leur mettre la pièce authentique entre les mains.

€ Avec cela on leur lairra toute la partie occidentale de la France, que Loire sépare, à venir joindre par le Forest jusques au droit de Livron, puis le reste du Daufiné, pour s'estendre en y conquérant, sans que les catholiques de l'association y puissent envoyer aucune armée; de mesmes les réformez ne passans point telle limite pour laisser les autres faire conune ils pourront.

1. Maran Atha, le seigneur vient ; mot syrochaldaîque désignant la plus terrible des malédictions et des menaces, celle de la venue de Dieu (Sncyd. des sciences religieuses, t. Vm, p. 637).

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€ De plus, choisiront les deux plus grandes et plus conséquencieuses villes de leur département, desquelles les catholiques achetteront les gouvememens, sans comprendre deux cents mille escus pour l'armement et autant par chacun an pour l'entretien de la guerre, tant qu'elle durera.

€ Et, pour ce que les réformez pourroyent soupçonner que l'on vint à traiter ou paix, ou règlement du royaume, laissant en croupe leurs intérests, il leur sera protesté qu'on ne prestera l'oreille à aucun accommodement, sans leur gré, dès le commencement; et que, pour arrhes de l'authorité qu'ils auront en tel négoce, on leur mettra deux places entre les mains comme gage de la foi publique, et notaounent Lyon et Dijon, pour les retenir en cas qu'ils ne soyent pas pleinement satisfaits.

€ Voilà, Messieurs, les o£Fres qu'on vous fait et de quoi je ne puis dire mon avis que les autres n'ayent passé par-dessus. >

Gela dit, ce seigneur ayant jette sur table lettre de quelques principaux présidens de Paris, par lesquelles il estoit convié à l'entreprise, convie un gouverneur de place, estimé pour violent partisan entre les réformez, de commencer les avis. Lui, ayant remonstré qu'il n'estoit pas le plus jeune de la compagnie pour donner ce branle ; enfin, prié de tous, commença ainsi :

€ Messieurs^ Ce qui se présente nous oblige à trois questions : qui parle à nous? qui nous sonunes et ce qu'on nous dit? Ceci est proposé par des regnicoles et

i. D'Aubigné, dans le Journal de sa vie (édit. Lalanne, publiée chez Charpentier, p. 101), reconnaît que ce discours est de sa composition.

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par des estrangers. Des premiers, diffidlema:it en pourriez-vous nommer un de la mauvaise volonté duquel envers nous nous n'ayons pour gage quelque notable action. Ce sont les violents solliciteurs de nostre ruine qui, maintenant, ne trouvans pas leur compte, s'y veulent opposer par une charité, de laquelle ils ne sauroyent dire la cause ni nous la deviner. Ce sont ceux qui ont forcé le roi à la messe, qui le chassèrent du presche de Dieppe, et qui, par leur confession, ont signé à ce dernier dessein, duquel le plus grand et le plus violent moteur est le mareschal de Biron. Getui-là, pour vous faire voir de quel vent il est poussé, nourri par une mère de la religion et d'un père ennemi des bigotteries; lui, ayant jusques ici plustost senti Tathéiste que le caphard, depuis certains traittez qu'il fait en Itah'e, s'est tellement signalé de ce qu'ils appellent dévotions que, quand il void à cent pas de son chemin une croix de village, fust-elle cassée, met pied à terre et se traîne à genoux pour en aller baiser le pied. De cet eschantillon, jugez la pièce pour un concert d'ennemis de nostre liberté, d'infidèles à la patrie et d'ingrats au roi. L'autre branche, qui est des estrangers, est telle que, sans dire leurs qualitez, vous aurez horreur de vous joindre au duc de Savoye et au roi d'Espagne, qui paroissent en cet afiaire, et puis à l'empereur et au pape, qui l'empoignent insensiblement.

€ Nous sommes ceux qui se sont séparez de telles gens, non par distinction de naissance, de teint de visage ni de prolation^, mais la profession de pureté

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