‹ Histoire universelleChapitre 106 sur 332 · LIVRE PREMIER, CHAP. XVIII. 1 2i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAP. XVIII. 1 2i

de toute la chrestienté 4 , glorieuse aux Espagnols, désavantageuse aux François , redoutable aux réformés ; car, comme toutes les difficultés qui se présentèrent au traicté estoyent estouffées par le désir de repurger l'église, ainsi, après la paix establie, les princes, qui par elle avoyent la paix du dehors, travaillèrent par émulation à qui traicteroit plus rudement ceux qu'on appelloit hérétiques. Et de là nasquit l'ample subject de 60 ans de guerre monstrueuse que nous avons à traicter es livres suivans.

Tous nos livres finissans par actions de paix, nous ne refuserons point à l'empereur Charles -Quint de couronner nostre premier par celle qu'il fit avec ses labeurs et sa conscience, depuis qu'il eut quitté les affaires jusques au mois d'aoust 1 558, où ce grand et généralissime capitaine mourut2 après avoir donné les deux années dernières de sa vie à méditer avec pénitence le passé et résipiscence sur le point de sa mort. Il employa ceste espace de temps à la lecture de plusieurs livres choisis, particulièrement de S. Bernard. Du fruict de telles lectures on ouït à son chevet ces belles sentences : « Que se fier en ses mérites « n'estoit pas foi, mais infidélité ; que les péchés ne « peuvent estre remis que par celui auquel nous avons « péché et en qui péché n'est point; que l'huile de « miséricorde ne se met que dans le vase de la foi. »

Tels propos, meslés de quelques regrets, du traic-

I. L'original de la ratification du traité de Gateau-Cambrésis par le roi, contresigné par L'Aubespine et daté du mois de décembre 1559, occupe le vol. 739 de la coll. Moreau. (Pièce sur parcbemin.)

î. Charles-Quint mourut le 21 septembre 1558.

tement faict par lui au Landgrave de Hessen et autres protestans, avec les doux conseils qu'il envoya à Philippe, adjoustant à cela les deux notables morts de deux docteurs choisis par lui, et l'exil du troisiesme, toutes ces marques firent soupçonner de lui quelque mutation en sa pensée. Pour moi, qui n'escris point des choses vraisemblables, je n'en donne aucune asseurance à la postérité.

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