LIVRE SECOND, CHAP. III
point d'estre entachés d'infirmités et de fautes, pendant qu'ils habitent en ce monde.
\%. Nous croyons que de cette corruption et condemnation générale, en laquelle tous hommes sont plongez, Dieu retire ceux lesquels en son conseil éternel et immuable, il a esleus par sa seule bonté et miséricorde en nostre Seigneur Jésus Christ, sans considération de leurs œuvres, laissant les autres en icelle mesme corruption et condemnation, pour démonstrer en eux sa justice, comme es premiers il fait luire les richesses de sa miséricorde, car les uns ne sont point meilleurs que les autres, jusques à ce que Dieu les discerne, selon son conseil immuable, qu'il a déterminé en Jésus Christ, devant la création du monde. Et nul aussi ne se pourroit introduire à un tel bien de sa propre vertu, veu que de nature nous ne sçaurions avoir un seul bon mouvement, n'affection ni pensée, jusques à ce que Dieu nous ait prévenus et nous ait disposés.
13. Nous croyons qu'en icelui Jésus Christ, tout ce qui estoit requis à nostre salut nous a esté offert et communiqué, lequel nous estant donné à salut, nous a esté quand et quand faict, sapience, justice, sanctification et rédemption. En sorte qu'en déclinant de lui, on renonce à la miséricorde du Père, où il nous convient avoir nostre refuge unique.
1 4. Nous croyons que Jésus Christ, estant la sagesse de Dieu et son Fils éternel, a vestu nostre chair, afin d'estre Dieu et homme en une personne, voire homme semblable à nous, passible en corps et en ame, sinon en tant qu'il a esté pur de toute macule. Et quant à son humanité, qu'il a esté vraye semence d'Ahraham et
de David, combien qu'il ait esté conceu par la vertu secrette du S. Esprit. En quoi nous détestons toutes hérésies qui ont anciennement troublé les Eglises, et notamment aussi les imaginations diaboliques de Servet4, lequel attribue au Seigneur Jésus Christ une divinité fantastique, d'autant qu'il le dit estre idée et patron de toutes choses, et le nomme fils personnel ou figuratif de Dieu, et finalement lui forge un corps de trois éléments incréez, et par ainsi mesle et détruit toutes les deux natures.
15. Nous croyons qu'en une mesme personne, asçavoir Jésus Christ, les deux natures sont vrayement et inséparablement conjointes et unies, demeurant néanmoins chacune nature en sa distincte propriété, tellement que, comme en ceste conjonction la nature divine retenant sa propriété est demeurée incréée, infinie et remplissant toutes choses, aussi la nature humaine est demeurée finie, ayant sa forme, mesure et propriété; et mesmes combien que Jésus Christ en ressuscitant ait donné immortalité en son corps, toutesfois il ne lui a osté la vérité de sa nature. Et ainsi nous le considérons tellement en sa divinité, que nous ne le despouillons point de son humanité.
16. Nous croyons que par le sacrifice unique que le Seigneur Jésus a offert en la croix, nous sommes réconciliés à Dieu, pour estre tenus et réputés justes devant lui, pource que nous ne lui pouvons estre agréables, ni estre parti cipans de son adoption, sinon d'autant qu'il nous pardonne nos fautes et les enseve-
1. Michel Servet, né en 1509, brûlé à Genève pour crime d'hérésie, à l'instigation de Calvin, en 1553.