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LIVRE QUINZIÈME, CHAP. XV

irs ordinaires, qui n'agissoyent guères que pour .^s payemens des bandes que les Âleinans, Suisses et Grisons avoyent fournis à divers partis, et sur tous à celui du roi.

Les Genevois, se confians en la paix de Yervins, avoyent mis les armes au crochet; estant généralement porté qu'elle s'estendoit pour les alliez qui avoyent fait la guerre en faveur de Tun et de l'autre parti. Mais, particulièrement, le roi en avoit donné asseurance par lettres patentes, selon lesquelles lesdits Genevois publièrent la paix. Mais encores, celle de laquelle nous traittons en ce livre les comprenoit tellement qu'ÂlbigniS lieutenant général du duc, leur escrivit plusieurs fois pour l'observation des articles. Gomme aussi un conseiller d'estat du duc, nommé Rochette^, estoit encores dans la ville pour les intelligences commencées du trafic deux jours devant l'entreprise, de laquelle nous voulons clorre ce dernier livre, ne sortans de nostre terme qu'ainsi que nous avons fait ci-devant, tant pour avancer les matières commencées jusques à leur fin que pour' le contentement des lecteurs.

Le grand jubilé séculaire avoit produit plusieurs cérémonies de mesme nom, comme il y en avoit

i. Charles de Simiane de Gordes, s. d'Âlbigny, capitaine du duc de Savoie, était le propre fils du s. de Grordes, gouverneur de Dauphiné sons Charles IX. On trouve quelques lettres de ce capitaine dans la pièce que nous citons plus loin, p. 381. D'Albigny était le favori du duc de Savoie. Une lettre de Martinengo, du 7 mai 1602 (f. fr., vol. 15577, f. 161), donne des détails sur le crédit de ce capitaine.

2. Le s. de la Rochette, neveu du sénéchal d'Auvergne (Lettrôs de Henri IV, t. VI, p. 661 et 662).

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encores un assigné à Thonon^ cm quelques Jésuites se rendirent pour esmouvoir les courages de force chefs de guerre, desquds on avoit fait filer les uns et cacher secrettement au chasteau de Thonon et autres maisons partisanes du duc; la présence duquel estant nécessaire pour monstrer que le coup n'estoit point sans aveu, il se mit au cul de ses troupes, qui partoyent de Ghambéri, se faisant passer pour ambassadeur, et vint coucher au pont des Tramblières^, à une lieuë de son exécution. Les Jésuites avoyent, les jours précédens, fait confesser, communier et jurar sur rhostie les principaux, entr'autres Brunaulieu^; Picard, gouverneur de Bonne, premier entrepreneur, s'estoit fait donner Textrème-onction, pour ne vouloir, ayant failli son entreprise, survivre à son malheur. Le duc, Tonziesme jour de décembre^, ayant bien concerté avec les capitaines pour le devoir d'un chacun, lui-mesmes disposa ses bandes, qui estoyent de douze cents hommes, pour donner, sans les autres troupes qui devoyent succéder. Et puis, ayant dit à la teste qu'il donnoit le pillage de la ville après que les tambours auroyent battu dedans, et non plustost, qu'il leur commandoit de mettre à mort tous les

i. Thonon (Haute-Savoie). Le jubilé eut lieu en 1602.

2. Parti de Turin le 17 déc. 1602, le duc de Savoie arriva au village d'Étremblières (sur la rive gauche de TArve) le 21 du môme mois.

3. De Thou le nomme Brignolet. Spon le nomme Brunauiieu et dit qu'il était lieutenant du régiment du baron de la Valdlsère.

4. Tentative d'escalade de Genève pendant la nuit du 11 au 12 décembre 1602; 21 au 22 décembre suivant la réforme grégorienne. On sait que les protestants ne suivaient point le calendrier grégorien.

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masles et leur abandoonoit les femelles, il fit Ghemiaer, non sans avoir bien fourni tous les chemins pour arrester tout ce qui mardioit par le pays et empescher les avis. Quelques soldats nous ont conté qu'ils eurent plusieurs mauvaises augures, comme d'un lièvre qui passa parmi eux plusieurs fois, de quelques feux qui leur donnèrent Tespouvante, mais surtout des lances et chevrons de feu d'une grandeur et darté inoOie, que les Jésuites, quant et quand, interprétèrent estre faveur de Dieu, disans, comme le ministre de la prise de Nîmes, que le del en vouloit estre et que les esclairs et tels acddens devoyent donner courage à ceux qui combatoyent pour Dieu.

Le chemin que prirent les Savoisiens tout le long du Rosne empesdia que les sentinelles perdues, qu'on avoit dehors en forme de patrouille, ne sentirent rien du bruit des approchans. Et mesmes les canards, qui se levèrent du bord de l'eau, les troublèrent, et ne mirent pas les corps de garde en leur devoir. Brunaulieu, avec la première troupe et les eschelles, viennent à la contr'escarpe ; la reconnoissent, la passent, descendent au fossé de la Gouratterie, passent la bourbe avec peine sur des clayes, qu'ils avoyent portées exprès; puis furent dressées trois eschelles contre la muraille auprès de la guérite, qui est au costé de la porte de la Monnoye, où Brunaulieu savoit qu'on ne mettoit point de sentinelles. Gomme il y estoit venu plus d'une fois au plus espais de la nuict et descendu dans le fossé, avoit semblablement, avec des cailloux, ce disent-ils, frappé la muraille, et, voyant qu'on ne sonnoit mot, s'estoit promis et asseuré qu'infailliblement il pourroît, sans estre ap-

perceu, jetter dans la ville des hommes suffisammeDt. On leur avoit promis qu'il trouveroyent des confidens pour leur tendre la main. Gela ne se trouvant point, et une pierre que Teschelle fit choir sur l'estomac de Sonnas, dont il s'évanouît presque, avec un grand saignement de nez, tout cela faillit à le décourager, et par lui ses compagnons, au premier rolon de l'eschelle. Mais Albigni, qui estoit au pied, leur remit le coeur au ventre, assisté à cela du père Alexandre, jésuite escossois, qui avoit desjà fait au gros, qui estoit en PlainpalaisS une harangue, et distribué aux premiers certains billets bénits de la main du pape et dans la pluspart desquels, trouvez sur les morts et prisonniers, estoit escrit qu'ils ne mourroyent de ce jour-là ni par eau, ni par feu, ni par glaive. Et de fait, comme le diable fait ses marchez pleins de cavillation^, il y en eut qui l'essayèrent ainsi. Les dernières paroles d'Alexandre, en soulevant ceux qui montoyent, furent que les degrez de leurs eschelles estoyent autant de pas pour monter vers le ciel.

Les eschelles estoyent toutes telles que nous vous en avons dépeintes à la prise de Niort, horsmis qu'elles n'estoyent que de quatre eschelons et les autres de six. Entre ceux qui montoyent, il y en avoit qui portoyent de gros marteaux, avec un tranchant d'acier de mote d'un costé, les autres des tenailles artificielles et les autres des pétards moyens.

Donc, cet équipage monta la nuict du soltice d'Hyver, Sonnas et Attignac les premiers, ayans encor six avec eux. Les huict se promenèrent deux à deux, les

i. Plainpalais, faubourg de la ville de Genève. 2. Cavillation, tromperie.

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uns par las rues, les autres le long des courtines pour taster la foucade, s'il y en eust eu. Cependant, se trouvèrent montez plus de deux cents honunes, soixante armez de toutes pièces et autant qui n'avoyent que le plastron, le pot et Fescoupette à la ceinture, quelquesuns la demie pique et plus de cent salades avec des mousquetons. Tout cela, en achevant de monter, se serroyent le long des maisons, entre deux tours vis-à-vis de l'escalade, ou se couchoyept sous des arbres en la pente du parapet, selon l'opinion de Brunaulieu, qui ne vouloit point qu'on donnast avant quatre heures du matin. Gonune les troupes filoyent, et aux eschelles et au dedans, le duc fit partir un courrier vers la Roche ^ et vers Âneci pour faire avancer des troupes espagnoles et néapolitaines qui estoyent demeurées derrière; et ce fut dont prit amorse le bruit qui courut au loin de la prise de Genève. Jusques-là tout montoit sans alarme, quand une sentinelle, de la tour de la Monnoye, appella son caporal pour l'avertir de quelque bruit. Un soldat dépesché pour aller voir, en demandant qui vive à quelques hommes armez qui venoyent à lui, tira son coup et fut porté à terre quant et quand. Ayant crié aiÂX armes j la sentinelle de la tour en fit autant. Lors Brunaulieu, Sonnas, Âttignac et un autre prennent chacun une troupe pour donner, l'un à la porte Neuve, l'autre au corps de garde de la Monnoye ; le tiers monte aux avenues de la maison de ville et un quatriesme r'allie ceux qui montoyent pour tenir ferme vers la Tartasse.

i. La Roche (Haute-Savoie).

378 msTomE umviaiSKiiLB. [4602

Ces deux dernières troupes estoyent pour pousser ou entretenir les secours qui pouvoyent enipescher l'ourerture de la porte Neuve au reste qui estoit eu Plainpalais. Ceux qui donnoyent à la porte Neuve le firent si résoluement que, des treize qui estoyent en garde, les dix se trouvèrent estonnez. De ceux-là, les uns, après leurs harquebusades tirées, coururent alarmer le corps de garde de la maison de ville, et quelques-uns passèrent jusques à la porte de Rive. Quelques-uns, suivis Tespée dans les reins jusques à la porte de la Treille, près de Tarcenal, eurent résolution de la fermer au nez de leurs poursuivans. De trois des treize, qui estoyent demeurez à la pwte, l'un, ne quittant point sa faction au boulevart de Loye, y fîit estropié. Un autre s'avisa bien à propos de faire tomber la herse. Le tiers ferme une porte au nez du pétardier, nommé Picot, qui fut tué, et, avant Testre, fit mourir deux des habitans* Quelqu'un, esveillé des premiers, une halebarde à la main, s'achemina à la porte Neuve, et, ayant trouvé en son chemin des piquiers armez, leur demanda où estoit l'ennemi. Mais eux, l'ayant convié à estre des leurs, le chassèrent, criant aux armes dans les rues. Les habitans ne demeurèrent guères à courir à cette porte et barnquer les avenues; et, conmie ils portoyent du feu, les Savoyars en tuèrent quelqu'un d'harquebusades, et entr'autres Canal, l'un des seigneurs de la ville, capitaine du quartier, qui passa la chaîne pour les aller reconnoistre de près. Ceux qui vouloyent forcer la porte Tartasse ne firent pas l'effort qu'ils devoyent, et fut le premier desfaut des attaquans; lesquels pourtant, voyans toute la ville en arme.

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