‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 255 sur 317 · UVRE QUINZIÈME, GHAP. XY · texte numérisé non relu

UVRE QUINZIÈME, GHAP. XY

firent crier partout ville gagnée^ vive Espagne^ vive Savoye^ et tue^ tue, enfin tout ce qu'il falloit pour porter effiroi. Le gros faisant ce bruit, d'autres, plus avan* cez, gagnoyent pays sans bruit et avoyent pour mot secret le bruit qu'on fait de la langue pour encourager les chevaux, ou un cri de grenouille. Ceux-là respondoyent au qui vive des habitans AmiSj et puis crioyent que l'ennemi estoit à porte de Rive, où il n'y avoit point de danger.

Mais le fort du ccmibat fut par une troupe de quelques quarante qui, sortis de la maison de ville et devers Sainct-Léger, donnèrent la teste baissée vers la porte Neuve et trouvèrent un gros de piques et de mousquets au-devant la porte. Deux ou trois y donnèrent desbandez, furent portez par terre. Âyans tué le pétardier Picot, comme nous avons dit, le reste alla mesler, la pluspart en chemise, dans les picques et parmi des hommes bien armez. C'est ce qu'il y eut de plus merveilleux que ces braves honmies du duc de Savoye se laissèrent mener à coups d'espée par un peuple qu'ils mesprisoyent , jusques à deux chaînes qui traversoyent l'avenue à la porte. Â chacune d'elles le combat fut fort opiniastré. Là, bien à propos, vindrent trente de ceux de la ville. Â ce secours, les Savoyars furent acculez jusques à la première guérite de la courtine, et de là, rendans de pas en pas quelque combat, congnez jusques dedans le gros qui soustenoit et favorisoit l'escalade.

De l'autre costé, vers le corps de garde de la Monnoye, les attaquans donnèrent à plusieurs fois dans le eorps de garde, et avoyent enfoncé une mauvaise porte, derrière laquelle les Genevois s'estoyent barri*

quez. Là-dessus, ils se résolurent de donner dans la cité, où pour entrer faut passer une arcade qui a un râteau. Ce qui les arresta premièrement, ce fut une ronde, à laquelle s*estant joint un soldat, ils firent demeurer sur la place quelqu'un des plus avancez. Ceux-ci, secourus d'autres boui^eois, mirent sur cul cette troupe. Et ceux qui donnoyent par l'escarpe furent arrestez par le râteau. Cependant, quelquesuns percèrent dans les maisons, firent jouer un pétard à celle d'un marchand de chevaux, nommé Peager, où le jour de devant ils avoyent fait prix de quelquesuns et promis les venir payer le lendemain. On dit que d'autres soldats avoyent tenu mesmes langages par des boutiques; c'estoit un grand secret confié à trop de gens.

La foule du peuple, qui courut en cet endroit, y remédia et tua les plus avancez. Hais, de l'autre costé, où nous avons laissé le gros aculé par les Genevois et bien servi d'harquebusades des maisons, il arriva qu'un canon, qui estoit au boulevart de Loye, fut par trois soldats avisez pointé à fleur de courtine vers le fossé où estoyent les eschelles. Â la première volée, qui fit grand tort aux entrepreneurs, le régiment de Val-d'Isère, croyant que ce fust le dernier coup de pétard et que tout fust ouvert, marche vers la porte Neuve avec cris de joye et tambour battant, et, trouvant la porte fermée, alla emplir le fossé aux pieds des eschelles, où l'artillerie de tous costez faisoit beau feu, et le combat fut trois quarts d'heure sans relasche; les Savoyars lors combatans pour la vie aussi bien que ceux de dedans. Ce fut au mesme temps que les premiers citoyens, qui avoyent beu le grand péril.

Page 1