‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 245 sur 317 · Prolation, naissance, proies · texte numérisé non relu

Prolation, naissance, proies

1601] LIVRE QUiNZiàME, €HAP. xm. 359

en créance, en mœurs et par observation de telle justice que nous mesprisons biens et vies pour le service de Dieu. Comment franchirons-nous cette profonde distinction? Gomment accorderons-nous choses si dissemblables? Cette paroy se rompra à nostre désavantage, pource que ce que nous bastissons, à la différence d'eux et de nous, n'est qu'en doctrine et en moeurs. Hais eux la remparent contre nostre humilité par les richesses du monde, par la justice qu'ils ont en main, par les grandes charges du royaume et par ce que Rome espand sur les siens de splendeur et d'authorité. Nous nous trouverons donc, si nous flotr tons en tempeste avec eux, comme les vaisseaux de terre avec ceux de fer et d'acier.

€ Voilà pour les personnes ; voici pour la matière qui est sur le bureau. C'est que nous troublions le royaume par précaution du trouble, conome nous mettans en l'eau de peur de la pluye et que nous donnions raisons de nous ruiner à ceux qui nous veulent ruiner sans raison; que nous fuyons des mains du roi aux ongles de ces tyi^nneaux ; que nous appellions dehors les malédictions des peuples et au dedans de nous la division mortelle et séparation d'avec nos frères, qui ne consentiront pas à la nouveauté; nous, di-je, fondez sur un papier, duquel nous ne pouvons vérifier ni la fausseté ni la vérité. Mais prenons qu'il soit véritable. Il n'y a rien de nouveau en cette conjuration que la personne du roi, laquelle nul de nous ne croit estre menée en cet affiiire avec gayeté, mais traînée à contre-coeur. Je confesse bien qu'il ne nous dit plus, comme autresfois, qu'il se fait anatiième pour nous, à l'exemple de Moïse et de

sainct Paul. Je confesse encor qu'il est devenu insensible à sa mutation, mais c'est pource qu'il est sensible aux craintes de l'assassinat. Il est sensible encores à la jalousie de son Estât, lequel il void en pièces, cooune il l'a bien sçeu dire, quand le respect des huguenots ne fera plus distraction des desseins du grand parti; il n'a point encores monstre d'avoir perdu cette opinion. J'ose dire que, si cette conjuration contre nous est faite il y a un mois, il n'est point jusques à cette heure à nous en faire couler un avis; adjoustant que ce pernicieux dessein ne sera point conclud, que, dans quinze jours, un de ces desloyaux n'avertisse le roi et ne trahisse le gros pour profiter en particulier. Et cela se destachera de suite, comme les derniers boutons après le premier desboutonné ; nous serions fraîchement, voyans venir sur nous les mains, où nous aurions touché avec l'horreur des nostres mesmes et l'opprobre de tous les François. Que savez-vous s'ils vous veulent faire entrer en une injuste conspiration pour donner justice à celle qu'ils vous déclarent maintenant et se justifier contre vous de ce que vous auriez fait avec eux? Je sai bien que la division, entre ceux qui nous veulent destruire, est un présent du ciel pour nous garantir; mais recevons les justes effects qui s'en produiront, sans nous polluer dans les choses iniques et pleines de danger. Je di donc que nous devons laisser eschapper les impatiences de ces mesdians à leui^ honte, sans la nostre, mesnageans leur espérance sans nostre crime, par la longueur qui se trouve à donner un pli nouveau à nostre grand corps et l'instruire de choses à quoi il ne peut estre si tost préparé ; le tout sans promesse

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